Crash en Namibie : 4 Allemands tués dans un avion privé, les recours des familles

Dunes de sable rouge de Sossusvlei dans le désert du Namib, Namibie

Photo : Giles Laurent / Wikimedia

5 min de lecture 12 mai 2026

Le 10 mai 2026, un Cessna 210 affrété par la compagnie namibienne Desert Air s'est écrasé dans la région du Namib, à proximité de Sossusvlei — l'un des sites désertiques les plus visités d'Afrique australe. Les quatre occupants, tous de nationalité allemande, ont péri. Parmi eux : Richard Lohmiller, ancien directeur général de Kaufland, son épouse Silke, ex-directrice générale de la Fondation Dieter Schwarz, leur fils Henry, ainsi que le pilote, salarié de Desert Air. L'appareil a pris feu et a été entièrement consumé, selon l'autorité namibienne d'enquête sur les accidents d'aviation (DAAI). La cause du crash demeure inconnue à ce stade.

Pour les familles endeuillées et pour tout voyageur suisse ou européen confronté à une telle tragédie à l'étranger, la question des droits et des démarches s'impose immédiatement — et elle est d'une complexité redoutable.

Pourquoi ce crash pose des questions juridiques particulières

Contrairement à un vol commercial ordinaire, le vol fatal du 10 mai était un vol charter en aviation légère. Le Cessna 210 est un appareil à moteur unique, catégorie qui échappe en grande partie aux protections automatiques accordées aux passagers de lignes aériennes classiques.

La Convention de Montréal de 1999, traité international qui encadre la responsabilité des transporteurs aériens commerciaux, ne s'applique pas d'office à ce type de vol privé. L'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), organe des Nations Unies chargé de la sécurité du transport aérien mondial, répertorie les cadres légaux applicables selon la nature du vol — mais pour l'aviation légère hors lignes commerciales, les règles varient fortement d'un État à l'autre.

En pratique, les droits des familles dépendent de trois éléments : la police d'assurance de Desert Air (l'opérateur), le droit namibien applicable à l'accident, et les éventuelles assurances personnelles souscrites par les victimes avant leur départ.

Ce que prévoit (ou ne prévoit pas) la loi namibienne

La Namibie dispose d'une réglementation aéronautique nationale qui oblige les opérateurs d'aviation à souscrire une assurance responsabilité civile couvrant les passagers. Desert Air, compagnie spécialisée dans les safaris aériens, est soumise à cette obligation.

Toutefois, les plafonds d'indemnisation prévus par la législation namibienne sont souvent inférieurs aux standards européens. De plus, les procédures de réclamation nécessitent généralement de s'adresser aux tribunaux namibiens ou à l'assureur de l'opérateur directement, ce qui implique des démarches à distance, en anglais, dans un système juridique étranger.

Pour une famille basée en Suisse ou en Allemagne, cette situation crée une double difficulté : accéder aux informations en temps de deuil, et comprendre les droits applicables dans un pays tiers non lié par les mêmes conventions européennes.

Trois pistes d'indemnisation à explorer sans attendre

Les familles de victimes d'accidents d'aviation à l'étranger disposent en général de plusieurs leviers, qu'il convient d'activer rapidement :

1. L'assurance de l'opérateur aérien

Desert Air est responsable contractuellement du transport de ses passagers. Son assureur peut être contacté directement ou via un avocat mandaté. La clé est de récupérer le plus tôt possible le contrat de vol (charter agreement) signé avec l'agence de voyage ou le lodge organisateur du séjour. Ce document définit les obligations du transporteur et les éventuelles clauses limitatives de responsabilité.

2. L'assurance voyage personnelle

La plupart des assurances voyage couvrent le rapatriement des corps et prévoient une indemnisation en cas de décès accidentel. Certaines polices étendent leur couverture aux vols charter. Les familles doivent notifier leur assureur dans les délais prévus au contrat — souvent 30 jours — pour ne pas perdre leurs droits.

3. Les assurances-accidents complémentaires

Un accident d'avion entre dans la catégorie des accidents de la vie. En Suisse, les prestations versées au titre de la LAA (Loi sur l'assurance-accidents) ou d'une assurance-vie complémentaire peuvent être activées indépendamment de tout recours contre l'opérateur. Il s'agit souvent des sommes les plus rapidement accessibles pour les proches.

Pourquoi un avocat spécialisé est indispensable

Un accident d'aviation légère à l'étranger constitue l'une des situations juridiques les plus complexes qui soit. Plusieurs questions se posent simultanément et nécessitent une expertise pointue :

  • Quelle juridiction est compétente pour juger l'affaire ?
  • Peut-on saisir un tribunal suisse ou européen en raison de la nationalité des victimes ou du lieu de conclusion du contrat ?
  • Comment quantifier le préjudice global : décès, souffrance morale des proches, perte de revenus futurs, frais funéraires à l'étranger ?
  • Quels délais de prescription s'appliquent en droit namibien, et comment les suspendre ?

Un avocat spécialisé en droit aérien international ou en responsabilité civile internationale peut répondre à ces questions et coordonner les démarches : collecte des preuves, contacts avec les autorités namibiennes, négociation amiable avec l'assureur de Desert Air ou, si nécessaire, engagement d'une procédure judiciaire dans la juridiction la plus favorable.

Pour les ressortissants suisses, des mécanismes consulaires existent également : l'ambassade de Suisse à Windhoek peut apporter une aide administrative pour l'identification et le rapatriement des corps.

Il est utile de comparer avec d'autres cas récents : lors du crash d'Air Canada à l'aéroport de LaGuardia en 2026, les passagers ont pu faire valoir leurs droits via la Convention de Montréal, ce qui n'est pas automatiquement le cas pour un vol charter en aviation légère. Cette distinction est cruciale pour évaluer le niveau d'indemnisation accessible et la stratégie juridique à adopter.

Un calendrier serré : les premières semaines sont décisives

Le temps joue contre les familles. Les délais de prescription varient selon la loi applicable, et certaines notifications doivent être faites dans les jours qui suivent l'accident pour ne pas être forcloses. Voici les étapes prioritaires :

Semaine 1 : Notification à l'assureur voyage, récupération de tous les documents contractuels (contrat de vol, confirmation de réservation, conditions générales de Desert Air), prise de contact avec le consulat suisse ou allemand à Windhoek.

Semaine 2 : Consultation d'un avocat spécialisé en droit aérien international pour identifier les recours possibles et leurs délais. Cette étape conditionne toute la suite.

Semaine 3-4 : Envoi formel de la déclaration de sinistre à l'assureur de Desert Air, activation des assurances-accidents complémentaires, évaluation de l'opportunité d'une action judiciaire.

Ces délais sont indicatifs. Un avocat confirmera les prescriptions exactes selon la loi applicable à chaque situation familiale.


ExpertZoom met en contact les familles et proches de victimes avec des avocats spécialisés en droit aérien, en responsabilité civile internationale et en dommages corporels. Une consultation initiale peut être organisée rapidement, y compris à distance, dans cette période difficile.

Note légale : Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Il ne constitue pas un avis juridique. Chaque situation est unique et requiert l'analyse d'un professionnel du droit qualifié.

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