En finale de National League 2026, Christoph Bertschy a d'abord marqué deux buts décisifs pour Fribourg-Gottéron lors de l'Acte I contre HC Davos — puis il a encaissé une charge brutale de Brendan Lemieux juste après le buzzer final. Bertschy est reparti directement aux vestiaires. La salle a retenu son souffle.
Il est revenu jouer dès l'Acte II. Et le 30 avril 2026, il était sur la glace quand Lucas Wallmark a inscrit le but du premier titre de l'histoire des Dragons en prolongation.
Cette image — un athlète qui absorbe un coup, disparaît aux vestiaires, puis revient — pose une question que beaucoup de sportifs et de travailleurs en Suisse ne se posent pas assez souvent : à quel moment doit-on vraiment s'arrêter après un traumatisme ?
Le coup de Lemieux : dangereux, mais pas suspendu
Le jeu sur Bertschy a fait l'objet d'une analyse par le responsable de la sécurité des joueurs de la National League. Le verdict a surpris : aucune suspension pour Brendan Lemieux, au motif que le point de contact était l'épaule, et non la tête. Lemieux avait pourtant reçu une pénalité de match sur le coup.
Bertschy, touché mais pas hors de combat, a repris l'entraînement dès le lendemain. Ses coéquipiers Sandro Schmid et Andrea Glauser, eux, n'ont pas eu cette chance : ils regardaient l'Acte VII depuis les tribunes, blessés.
Ce scénario — une blessure minimisée pour continuer à jouer lors d'un moment crucial — n'est pas propre au hockey. On le retrouve dans tous les sports de contact, et même dans des professions physiquement exigeantes.
Protocole commotion en Suisse : ce que les clubs (et employeurs) doivent respecter
Depuis 2017, la Swiss Ice Hockey Federation a adopté un protocole commotion cérébrale obligatoire pour tous les clubs de National League. Il s'appuie sur le Consensus Statement on Concussion in Sport de Berlin et prévoit :
- Un retrait immédiat du jeu dès qu'une commotion est suspectée (« If in doubt, sit out »)
- Un examen médical par un professionnel de santé
- Un protocole de retour progressif en 6 étapes, sur un minimum de 6 jours
- L'interdiction de passer une étape si des symptômes persistent
Ce protocole n'est pas une recommandation : c'est une obligation réglementaire pour les équipes de National League. Le médecin de l'équipe ou le soigneur présent sur le banc doit évaluer immédiatement tout joueur qui a subi un choc à la tête.
Pourquoi les athlètes minimisent-ils leurs blessures ?
La pression de revenir jouer, surtout lors d'une finale, est immense. Mais sous-estimer une commotion ou un traumatisme musculo-squelettique peut avoir des conséquences graves à long terme :
Syndrome du deuxième impact : si une deuxième commotion survient avant la guérison complète de la première, le risque d'œdème cérébral grave — parfois fatal — est multiplié. Des cas ont été documentés chez des jeunes sportifs amateurs.
Ruptures ligamentaires non traitées : une entorse bénigne non soignée peut devenir une rupture partielle ou totale du ligament croisé ou du LCA. Dans le hockey, les blessures au genou et à la cheville représentent plus de 30 % des arrêts de jeu.
Carrière écourtée : plusieurs anciens champions suisses ont reconnu que des « petits coups » encaissés sans soin avaient précipité leur fin de carrière. Julien Sprunger, capitaine légendaire des Dragons hospitalisé lors des playoffs précédents, est l'un des exemples les plus connus de cette réalité.
Ce que dit la SUVA sur les accidents sportifs
En Suisse, la majorité des accidents sportifs des salariés sont couverts par la SUVA (Caisse nationale suisse d'assurance en cas d'accidents). Cela vaut aussi bien pour les professionnels que pour les amateurs qui pratiquent du sport en dehors du travail.
Contrairement à une idée reçue, la SUVA couvre les accidents sportifs même pour les activités à risque, à condition que le salarié soit assuré. Selon les statistiques de la SUVA, plus de 275 000 accidents sportifs sont déclarés chaque année en Suisse, dont environ 40 000 lors de la pratique du hockey, du football ou du ski.
Ce que vous devez savoir si vous êtes blessé lors d'une activité sportive en Suisse :
- Déclarez l'accident immédiatement à votre employeur et à votre caisse d'assurance
- Ne minimisez pas les symptômes lors du bilan initial : la prise en charge peut être plus longue si le diagnostic initial est incomplet
- Demandez un certificat médical couvrant la durée réelle d'incapacité
- En cas de litige avec la SUVA sur l'étendue des prestations, un avocat spécialisé ou un médecin-conseil peut vous aider à défendre vos droits
Quand consulter un médecin après un coup au sport ?
Pas besoin d'être Christoph Bertschy pour se poser la question. Que vous pratiquiez le hockey amateur, le ski alpin le week-end ou le football en plein air, voici les signes qui justifient une consultation médicale urgente après un choc :
- Maux de tête persistants (plus de quelques heures)
- Nausées ou vomissements
- Sensibilité inhabituelle à la lumière ou au bruit
- Troubles de la mémoire ou de la concentration
- Vertiges ou troubles de l'équilibre
- Toute perte de connaissance, même brève
Un médecin du sport peut évaluer ces symptômes et vous orienter vers un spécialiste si nécessaire. Retarder cette consultation pour « finir la saison » n'est jamais une bonne décision — même pour un champion de Suisse.
Cet article contient des informations générales sur la santé sportive. En cas de blessure, consultez un professionnel de santé qualifié.
