Chelsea Football Club a mis fin aux fonctions de son entraîneur Liam Rosenior le 22 avril 2026, après seulement 107 jours en poste. L'Anglais de 39 ans, nommé le 6 janvier pour succéder à Enzo Maresca sur un contrat de six ans et demi, aura vécu cinq défaites consécutives en Premier League sans marquer un seul but. Une rupture spectaculaire, survenue à quatre jours d'une demi-finale de FA Cup contre Leeds United à Wembley ce dimanche 26 avril.
La chute de Rosenior : cinq défaites, zéro but, cent sept jours
Rosenior avait pourtant bien débuté : six victoires en sept matchs en Premier League avant la trêve internationale. Mais la machine s'est enrayée. Selon Sky Sports, la série noire de cinq défaites sans marquer est la pire pour Chelsea depuis 1912. Chelsea, septième au classement de la Premier League, jouait pourtant la qualification européenne en début de saison.
Calum McFarlane, jusqu'ici directeur sportif de Chelsea, a pris l'intérim. Il sera sur le banc de Wembley ce dimanche contre Leeds United, qui dispute sa première demi-finale de FA Cup en 53 ans.
Ce type de rupture brusque, décidée par l'employeur après une mauvaise séquence de résultats, soulève une question familière dans le monde du travail suisse : cette décision aurait-elle pu être qualifiée de licenciement abusif ?
Ce que dit le Code des obligations suisse
En Suisse, le droit du travail est encadré par le Code des obligations (CO), notamment ses articles 335 à 336b. Le principe de base est libéral : un employeur peut résilier un contrat de durée indéterminée à tout moment, pour autant qu'il respecte les délais de congé légaux ou contractuels.
Ces délais sont les suivants selon l'article 335c CO :
- Pendant la première année de service : 1 mois de préavis pour la fin d'un mois civil.
- De la 2e à la 9e année de service : 2 mois de préavis.
- Dès la 10e année de service : 3 mois de préavis.
Dans le cas de Rosenior, nommé en janvier sur un contrat de 6,5 ans, la durée contractuelle est bien supérieure. Un licenciement aussi rapide implique généralement une compensation financière — les médias britanniques évoquent une indemnité de plusieurs millions de livres sterling. En Suisse, les contrats à durée déterminée ou les contrats contenant des clauses de résiliation spécifiques (comme l'a analysé l'affaire Verstappen et ses clauses résolutoires en F1) peuvent prévoir des montants différents.
Qu'est-ce qu'un licenciement abusif en droit suisse ?
Le licenciement abusif est défini à l'article 336 du Code des obligations. Il survient notamment lorsque l'employeur résilie le contrat :
- En raison de l'appartenance syndicale d'un employé ou de ses activités représentatives légitimes.
- Pour exercer un droit appartenant légitimement à l'employé (comme déposer une réclamation ou témoigner en justice).
- Pour des motifs purement personnels sans rapport avec la qualité du travail fourni.
- Pendant une période de protection : maladie (jusqu'à 30 jours lors des deux premières années, 90 jours de la 3e à la 5e année, 180 jours dès la 6e), grossesse, service militaire ou civil.
Dans le football professionnel comme dans tout secteur, un licenciement fondé sur les résultats sportifs n'est généralement pas qualifié d'abusif — les résultats constituent un motif objectif. Mais en dehors du sport de haut niveau, de nombreux travailleurs sont licenciés pour des raisons qui, elles, méritent d'être contestées.
Quels recours en cas de licenciement abusif ?
Si un employé estime avoir été licencié de façon abusive, il peut agir sur deux plans :
L'opposition formelle. Il peut s'opposer par écrit au congé auprès de l'employeur, jusqu'au terme du préavis. Cette démarche préserve ses droits pour la suite.
L'indemnité. Si le tribunal reconnaît le caractère abusif du licenciement, l'employé peut obtenir une indemnité allant jusqu'à 6 mois de salaire (article 336a CO). Cette indemnité ne remplace pas les salaires dus — elle s'y ajoute.
Le délai d'action. Attention : pour contester un licenciement abusif, l'employé doit intenter son action en justice dans les 180 jours suivant la fin du contrat de travail. Passé ce délai, le droit à l'indemnité est prescrit.
Licenciement et droit du sport : un cas particulier
Le sport professionnel en Suisse occupe une zone spécifique. Les entraîneurs de clubs suisses — qu'il s'agisse d'un coach de la National League comme dans l'affaire HC Ajoie – Greg Ireland — sont liés par les mêmes règles du Code des obligations que tout autre employé. Les clauses contractuelles priment sur les délais légaux, mais elles doivent respecter les limites imposées par le CO.
Ce qui vaut pour Rosenior à Chelsea vaut pour n'importe quel cadre suisse : une rupture de contrat rapide sans cause objectivement justifiable expose l'employeur à une obligation d'indemnisation. Et dans certains secteurs réglementés (finance, santé, services publics), des dispositions spécifiques renforcent encore la protection de l'employé.
Quand consulter un avocat spécialisé en droit du travail
Face à un licenciement, la rapidité est clé. Avant de signer un document, d'accepter un accord à l'amiable ou de quitter vos fonctions sans réserves, une consultation avec un avocat spécialisé vous permettra d'évaluer précisément votre situation.
Un avocat du travail peut vous aider à :
- Vérifier si votre licenciement respecte les délais légaux et contractuels.
- Qualifier le motif invoqué et déterminer si un licenciement abusif est constitué.
- Préparer votre opposition formelle dans les délais.
- Négocier une indemnité appropriée ou, si nécessaire, vous défendre en justice.
Les avocats disponibles sur Expert Zoom interviennent en consultation individuelle pour les salariés comme pour les employeurs qui souhaitent s'assurer de la légalité de leurs décisions.
Rosenior repart avec une indemnité importante. Mais dans la vraie vie, hors des stades anglais, rares sont ceux qui peuvent se permettre de ne pas réagir à temps face à une rupture de contrat injustifiée. En droit suisse, les armes existent — encore faut-il les saisir avant que les délais ne courent.
Cet article est à titre informatif. Pour toute situation personnelle, consultez un avocat qualifié en droit du travail.

Sophie Favre