Alexander Zverev s'est imposé comme le grand favori de Roland Garros 2026 : l'élimination en début de tournoi de Jannik Sinner et Novak Djokovic a ouvert le tableau comme rarement, et l'Allemand de 29 ans progresse avec une régularité impressionnante vers les demi-finales. Mais ce retour au sommet sur la terre ocre parisienne résonne d'un symbole particulièrement fort. En juin 2022, sur ce même court Philippe-Chatrier, Zverev avait quitté le tournoi en fauteuil roulant, trois ligaments de la cheville droite déchirés. Ce qu'il a traversé pour revenir là — et ce que son parcours enseigne aux sportifs amateurs en Suisse — mérite d'être raconté.
2022 : la chute de Philippe-Chatrier
Le 3 juin 2022, en demi-finale de Roland Garros face à Rafael Nadal, Alexander Zverev s'est tordu la cheville droite en tentant un passing shot défensif. L'Allemand a immédiatement compris la gravité de la situation. Il a quitté le court en pleurant, transporté en fauteuil roulant, incapable de poser le pied au sol. Le diagnostic est tombé peu après : rupture complète des trois ligaments latéraux de la cheville droite, nécessitant une intervention chirurgicale urgente.
La rééducation a duré sept mois. À son retour à la compétition début 2023, Zverev jouait encore "sur une jambe", selon ses propres termes dans plusieurs interviews. Les deux saisons suivantes ont été marquées par une reconstruction progressive — jusqu'au titre olympique à Paris en 2024. En 2026, il vise enfin son premier titre en Grand Chelem.
Trois ligaments déchirés : ce que cela signifie médicalement
Une entorse de la cheville avec rupture ligamentaire complète — comme celle de Zverev en 2022 — est classifiée en grade III, la forme la plus grave. Les trois ligaments latéraux concernés (le ligament talo-fibulaire antérieur, le ligament calcanéo-fibulaire et le ligament talo-fibulaire postérieur) assurent ensemble la stabilité de l'articulation lors des appuis et des changements de direction. Leur rupture simultanée prive le pied de toute tenue latérale.
Selon l'Organisation mondiale de la santé, l'activité physique régulière bénéficie largement à la santé, mais les blessures musculo-squelettiques non traitées correctement peuvent entraîner des séquelles durables. Dans le cas d'une rupture ligamentaire de grade III, l'absence de traitement adapté peut conduire à une instabilité chronique de la cheville : chutes répétées, douleurs persistantes, et à terme une arthrose précoce de l'articulation.
Le traitement chirurgical n'est pas systématiquement indiqué pour toutes les entorses graves. Il est recommandé lorsque plusieurs conditions sont réunies : rupture complète confirmée par IRM, instabilité résiduelle après une première phase de rééducation conservatrice, patient à haute demande fonctionnelle (sportif intensif ou travail physique exigeant), et présence de lésions associées comme une fracture ostéochondrale du talus ou une lésion du cartilage.
Rééducation : les étapes que Zverev a traversées
Une rééducation post-chirurgicale de sept mois comme celle de Zverev suit un protocole structuré en plusieurs phases :
Phase 1 — immobilisation et décharge (0 à 6 semaines) : réduction de l'œdème, mobilisation passive douce, mise en charge progressive sur attelle. L'objectif est de permettre la cicatrisation sans stress mécanique excessif sur les structures réparées.
Phase 2 — renforcement et proprioception (6 à 12 semaines) : travail musculaire ciblé (muscles péroniers, tibial antérieur), rééducation proprioceptive sur plans instables, reprise de la marche normale puis de la course en ligne droite.
Phase 3 — réathlétisation (3 à 7 mois) : réintroduction progressive des gestes sportifs spécifiques. Pour un tennisman, cela signifie des déplacements latéraux d'abord lents, puis explosifs, avant la reprise des frappes à pleine intensité. Les changements de direction — omniprésents dans le tennis — sont les derniers gestes réintroduits, car ils sollicitent le plus fortement les ligaments reconstruits.
Pour un sportif amateur, la durée totale est comparable, parfois légèrement plus courte si la blessure est moins grave, mais l'accompagnement médical reste indispensable pour éviter une récidive dans les mois qui suivent le retour à l'activité.
Les signaux qui imposent une consultation dans les 48 heures
Une entorse de la cheville est souvent banalisée — à tort. Voici les signes qui imposent de consulter un médecin du sport ou un orthopédiste dans les 24 à 48 heures suivant un traumatisme :
- Incapacité totale à s'appuyer sur le pied immédiatement après l'incident (signe d'une rupture ligamentaire ou d'une fracture)
- Gonflement marqué dans l'heure qui suit (hémarthrose ou œdème traumatique important)
- Douleur intense à la palpation de la cheville externe ou des os environnants (péroné, talus)
- Hématome étendu remontant vers la jambe dans les premières 24 heures
- Sensation d'instabilité lors des premiers appuis, même légers
Pour une entorse de grade I ou II, la règle RICE (Rest, Ice, Compression, Elevation) reste le premier réflexe approprié. Mais si la douleur et le gonflement ne s'améliorent pas significativement dans les 72 heures, une consultation et une imagerie (radiographie pour exclure une fracture, IRM pour évaluer les ligaments) s'imposent.
Ce que Zverev enseigne aux sportifs amateurs
Le cas Zverev illustre deux réalités souvent opposées dans la pratique sportive de loisir. D'un côté, une blessure grave sous-traitée peut hypothéquer définitivement une pratique sportive régulière : l'instabilité chronique de la cheville touche de nombreux sportifs amateurs qui ont "laissé passer" une entorse sévère en croyant qu'elle guérirait seule. De l'autre, une prise en charge sérieuse — même chirurgicale — permet un retour complet à l'activité, comme Zverev l'a démontré avec son titre olympique de 2024.
Sur les stratégies de récupération après une chirurgie sportive, des experts comme ceux qui ont suivi Barkov après son opération du genou rappellent systématiquement que la phase de réathlétisation — souvent négligée faute de suivi — est la plus décisive pour prévenir la récidive.
Consulter un médecin du sport ou un orthopédiste spécialisé dès les premiers signes alarmants n'est pas une marque de faiblesse — c'est un investissement pour les années à venir. Via ExpertZoom, vous pouvez trouver rapidement un spécialiste disponible pour une entorse grave, éviter les diagnostics approximatifs qui retardent la prise en charge et, surtout, reprendre le sport dans les meilleures conditions.
Roland Garros 2026 ne raconte pas seulement la performance d'Alexander Zverev. Il raconte aussi l'histoire d'un corps réparé, suivi, soigné avec méthode. Un rappel que la médecine du sport n'est pas réservée aux champions de haut niveau.
Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas une consultation médicale professionnelle. En cas de traumatisme sportif grave, consultez un médecin sans délai.

Aurélie Vautier