La retraite progressive est un dispositif qui permet de réduire son activité professionnelle tout en percevant une fraction de sa pension avant d'avoir atteint l'âge légal. En 2026, les conditions d'accès sont encadrées par la loi du 14 avril 2023 portant réforme des retraites (loi n° 2023-270) : vous devez avoir au moins 2 ans de moins que votre âge légal de départ (soit 61 à 62 ans selon votre génération) et justifier de 150 trimestres d'assurance retraite tous régimes confondus. Vous devez aussi travailler à une quotité comprise entre 40 % et 80 % d'un temps plein, avec l'accord de votre employeur si vous êtes salarié. La fraction de pension perçue est proportionnelle à votre réduction d'activité. Les démarches se déposent auprès de votre caisse CARSAT (Caisse d'Assurance Retraite et de la Santé au Travail) au minimum 4 mois avant la date souhaitée.
Retraite progressive : définition et fonctionnement du dispositif
La retraite progressive est définie à l'article L. 351-15 du Code de la sécurité sociale comme la possibilité de percevoir une fraction de sa pension de vieillesse avant sa liquidation définitive, en contrepartie d'une réduction d'activité formalisée. Ce n'est pas une liquidation anticipée : votre retraite reste ouverte et continue de s'enrichir pendant toute la durée du dispositif.
Pendant la période de retraite progressive, vous conservez votre statut de salarié (ou de travailleur indépendant), continuez de cotiser aux régimes de base et complémentaires, et validez des trimestres supplémentaires. Votre pension partielle est revalorisée chaque 1er janvier, exactement comme les pensions définitives. Ce mécanisme dual — revenu d'activité réduit plus pension partielle — vise à lisser la transition entre vie active à temps plein et cessation totale d'activité.
Le dispositif s'adresse en priorité aux salariés du secteur privé relevant du régime général, gérés par la CARSAT en région et par la Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse (CNAV) en Île-de-France. Les artisans, commerçants et professions libérales dépendant de la Sécurité Sociale des Indépendants (SSI) peuvent également en bénéficier. Les fonctionnaires titulaires relèvent de règles spécifiques propres à leur régime, avec un dispositif équivalent introduit par la réforme de 2023.
La réforme des retraites de 2023 a par ailleurs étendu l'accès à la retraite progressive à de nouvelles catégories professionnelles, notamment les salariés en forfait-jours et certains agents non titulaires de la fonction publique, et a assoupli les conditions de cumul avec une activité complémentaire.
Conditions d'âge pour la retraite progressive en 2026 : qui est concerné ?
La condition d'âge est le premier filtre d'éligibilité. La règle est fixée à l'âge légal de départ à la retraite moins 2 ans. Suite à la loi n° 2023-270, l'âge légal est relevé progressivement de 3 mois par génération, de 62 ans (avant réforme) à 64 ans pour les assurés nés à partir du 1er janvier 1968. Cette montée en charge modifie l'âge d'accès à la retraite progressive pour chaque génération.
En 2026, les générations les plus susceptibles de solliciter une retraite progressive sont nées entre 1963 et 1966. Le tableau suivant détaille l'âge légal et l'âge minimum de retraite progressive pour ces générations :
| Année de naissance | Âge légal (loi 2023-270) | Âge minimum retraite progressive |
|---|---|---|
| Nés 1/9/1961 – 31/12/1961 | 62 ans 3 mois | 60 ans 3 mois |
| 1962 | 62 ans 6 mois | 60 ans 6 mois |
| 1963 | 62 ans 9 mois | 60 ans 9 mois |
| 1964 | 63 ans | 61 ans |
| 1965 | 63 ans 3 mois | 61 ans 3 mois |
| 1966 | 63 ans 6 mois | 61 ans 6 mois |
| 1967 | 63 ans 9 mois | 61 ans 9 mois |
| 1968 et après | 64 ans | 62 ans |
Source : loi n° 2023-270 du 14 avril 2023, décret n° 2023-436 du 3 juin 2023.

La durée d'assurance minimale : 150 trimestres. En parallèle de la condition d'âge, vous devez justifier d'au moins 150 trimestres d'assurance vieillesse (soit 37 ans et 6 mois), tous régimes obligatoires confondus. Ce seuil prend en compte les trimestres cotisés (activité salariée, non salariée), les trimestres assimilés (chômage indemnisé, arrêt maladie, invalidité, congé maternité/paternité) et les trimestres de majoration (enfants élevés, conjoint à charge).
Condition de temps partiel. Vous devez exercer votre activité à une quotité de travail comprise entre 40 % et 80 % d'un temps complet ou du temps de travail prévu par votre convention collective. Une activité à 35 % (trop basse) ou à 85 % (trop haute) exclut du dispositif. Si vous êtes en forfait-jours, le critère s'apprécie en nombre de jours travaillés dans l'année, conformément aux dispositions de l'article D. 351-35 du Code de la sécurité sociale.
Sur le contexte global de la réforme des retraites en cours, notre article Réforme des retraites suspendue en 2026 : ce que vos droits changent détaille les évolutions législatives à surveiller.
Calcul de la pension de retraite partielle : la formule expliquée
La pension partielle versée en retraite progressive se détermine en deux étapes : l'estimation de votre pension complète théorique, puis l'application d'une fraction proportionnelle à votre réduction de temps de travail.
Étape 1 : estimer votre retraite théorique à taux plein
Votre caisse CARSAT calcule la retraite à taux plein à laquelle vous auriez droit si vous partiez définitivement à la retraite à la date de la demande. Ce calcul utilise les règles classiques du régime général : le salaire annuel moyen des 25 meilleures années, le nombre de trimestres validés, et un taux de liquidation de 50 % au taux plein.
Étape 2 : appliquer la fraction de réduction d'activité
La fraction de pension versée correspond à la part de votre activité que vous n'exercez plus. Si vous maintenez 60 % de votre temps de travail, votre réduction d'activité est de 40 %, et c'est 40 % de votre pension théorique qui vous est versé.
Formule : Pension partielle = retraite théorique × (1 − quotité travaillée)
Scénario concret : Sophie, 62 ans, travaille à 60 % dans une entreprise à Lyon et dispose d'une carrière estimant sa pension théorique à 1 600 €/mois bruts. Sa réduction d'activité est de 40 % (1 − 60 % = 40 %). Elle perçoit donc 640 €/mois de pension partielle, auxquels s'ajoute son salaire à 60 %. Au total, ses ressources mensuelles sont supérieures à son ancien salaire à temps plein réduit par des cotisations plus faibles.
Revalorisation annuelle. La pension partielle est revalorisée chaque 1er janvier selon l'indice des prix à la consommation hors tabac, conformément à l'article L. 161-23-1 du Code de la sécurité sociale. Elle est aussi recalculée si votre quotité de travail change ou si vous validez des trimestres supplémentaires modifiant significativement vos droits.
Quel impact sur votre retraite définitive ?
Contrairement à une idée reçue, la retraite progressive n'ampute pas vos droits futurs. Pendant toute la durée du dispositif, vous continuez de valider des trimestres d'assurance vieillesse et d'accumuler des points de retraite complémentaire Agirc-Arrco, proportionnellement à votre activité réduite.
« La retraite progressive est souvent sous-utilisée faute d'information. Beaucoup de salariés pensent qu'ils vont perdre des droits en travaillant à temps partiel. C'est l'inverse : ils continuent d'en acquérir tout en percevant une pension partielle, ce qui améliore leur retraite définitive. » — Frédéric N., conseiller retraite indépendant, cabinet PatriRetraite, Lyon
Exemple chiffré. Un salarié qui entre en retraite progressive à 61 ans avec 152 trimestres et travaille 3 ans à mi-temps aura validé 164 trimestres à son départ définitif à 64 ans — soit une carrière bien plus complète qu'au moment de la demande initiale. Ces 12 trimestres supplémentaires peuvent majorer sa pension définitive de 3 à 5 % selon son salaire de référence.
Votre retraite complémentaire Agirc-Arrco. Les cotisations Agirc-Arrco prélevées sur votre salaire réduit continuent de générer des points de retraite complémentaire. Le contexte de revalorisation 2026 de ces régimes, analysé dans notre article Agirc-Arrco 2026 : votre retraite complémentaire gelée ?, affecte la valeur du point utilisé pour la fraction Agirc-Arrco de votre pension partielle.
À retenir : Si votre durée d'assurance atteint le taux plein avant votre départ définitif, votre pension finale sera calculée sur une carrière complète, quelle que soit la quotité de travail pendant la période progressive. La retraite progressive ne pénalise pas la liquidation finale.
Démarches auprès de votre caisse CARSAT : le guide pas à pas
La CARSAT est l'organisme compétent pour les salariés du secteur privé dans les 16 régions métropolitaines françaises. En Île-de-France, les salariés dépendent de la CNAV. Les travailleurs indépendants s'adressent à la SSI. Chacun de ces organismes instruit les demandes, calcule la pension partielle et verse les prestations selon les mêmes règles nationales.
Quand déposer votre demande ?
La CARSAT recommande de déposer votre dossier au moins 4 mois avant la date souhaitée de début de retraite progressive. Pour les carrières complexes — périodes à l'étranger, multi-régimes, rachats de trimestres, congés parentaux longs — prévoyez 6 mois. La date d'effet de la pension ne peut pas être antérieure à la date de réception du dossier complet.

Documents à rassembler
- Formulaire de demande de retraite progressive (cerfa n° 14876*01) — disponible sur service-public.fr ou dans votre espace Mon Compte Retraite
- Relevé de carrière — téléchargeable sur votre espace personnel lassuranceretraite.fr
- Pièce d'identité en cours de validité (carte nationale d'identité ou passeport)
- Justificatif de situation familiale (livret de famille, acte de naissance ou de mariage)
- Attestation de l'employeur précisant la nouvelle quotité de travail, la date d'effet et le salaire de référence
- Avenant signé au contrat de travail formalisant la réduction du temps de travail
L'accord de l'employeur : une condition obligatoire pour les salariés
Le passage à temps partiel dans le cadre de la retraite progressive nécessite l'accord explicite de l'employeur (article L. 351-15 alinéa 2 du CSS). L'employeur peut refuser si la réduction d'activité est incompatible avec l'organisation du service ou l'activité économique de l'entreprise, mais ce refus doit être motivé par écrit. En cas de refus injustifié, le salarié peut saisir le conseil de prud'hommes ou engager une médiation via son délégué syndical.
Suivi de votre dossier
Après dépôt du dossier complet, la CARSAT dispose d'un délai de 4 mois pour notifier sa décision. Vous pouvez suivre l'avancement de votre demande dans votre espace personnel sur le portail de l'Assurance Retraite (lassuranceretraite.fr). Si votre dossier est incomplet, la CARSAT vous contacte par courrier dans les 10 jours ouvrés pour vous indiquer les pièces manquantes.
Retraite progressive vs cumul emploi-retraite : deux dispositifs à ne pas confondre
Ces deux mécanismes interviennent à des moments différents de la vie professionnelle et obéissent à des règles distinctes.
La retraite progressive est une transition avant la liquidation définitive : vous n'avez pas encore liquidé votre retraite, vous continuez de travailler à temps partiel, de cotiser et d'acquérir des droits. La pension partielle perçue est provisoire et sera remplacée par votre pension définitive au départ complet.
Le cumul emploi-retraite intervient après la liquidation définitive de l'ensemble de vos régimes. Vous avez atteint l'âge légal et liquidé votre retraite. Vous pouvez reprendre ou poursuivre une activité. Depuis la réforme de 2023, les cotisations versées dans ce cadre génèrent à nouveau des droits supplémentaires à la retraite.
| Critère | Retraite progressive | Cumul emploi-retraite |
|---|---|---|
| Moment | Avant la retraite définitive | Après liquidation définitive |
| Âge minimum | Âge légal – 2 ans | 62 ans + taux plein ou 67 ans sans condition |
| Validation de trimestres | Oui, en continu | Oui (depuis 2023) |
| Accord employeur obligatoire | Oui (pour les salariés) | Non |
| Quotité de travail | 40 % à 80 % | Libre, y compris temps plein |
| Pension perçue | Fraction de pension provisoire | Pension complète liquidée |
La retraite progressive convient à ceux qui souhaitent alléger leur activité avant l'âge légal et disposent d'une carrière suffisante. Le cumul emploi-retraite convient à ceux qui, après avoir liquidé leur retraite, souhaitent continuer une activité sans contrainte de quotité.
Questions fréquentes sur la retraite progressive en 2026
Un fonctionnaire titulaire peut-il accéder à la retraite progressive ? Depuis la loi de 2023, les fonctionnaires titulaires peuvent accéder à un dispositif équivalent. Les conditions (âge, durée de service) sont alignées sur celles du régime général, avec des modalités spécifiques au statut. Renseignez-vous auprès du Service des Retraites de l'État (SRE) ou de la CNRACL (Caisse Nationale de Retraites des Agents des Collectivités Locales) selon votre employeur.
La pension de retraite progressive est-elle soumise à l'impôt sur le revenu ? Oui. La fraction de pension perçue est imposable selon les mêmes règles que les pensions de retraite classiques, après application d'un abattement de 10 % dans la limite du plafond légal. Elle est également soumise à la Contribution Sociale Généralisée (CSG) et à la Contribution au Remboursement de la Dette Sociale (CRDS) selon votre niveau de revenus.
Mon employeur peut-il m'imposer une retraite progressive ? Non. La retraite progressive est un droit pour le salarié, mais elle ne peut pas être imposée par l'employeur. La réduction du temps de travail doit faire l'objet d'un accord bilatéral formalisé par un avenant au contrat. Toute pression de l'employeur en ce sens peut constituer un manquement à ses obligations contractuelles susceptible d'engager sa responsabilité.
Puis-je cumuler une activité d'auto-entrepreneur avec ma retraite progressive ? Oui, sous conditions. Une activité non salariée déclarée peut coexister avec la retraite progressive si elle reste compatible avec le statut de salarié à temps partiel et si vos revenus globaux ne dépassent pas les plafonds fixés par votre caisse. Consultez votre CARSAT pour vérifier l'impact sur votre pension partielle selon votre situation spécifique.
Que se passe-t-il si mon employeur ferme l'entreprise pendant ma retraite progressive ? En cas de cessation d'activité de l'entreprise, votre retraite progressive est suspendue. Selon votre situation, vous basculerez vers le régime d'indemnisation chômage si vous remplissez les conditions, ou vers une liquidation directe de votre retraite complète si vous avez atteint l'âge légal. Rapprochez-vous de votre CARSAT dès connaissance de la situation pour éviter toute rupture de droits.
Avertissement : Les informations présentes sur cette page sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas un conseil juridique ou financier. Consultez votre caisse de retraite (CARSAT, CNAV, SSI) ou un conseiller retraite agréé pour une analyse personnalisée de votre situation personnelle.

Nadia Kadiri

