Le tribunal de commerce de Lille a placé Ziegler France en redressement judiciaire le 3 mars 2026, laissant 1 370 salariés dans l'incertitude. Ce 31 mars 2026, le tribunal rend sa décision sur l'avenir de l'entreprise.
Qui est Ziegler France et pourquoi est-elle en difficulté ?
Ziegler France est un transporteur et logisticien implanté dans une soixantaine d'agences à travers le pays, avec des hubs majeurs en Alsace, Normandie et dans l'ouest (Nantes, Rennes, Cholet). Filiale du groupe belge Ziegler, elle a vu son résultat d'exploitation s'effondrer : de +3,5 millions d'euros en 2022 à -6,2 millions d'euros en 2024, selon les données communiquées au tribunal de commerce.
Le redressement judiciaire — distinct de la liquidation — laisse à l'entreprise un délai pour trouver une solution : plan de continuation, cession partielle ou totale, ou restructuration. Ce 31 mars 2026, le tribunal doit trancher sur l'avenir de la société.
Quels sont les droits des salariés en redressement judiciaire ?
Pour les 1 370 salariés concernés, le redressement judiciaire ouvre une période d'incertitude encadrée par le droit du travail français. Voici les protections légales à connaître.
Le représentant des salariés (RSS) : dès l'ouverture de la procédure, un représentant des salariés est désigné. Il a accès aux documents de la procédure et siège aux audiences. C'est l'interlocuteur clé pour les employés en cas de questions sur l'avancement du dossier.
Le gel des licenciements économiques : pendant la période d'observation (généralement 6 à 18 mois), les licenciements économiques collectifs sont en principe suspendus, sauf autorisation du juge-commissaire. Cela ne signifie pas une protection absolue, mais un encadrement strict.
L'AGS (Association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés) : si Ziegler France ne peut pas payer les salaires, primes et indemnités légales, l'AGS intervient en garantie. Selon l'article L3253-8 du Code du travail, cette garantie couvre les 60 derniers jours de salaire avant la procédure, ainsi que les indemnités de licenciement dans certaines limites.
Les indemnités de licenciement : en cas de plan de cession partielle ou de liquidation après redressement judiciaire, les salariés licenciés pour motif économique ont droit à l'indemnité légale de licenciement (ou conventionnelle si plus favorable), au préavis ou son indemnité compensatrice, et aux allocations chômage via France Travail.
Ce que prévoit la loi en cas de cession d'entreprise
Si un repreneur achète tout ou partie de Ziegler France, l'article L1224-1 du Code du travail s'applique : les contrats de travail sont automatiquement transférés au nouvel employeur, avec maintien de l'ancienneté, des avantages acquis et du salaire. Le repreneur ne peut pas imposer de nouvelles conditions moins favorables sans accord.
Selon le droit français, le repreneur a toutefois la possibilité de ne reprendre qu'une partie des postes, à condition que l'administrateur judiciaire et le tribunal l'autorisent. Les salariés non repris bénéficient alors des droits au licenciement économique et de l'accompagnement du Plan de Sauvegarde de l'Emploi (PSE) si l'entreprise compte plus de 50 salariés.
D'après les informations disponibles auprès du tribunal de commerce de Lille, plusieurs repreneurs potentiels auraient manifesté leur intérêt, ce qui laisse espérer une solution de cession partielle plutôt qu'une liquidation.
Les erreurs à ne pas commettre en tant que salarié
Face à une telle situation, plusieurs comportements sont contre-productifs :
- Démissionner précipitamment : un salarié qui démissionne perd ses droits à l'indemnité de licenciement et, sauf exceptions, ses droits au chômage. Il faut attendre le dénouement de la procédure ou négocier une rupture conventionnelle si le contexte s'y prête.
- Ne pas suivre la procédure : les délais du redressement judiciaire sont stricts. Si un PSE est ouvert, les salariés ont des délais pour faire valoir leurs droits.
- Oublier de déclarer les créances salariales : si des salaires ou primes sont impayés, les salariés (ou leurs représentants) doivent déclarer ces créances au mandataire judiciaire dans les délais imposés.
Un avocat spécialisé en droit du travail peut accompagner les salariés à chaque étape : vérification des droits, négociation d'un PSE, recours en cas d'irrégularité de la procédure.
Quelle protection pour les sous-traitants et prestataires ?
Ziegler France travaille avec un réseau de sous-traitants dans le secteur du transport. Pour eux, la situation est différente : les créances antérieures à l'ouverture du redressement sont bloquées (elles doivent être déclarées au passif), mais les prestations postérieures à la date d'ouverture doivent être payées en priorité par l'administrateur judiciaire.
Un expert-comptable ou un avocat spécialisé en droit des entreprises en difficulté peut aider les sous-traitants à structurer leurs déclarations de créances pour maximiser leurs chances de récupération.
Vers qui se tourner pour être accompagné ?
Face à un redressement judiciaire, les ressources institutionnelles existent — inspection du travail, délégués syndicaux, représentants des salariés — mais elles traitent des centaines de dossiers simultanément. Un accompagnement personnalisé par un avocat spécialisé en droit social permet de sécuriser ses droits : vérification de la conformité des documents transmis, assistance lors des audiences devant le conseil de prud'hommes si nécessaire, et conseil stratégique sur le moment et la manière d'agir.
Sur Expert Zoom, des salariés dans des situations similaires (comme lors de la liquidation d'Alinéa) ont trouvé des avocats disponibles rapidement pour évaluer leur dossier. Pour consulter les textes officiels sur les procédures collectives et les droits des salariés en cas de difficultés de l'entreprise, service-public.fr est la référence officielle du gouvernement français.
Note légale : Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour toute décision concernant vos droits, consultez un professionnel du droit.
L'affaire Ziegler France illustre une réalité du marché du transport en 2026 : la hausse des coûts de carburant, la pression tarifaire et la concurrence européenne fragilisent les acteurs de taille intermédiaire. Pour les 1 370 salariés, la journée du 31 mars 2026 est déterminante. Quelle que soit la décision du tribunal, connaître ses droits est la première étape pour les défendre efficacement.
