Vente de l'OM : ce que les investisseurs minoritaires doivent savoir avant de mettre la main au portefeuille

Stade Vélodrome de Marseille, domicile de l'Olympique de Marseille, au cœur des discussions de vente en 2026

Photo : Zairon / Wikimedia

Nadia Nadia KadiriJuridique
5 min de lecture 14 avril 2026

La vente de l'Olympique de Marseille est à nouveau au cœur de l'actualité en avril 2026. Frank McCourt, propriétaire américain du club depuis 2016, serait prêt à céder ses parts pour environ 500 millions d'euros — une réduction significative par rapport aux 1,2 milliard réclamé initialement — afin de financer son projet technologique Project Liberty. Derrière le feuilleton médiatique, cette situation illustre les enjeux juridiques et financiers complexes que soulève toute cession d'un club de football professionnel.

Un prix qui divise : entre valorisation et réalité du marché

Le bras de fer sur la valorisation de l'OM cristallise une tension que connaissent bien les experts en droit des affaires : l'écart entre le prix demandé par un vendeur et la réalité du marché. Selon plusieurs observateurs du secteur cités par Médiaterranée, l'OM vaudrait entre 500 et 600 millions d'euros, loin des 1,2 milliard affiché.

Dans une cession d'entreprise ordinaire — club de football ou PME — cette divergence d'évaluation est la première source de blocage. Les méthodes d'évaluation d'un club sportif intègrent des éléments spécifiques que les méthodes comptables traditionnelles ne captent pas : la valeur de la marque, le portefeuille de joueurs comme actifs incorporels, les droits de naming du stade, les revenus futurs attendus des droits télévisés et la dynamique de la Ligue des Champions.

C'est précisément cette complexité qui explique pourquoi les négociations s'étirent souvent sur plusieurs années, comme c'est le cas pour l'OM.

Les scénarios de rachat et leurs implications juridiques

Trois grandes pistes circulent actuellement autour du dossier OM. Chaque scénario soulève des questions juridiques très différentes.

Scénario 1 : Cession totale à un investisseur saoudien

Une cession totale implique le transfert de 100 % des parts sociales. L'acquéreur reprend intégralement les actifs, mais aussi les passifs du club : dettes sportives, contrats de joueurs en cours, engagements envers les partenaires et les collectivités locales. Un audit juridique et financier préalable — appelé due diligence — est absolument indispensable.

Pour un club comme l'OM, les engagements contractuels peuvent atteindre plusieurs centaines de millions d'euros. Un avocat spécialisé en droit des sociétés et en droit du sport est incontournable pour identifier les clauses de résiliation anticipée et les garanties d'actif-passif nécessaires.

Scénario 2 : Entrée au capital d'un investisseur minoritaire (30 %)

C'est le scénario le plus délicat pour un investisseur. Acquérir une participation minoritaire — même à 400 millions d'euros pour 30 % des parts — sans obtenir de droits de gouvernance solides expose l'investisseur à une position de shareholder passif.

La règlementation française impose que les statuts d'une société commerciale définissent précisément les droits de chaque catégorie d'actionnaires. Un actionnaire minoritaire peut se voir refuser l'accès aux informations stratégiques, être mis en minorité lors des votes décisifs, ou ne percevoir aucun dividende si la majorité décide de réinvestir les bénéfices.

Les investisseurs dans des clubs de football ont souvent découvert — à leurs dépens — que les règlements de la FIFA et de l'UEFA sur la multi-propriété (interdisant à une même entité de détenir des parts dans plusieurs clubs participant à des compétitions européennes communes) peuvent créer des complications inattendues. Le droit sportif international s'imbrique avec le droit des sociétés national.

Scénario 3 : Rodolphe Saadé, de sponsor à actionnaire ?

Selon plusieurs sources, le PDG de CMA CGM serait plus intéressé par le naming du Vélodrome que par une prise de participation dans le capital. Une distinction importante : être sponsor ou partenaire de naming n'implique aucun droit d'actionnaire et aucune responsabilité sur les dettes du club.

Cette nuance est souvent mal comprise. Un contrat de naming est un contrat de prestation publicitaire, pas un titre de propriété. Le partenaire de naming n'a aucun droit de regard sur les décisions sportives ou financières du club. Nous avions analysé en détail les implications juridiques de ce type de partenariat dans notre article sur l'investissement de Rodolphe Saadé à l'OM.

Ce que révèle l'affaire OM sur les droits des minoritaires

Le feuilleton de la vente de l'OM illustre un problème structurel du droit français des sociétés : la protection des actionnaires minoritaires reste insuffisante dans les structures non cotées.

Dans une société anonyme (SA) ou une société par actions simplifiée (SAS) non cotée comme un club de football professionnel, l'actionnaire minoritaire dispose de recours limités s'il estime être lésé. Il peut exercer une action ut singuli — agir en justice au nom de la société — mais ce recours est long, coûteux et incertain.

Depuis la loi PACTE de 2019, des mécanismes de protection ont été renforcés, notamment :

  • Le droit à l'information : tout actionnaire peut demander communication des comptes annuels et du rapport de gestion
  • L'abus de majorité : la jurisprudence sanctionne les décisions prises dans l'intérêt exclusif des majoritaires, au détriment des minoritaires et de l'intérêt social
  • Les clauses statutaires : tag-along (droit de vente conjointe), drag-along (obligation de vente conjointe) et anti-dilution doivent être négociées avant d'entrer au capital

En matière de prise de participation dans une entreprise non cotée, qu'il s'agisse d'un club sportif ou d'une PME, la protection de l'investisseur minoritaire se construit avant la signature, pas après. Un avocat spécialisé en droit des sociétés est votre premier rempart contre les mauvaises surprises.

Quand se faire accompagner ?

Si vous envisagez d'investir dans une société commerciale — quelle que soit sa taille ou son secteur — ou si vous êtes impliqué dans une cession ou une entrée au capital, plusieurs situations imposent un accompagnement juridique professionnel :

  1. Avant toute lettre d'intention : faire auditer la structure cible pour identifier les risques cachés
  2. À la rédaction du pacte d'actionnaires : c'est le document clé qui définit vos droits réels, au-delà des statuts
  3. En cas de désaccord avec les majoritaires : identifier rapidement les recours disponibles avant que la situation se dégrade

Selon les chiffres du Registre du commerce, les litiges entre actionnaires ont augmenté de 23 % en France entre 2020 et 2024. Nombre d'entre eux auraient pu être évités avec un accompagnement juridique préventif.

L'OM et ses milliards font les gros titres. Mais les mêmes enjeux — évaluation, droits des minoritaires, pactes d'actionnaires — se retrouvent dans des milliers de cessions d'entreprises ordinaires chaque année en France. Et ils se règlent de la même façon : avec le bon expert à vos côtés.

Cet article est à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil juridique. Pour toute situation personnelle liée à une cession ou à une prise de participation, consultez un avocat spécialisé en droit des sociétés.

Pour en savoir plus sur les droits des actionnaires en France, consultez les ressources du Code de commerce sur Légifrance.

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