Le 24 avril 2026, un sit-in de solidarité s'est tenu au siège du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) à Tunis, en soutien à Mourad Zeghidi, chroniqueur franco-tunisien emprisonné depuis le 11 mai 2024. Ce jour-là, un autre journaliste, Zied El-Heni, était lui aussi placé en garde à vue. Zeghidi, condamné le 22 janvier 2026 à trois ans et demi de prison pour des accusations de blanchiment d'argent et fraude fiscale rejetées par ses soutiens, se trouve désormais détenu depuis plus de 700 jours. Son cas illustre une réalité que les avocats spécialisés en droit de la presse connaissent bien : la liberté d'expression n'est pas un droit automatiquement garanti, même pour des citoyens de pays démocratiques.
Qui est Mourad Zeghidi et pourquoi est-il emprisonné ?
Mourad Zeghidi est un journaliste et chroniqueur de 53 ans, franco-tunisien, connu pour ses analyses politiques critiques à l'égard du président tunisien Kaïs Saïed. Arrêté à son domicile de Tunis le 11 mai 2024, il a d'abord été mis en cause pour « diffusion de fausses nouvelles » après une publication sur les réseaux sociaux. En janvier 2026, le tribunal correctionnel tunisien l'a condamné à trois ans de prison pour blanchiment d'argent et six mois pour infractions fiscales.
Reporters Sans Frontières (RSF), le Syndicat national des journalistes (SNJ), la CFDT-Journalistes et FO ont tous exigé sa libération, qualifiant la détention d'arbitraire. Dans une lettre publiée depuis sa cellule le 11 avril 2026, Zeghidi a dénoncé une instrumentalisation de la justice à des fins politiques. La répression des voix critiques s'est intensifiée depuis le retour au pouvoir présidentiel renforcé en 2021.
Ce que dit le droit international sur la liberté de la presse
La liberté d'expression des journalistes est protégée par plusieurs textes de droit international auxquels la France est partie. L'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme (CEDH) garantit la liberté d'expression, y compris pour les journalistes et les commentateurs politiques. La Cour européenne des droits de l'homme a rendu de nombreux arrêts condamnant des États membres du Conseil de l'Europe pour violations de cet article.
La Tunisie n'est pas membre du Conseil de l'Europe. Mais pour un citoyen français ou européen — ou pour un journaliste installé en France — les protections sont réelles et applicables. Selon l'Indice mondial de la liberté de la presse publié par Reporters Sans Frontières, la Tunisie occupe la 118e place sur 180 pays, en recul de 27 positions depuis 2022 — un indicateur que les avocats spécialisés consultent systématiquement pour évaluer les risques avant tout déplacement professionnel dans ce pays.
Pour les journalistes français travaillant en zone de risque — correspondants, free-lances, journalistes d'origine étrangère —, les risques juridiques à l'étranger sont souvent mal anticipés. Un avocat spécialisé en droit de la presse ou en droit international peut aider à évaluer les risques, à structurer ses publications pour réduire son exposition légale, et à préparer une réponse en cas de procédure.
La judiciarisation du journalisme : un phénomène mondial, des implications locales
Le cas Zeghidi illustre une tendance internationale que les juristes appellent le « lawfare » journalistique : l'utilisation de procédures judiciaires — fiscales, pénales, civiles — pour réduire au silence des voix critiques, sans nécessairement recourir à la censure directe.
Ce phénomène ne se limite pas aux régimes autoritaires. En France, les journalistes peuvent être poursuivis pour diffamation, atteinte à la vie privée, violation du secret des affaires ou divulgation de sources. La loi du 14 novembre 2016 sur le secret des affaires a élargi le spectre des poursuites possibles contre les journalistes d'investigation, et plusieurs procédures ont depuis été engagées contre des rédactions ou des reporters français.
Pour un journaliste free-lance, un blogueur, ou toute personne qui publie des analyses ou des commentaires en ligne, la frontière entre expression légitime et exposition légale est parfois ténue. Un avocat spécialisé en droit de la presse peut analyser un contenu avant publication, conseiller sur les précautions à prendre lors de la rédaction d'articles sensibles, et représenter un auteur en cas de mise en cause.
Sur ExpertZoom, des avocats en droit de la presse et en libertés fondamentales sont disponibles pour des consultations en ligne. Que vous soyez journaliste professionnel, free-lance, créateur de contenu ou simplement actif sur les réseaux sociaux, comprendre vos droits est la première ligne de défense.
Affaire Zeghidi : les mobilisations en France et leur portée juridique
Depuis la condamnation de janvier 2026, plusieurs organisations françaises ont rejoint les appels à la libération de Mourad Zeghidi. Le SNJ (Syndicat national des journalistes), la CFDT-Journalistes, FO et RSF ont formulé des demandes officielles auprès du gouvernement français et de l'Union européenne.
Ces mobilisations syndicales ont une portée diplomatique réelle. La France entretient des relations diplomatiques et économiques étroites avec la Tunisie. Le ministère des Affaires étrangères peut, dans les cas de ressortissants français détenus à l'étranger, intervenir via la protection consulaire. Depuis le 24 avril 2026, l'audience en appel de Zeghidi est attendue, sans date fixée à ce jour.
Pour les journalistes, les avocats soulignent l'importance d'un document souvent négligé : la carte de presse, délivrée par la Commission de la carte d'identité des journalistes professionnels (CCIJP). Elle ne confère pas d'immunité juridique, mais elle établit formellement le statut professionnel du détenteur et peut faciliter les démarches consulaires en cas de détention à l'étranger.
Notre article sur l'affaire Meignen et les menaces contre les journalistes en France offre un éclairage complémentaire sur la protection juridique des journalistes dans le contexte français.
Que faire si vous êtes journaliste et que vous faites face à des pressions judiciaires ?
Les procédures judiciaires visant des journalistes suivent souvent un schéma récurrent : une mise en demeure ou un signalement à la police judiciaire, une convocation, puis une mise en examen ou un renvoi en correctionnelle. À chacune de ces étapes, l'assistance d'un avocat spécialisé est non seulement possible mais fortement conseillée.
Voici les réflexes à adopter dès les premières tensions :
- Ne pas répondre seul à une convocation judiciaire : tout journaliste convoqué pour audition a le droit d'être assisté par un avocat dès le début de la garde à vue (article 63-3-1 du Code de procédure pénale).
- Documenter ses sources sans les exposer : le secret des sources est protégé par la loi du 4 janvier 2010 pour les journalistes professionnels. Cette protection a des limites que seul un avocat peut précisément définir.
- Contacter son syndicat ou une association de défense : SNJ, RSF, et la Société civile des auteurs multimédia (SCAM) disposent de ressources juridiques pour leurs membres.
- Consulter un avocat en droit de la presse dès le stade préventif, avant qu'une procédure ne soit engagée, pour évaluer l'exposition d'un article ou d'une enquête en cours de préparation.
L'affaire Mourad Zeghidi, observée de France avec inquiétude par la communauté journalistique, rappelle que la liberté d'expression est un droit fragile, qui ne se défend pas seul. En France comme à l'étranger, un conseil juridique avisé peut faire la différence entre une publication protégée et une procédure coûteuse et épuisante.
Avertissement : Cet article a une visée informative générale et ne constitue pas un conseil juridique. Pour toute situation personnelle, consultez un avocat qualifié.
