Le 15 juillet 2026, l'Assemblée nationale a définitivement adopté la loi ouvrant un droit à l'aide à mourir, par 291 voix contre 241. Après trois adoptions successives par les députés — en mai 2025, février 2026 puis juin 2026 — et autant de blocages au Sénat, le texte entre désormais dans le droit français. Pour des millions de citoyens, une question très concrète se pose déjà : comment faire connaître, à l'avance et de façon juridiquement valable, ses volontés sur sa propre fin de vie ?
La réponse ne relève pas du débat parlementaire, mais de deux outils juridiques que la nouvelle loi place au cœur du dispositif : les directives anticipées et la personne de confiance. Deux documents que la quasi-totalité des Français n'ont jamais rédigés, et dont la portée change radicalement avec ce vote.
Ce que la loi a réellement voté
Le texte adopté ouvre, sous conditions strictes, une procédure d'aide à mourir — suicide assisté ou, dans certains cas, euthanasie — pour des patients atteints d'une affection grave et incurable. L'éligibilité repose sur cinq conditions cumulatives : être majeur, être français ou résider en France de façon stable et régulière, être atteint d'une affection grave et incurable engageant le pronostic vital en phase avancée ou terminale, éprouver des souffrances physiques ou psychologiques liées à cette affection, et être en mesure d'exprimer sa volonté de façon libre et éclairée. La souffrance purement psychologique, seule, n'ouvre pas droit au dispositif.
La demande doit être formulée par écrit auprès d'un médecin. Celui-ci dispose de quinze jours pour se prononcer, en s'appuyant sur un collège pluridisciplinaire auquel participe au moins un spécialiste de la pathologie concernée. Le patient peut retirer sa demande à tout moment.
Pourquoi vos directives anticipées deviennent décisives
C'est ici qu'un point de la loi mérite l'attention de chacun, malade ou non. Le texte prévoit que les directives anticipées doivent être prises en compte dans la décision ultérieure de bénéficier de l'aide active à mourir. Autrement dit, ce document écrit permet d'anticiper une décision à prendre alors même que le discernement pourra être altéré par la maladie ou les traitements.
Les directives anticipées ne sont pas une nouveauté née de cette loi : elles existent depuis la loi Claeys-Leonetti de 2016. Mais leur poids change. Jusqu'ici cantonnées à l'arrêt ou à la limitation des traitements, elles s'inscrivent désormais dans un cadre où le droit à mourir est reconnu. Selon service-public.fr, toute personne majeure peut les rédiger sur papier libre, les dater et les signer, puis les conserver ou les confier à son médecin traitant. La nouvelle loi prévoit même qu'elles pourront être produites au format audiovisuel, pour les personnes en difficulté avec l'écrit.
Le problème est qu'une écrasante majorité de Français n'en a jamais rédigé. En l'absence de directives, la parole du patient devient plus difficile à établir au moment où il ne peut plus s'exprimer clairement — exactement la situation que la loi cherche à encadrer.
La personne de confiance : un rôle qui s'alourdit
Deuxième pilier : la personne de confiance. La loi renforce son rôle. Une fois désignée, elle reçoit un guide expliquant sa mission et ses devoirs ; le médecin peut l'inviter à participer à la procédure si le demandeur le souhaite. Concrètement, cette personne — un proche, un ami, un membre de la famille — porte la voix du patient lorsque celui-ci ne peut plus la faire entendre.
Sa désignation obéit à des règles précises : elle doit être faite par écrit, cosignée par la personne désignée, et peut être révoquée à tout moment. Une désignation mal rédigée, ambiguë ou contestée par d'autres proches peut fragiliser tout l'édifice au pire moment.
Ce qu'un professionnel du droit peut apporter
C'est sur ce terrain qu'un avocat ou un notaire devient utile, bien avant toute situation d'urgence. Un professionnel du droit peut vous aider à rédiger des directives anticipées claires et cohérentes, à articuler la désignation de la personne de confiance avec vos autres documents — testament, mandat de protection future, dispositions de succession — et à éviter les contradictions qui, en pratique, ouvrent la porte aux conflits familiaux.
La fin de vie touche en effet directement au patrimoine et à la transmission. Anticiper ses volontés médicales sans coordonner ses dispositions successorales expose à des blocages : c'est le même mouvement de prévoyance qui structure une succession bien préparée. Un professionnel vérifiera aussi que la personne de confiance désignée n'entre pas en conflit d'intérêts avec les héritiers, une précaution que beaucoup négligent.
Le mandat de protection future, souvent méconnu, complète utilement le dispositif : il permet de désigner à l'avance qui gérera vos affaires personnelles et patrimoniales si vous n'êtes plus en état de le faire. Couplé aux directives anticipées, il offre une couverture cohérente.
Ce qu'il faut faire maintenant
Le vote du 15 juillet 2026 ne transforme pas seulement le débat de société : il donne une portée nouvelle à des documents que chacun peut rédiger dès aujourd'hui, sans attendre la maladie. Trois gestes simples s'imposent. Rédiger, dater et signer ses directives anticipées, en les rendant les plus précises possible. Désigner formellement une personne de confiance, par écrit et avec son accord. Enfin, faire relire l'ensemble par un professionnel du droit pour s'assurer de sa cohérence avec vos dispositions patrimoniales.
Le débat sur l'aide à mourir a occupé le Parlement pendant plus de deux ans. La mise en pratique, elle, se joue désormais dans un cabinet, autour de quelques documents. Pour comprendre les enjeux de fond, notre décryptage de l'aide à mourir en France fait le point sur le contenu de la loi.
Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil juridique ou médical individualisé. Pour toute démarche relative à vos directives anticipées ou à votre fin de vie, consultez un avocat, un notaire ou votre médecin traitant.

Samir Benzakour