Kévin Floury de BFM menacé pour ses cartes rouges : ce que dit la loi contre le cyberharcèlement

Mains sur un clavier d'ordinateur, symbolisant les menaces et insultes en ligne, cyberharcèlement

Photo : Cangjie6 / Wikimedia

4 min de lecture 26 mai 2026

Le 26 mai 2026, Kévin Floury, présentateur météo de BFM TV, a révélé en direct sur l'antenne recevoir depuis plusieurs jours des menaces et des insultes. Son tort ? Afficher des cartes météo "rouges" liées à la vague de chaleur qui frappe la France. Derrière cette anecdote surréaliste se cache une réalité juridique sérieuse : en France, menacer ou harceler quelqu'un en ligne est un délit pénal. Ce que Kévin Floury vit, des milliers de personnes le vivent chaque semaine — et beaucoup ignorent qu'elles disposent de recours concrets.

Quand la météo déclenche la haine en ligne

L'incident Floury illustre un phénomène en forte croissance : le harcèlement de professionnels exposés médiatiquement, souvent sur des sujets qui n'ont rien de politique — mais qui touchent à la quotidien des gens. Canicule, pénuries, prix de l'énergie, fermetures d'établissements : dès que la nouvelle est négative, certains internautes s'en prennent aux messagers.

Les présentateurs météo ne sont pas les seuls concernés. Médecins, enseignants, élus locaux, agents de service public, responsables d'entreprise — tout professionnel visible sur les réseaux sociaux peut se retrouver ciblé. La plateforme nationale Cybermalveillance.gouv.fr, soutenue par le gouvernement français, a traité plus d'un million de demandes d'assistance depuis sa création, dont une part croissante de cas de harcèlement en ligne et de menaces.

Ce que l'affaire Floury révèle, c'est aussi la puissance virale de la haine en ligne : un individu seul ne représente pas grand-chose, mais une vague organisée de messages haineux peut rapidement devenir insupportable — et constituer une infraction pénale caractérisée.

Ce que dit la loi française contre les menaces et le cyberharcèlement

La France dispose d'un arsenal juridique solide pour répondre à ces situations. Plusieurs infractions peuvent être retenues selon la nature des messages reçus :

Les menaces. Menacer quelqu'un de mort ou de violence par voie électronique (SMS, email, commentaires, réseaux sociaux) est puni de 3 ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende selon l'article 222-17 du Code pénal. Si la menace vise à obtenir un comportement précis (forcer Floury à arrêter de montrer des cartes rouges, par exemple), la peine peut être aggravée.

Le cyberharcèlement. Défini par l'article 222-33-2-2 du Code pénal, le harcèlement moral commis via un outil numérique est punissable même si les auteurs agissent de manière coordonnée et anonyme. La loi distingue le harcèlement individuel du harcèlement de meute (mob harassment), où une foule d'internautes cible simultanément une victime. Ce deuxième cas est une circonstance aggravante.

Les injures publiques. Insulter quelqu'un en public — y compris via un commentaire visible sur un réseau social — relève de la loi du 29 juillet 1881 sur la presse, et est punissable jusqu'à 6 mois d'emprisonnement si les injures portent sur l'origine, le sexe, l'orientation sexuelle ou les croyances de la victime.

La diffamation. Si les messages diffusent de fausses informations présentées comme vraies (accuser à tort Floury d'avoir manipulé les données, par exemple), cela constitue une diffamation publique.

Les recours juridiques disponibles : du dépôt de plainte aux dommages civils

Si vous êtes victime de menaces ou de harcèlement en ligne, un avocat spécialisé peut vous guider à travers plusieurs démarches complémentaires :

1. Conserver les preuves immédiatement. Avant toute chose, capturez et archivez les messages, commentaires, posts ou emails menaçants. Un huissier de justice peut établir un constat numérique horodaté ayant valeur probatoire devant un tribunal.

2. Déposer plainte auprès de la police ou de la gendarmerie. La plainte est le point de départ de toute procédure pénale. Même si les auteurs sont anonymes, les services spécialisés de la police judiciaire (notamment l'Office Central de Lutte contre la Criminalité liée aux Technologies de l'Information et de la Communication, OCLCTIC) disposent de moyens pour identifier les auteurs de menaces en ligne.

3. Signaler sur les plateformes et à PHAROS. La plateforme gouvernementale PHAROS (Plateforme d'Harmonisation, d'Analyse, de Recoupement et d'Orientation des Signalements) permet de signaler tout contenu illicite en ligne, y compris les menaces. Ce signalement peut compléter une plainte pénale et accélérer le retrait des contenus.

4. Saisir le tribunal pour dommages et intérêts. En parallèle de la procédure pénale, une action civile permet de demander réparation du préjudice moral subi. Dans les cas graves, des tribunaux français ont accordé des dommages significatifs aux victimes de cyberharcèlement.

5. Demander des mesures d'urgence. Dans les cas les plus sérieux, un avocat peut saisir le juge en référé pour obtenir une injonction immédiate visant à supprimer les contenus et identifier les auteurs.

Que faire si vous êtes victime de menaces en ligne ?

L'affaire Kévin Floury soulève une question qui dépasse le cas d'un présentateur météo : comment protéger sa dignité et sa sécurité face à la violence numérique ?

La première réaction — souvent contre-productive — est de répondre ou de supprimer les preuves. Un avocat spécialisé en droit du numérique et en cyberharcèlement vous conseillera de faire exactement l'inverse : ne pas répondre publiquement, archiver tout, et engager rapidement les démarches formelles.

Pour les victimes de menaces de la part d'élus ou de figures publiques, les mêmes principes s'appliquent, avec parfois des procédures supplémentaires liées à la qualité de l'auteur des menaces.

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Ce contenu est fourni à titre informatif. Il ne remplace pas une consultation juridique professionnelle. En cas de menaces imminentes ou de danger, contactez le 17 ou le 3114 (numéro national de prévention du suicide).

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