Travail le 1er mai 2026 : ce que la loi Attal change pour vos droits de salarié

Gabriel Attal, secrétaire général de Renaissance, en réunion politique

Photo : Antoine Lamielle / Wikimedia

5 min de lecture 12 avril 2026

Le 10 avril 2026, le Sénat a adopté avec le soutien du gouvernement un projet de loi porté par Gabriel Attal, secrétaire général de Renaissance, permettant de travailler le 1er mai dans de nouveaux secteurs. Cette mesure, vivement contestée par les syndicats et l'opposition de gauche, soulève des questions concrètes sur les droits des salariés français.

Que prévoit concrètement le projet de loi Attal sur le 1er mai ?

Le 1er mai est en France le seul jour férié légalement chômé et payé pour tous les salariés, quelle que soit leur convention collective. Il est codifié à l'article L3133-4 du Code du travail, qui stipule que cette journée est obligatoirement chômée — sauf pour les établissements dont le fonctionnement continu est nécessaire.

Le projet de loi soutenu par Gabriel Attal élargit les dérogations à ce principe, en permettant aux entreprises de secteurs supplémentaires — notamment la grande distribution, la restauration et certains services numériques — de solliciter des autorisations de travail ce jour-là, sous conditions de majoration salariale et de volontariat.

Selon les informations publiées sur le site de l'Assemblée nationale, ce texte s'inscrit dans une volonté de "libérer l'économie des contraintes calendaires rigides" portée par la majorité relative au Parlement. Il a été adopté au Sénat le 10 avril 2026 avec 187 voix pour et 145 contre, principalement grâce aux soutiens de droite.

Ce que cela change (ou pas) pour votre bulletin de paie

Pour les salariés concernés par les secteurs dérogeant déjà au repos du 1er mai (hôpitaux, transports, forces de l'ordre, etc.), rien ne change. Ces dérogations existaient avant ce texte.

Pour les salariés dans les secteurs nouvellement inclus, plusieurs règles s'appliquent si leur employeur obtient une autorisation :

Le volontariat reste la règle. Aucun salarié ne peut être contraint de travailler le 1er mai. Le refus de travailler ce jour ne peut ni faire l'objet d'une sanction disciplinaire, ni justifier un licenciement, ni être pris en compte dans l'évaluation annuelle. Cette protection est maintenue dans le texte de loi.

Les majorations salariales. Un salarié qui accepte de travailler le 1er mai a droit à une majoration de 100 % de son salaire journalier, conformément à l'article L3133-6 du Code du travail. Cette règle s'applique également dans le cadre du nouveau dispositif.

La convention collective prime. Si votre convention collective prévoit des conditions plus favorables que la loi (majoration plus élevée, récupération d'une journée supplémentaire, etc.), elle s'applique en priorité. En cas de doute, un avocat spécialisé en droit du travail peut vous aider à interpréter votre convention.

Les syndicats montent au créneau : que risquent les employeurs ?

La CGT, la CFE-CGC, la CFDT et FO ont unanimement condamné le texte, qualifiant la mesure de "coup de force antisocial" selon L'Insoumission.fr. Plusieurs fédérations syndicales ont annoncé des recours devant le Conseil constitutionnel et des actions en justice en cas d'application forcée.

Pour les employeurs, le risque de contentieux est réel. Si un salarié rapporte avoir été pressé — même implicitement — d'accepter de travailler le 1er mai, l'employeur peut faire face à :

  • Une plainte pour harcèlement moral ou pression illicite
  • Une action prud'homale pour violation du droit au repos
  • Des sanctions de l'inspection du travail si les conditions de volontariat ne sont pas respectées

La DIRECCTE (Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités) dispose de pouvoirs de contrôle renforcés pour ce type d'infraction. Une condamnation peut aller jusqu'à 3 750 euros d'amende par salarié concerné.

Que faire si votre employeur vous demande de travailler le 1er mai ?

Face à cette nouvelle donne législative, voici les réflexes à adopter en pratique :

1. Vérifiez si votre secteur est concerné. La loi ne s'applique qu'aux entreprises ayant obtenu une autorisation préfectorale ou sectorielle. Si votre employeur invoque la loi sans avoir obtenu ce document, son autorisation est nulle.

2. Exigez une confirmation écrite de votre accord volontaire. Toute acceptation de travailler le 1er mai doit être formalisée par écrit. Un accord verbal est difficile à contester mais aussi difficile à prouver pour l'employeur en cas de litige ultérieur.

3. Vérifiez votre majoration avant de signer. La majoration de 100 % doit apparaître clairement dans votre planning ou votre contrat d'aménagement du temps de travail. Si elle est absente ou insuffisante, vous pouvez la contester.

4. Documentez toute pression. Si vous ressentez une pression de la hiérarchie pour "accepter" de travailler ce jour, notez les faits par écrit (dates, heure, propos tenus), conservez les échanges email ou SMS.

5. Consultez un avocat spécialisé. Les droits des salariés en matière de jours fériés sont complexes et varient selon les conventions collectives. Un avocat en droit du travail peut vous aider à défendre vos droits efficacement, notamment dans les situations de pression ou de litige avec votre employeur.

La loi Attal s'inscrit dans une logique de flexibilisation du marché du travail

Ce projet de loi n'est pas isolé. Gabriel Attal, qui brigue la présidence de la République pour 2027 (il se situe à 11,5 % d'intentions de vote selon les sondages d'avril 2026), construit un programme économique libéral autour de la "flexibilité productive". Cette vision est partagée par une partie des employeurs mais contestée par les organisations syndicales qui y voient un recul des droits fondamentaux.

Pour les salariés et les responsables RH, l'enjeu est de comprendre rapidement les implications concrètes de chaque évolution législative. Un avocat spécialisé en droit social est votre meilleur allié pour naviguer dans ces changements sans risquer ni sanctions pour l'employeur, ni perte de droits pour le salarié.

Note : Cet article traite de sujets à caractère juridique. Les informations présentées sont à titre informatif et ne constituent pas un conseil juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié pour toute situation spécifique.

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