Depuis le 21 avril 2026, une centaine de familles mal-logées se sont installées devant l'Hôtel de Ville de Paris, à l'initiative de l'association DAL (Droit au Logement). Reconnues comme prioritaires par la commission DALO, ces familles attendent depuis des années un relogement en logement social décent. Un rassemblement était prévu ce mercredi 23 avril à 17h pour amplifier le mouvement.
Le campement DAL : qui sont ces familles ?
Les familles réunies devant la Mairie de Paris ne sont pas des squatteurs ordinaires. Ce sont des ménages officiellement reconnus comme prioritaires et urgents par la commission de médiation DALO (Droit Au Logement Opposable) — un statut qui oblige l'État à les reloger dans un délai défini par la loi. En Île-de-France, ce délai légal est de 6 mois après la décision favorable.
Le problème ? Des centaines de familles reconnues DALO attendent depuis bien plus longtemps que ce délai légal, sans réponse du préfet. Certaines depuis des années. Le campement devant l'Hôtel de Ville de Paris est une façon de rendre visible cette attente, et d'interpeller directement la Ville sur sa part de responsabilité dans la mise à disposition de logements sociaux.
Qu'est-ce que la loi DALO garantit réellement ?
La loi DALO, instaurée en 2007, crée un droit au logement opposable : concrètement, si vous remplissez certaines conditions et que votre dossier est accepté par la commission de médiation, l'État est obligé de vous proposer un logement. Le cadre légal est défini par les articles L. 441-2-3 et suivants du Code de la construction et de l'habitation.
Conditions pour déposer un recours DALO :
Pour bénéficier du droit au recours DALO, vous devez être de nationalité française ou en situation régulière, résider en France depuis au moins deux ans, et vous trouver dans l'une des situations suivantes :
- Ne pas avoir de logement (sans domicile fixe ou hébergé chez un tiers)
- Être menacé d'expulsion sans relogement possible
- Occuper un logement manifestement impropre à l'habitation ou présentant des risques pour la santé ou la sécurité
- Être en logement de transition depuis plus de 6 mois
- Être en attente d'un logement social depuis un délai anormalement long (variable selon les préfectures)
Que se passe-t-il après la décision favorable ?
Une fois la décision favorable rendue, le préfet a un délai légal pour vous faire une proposition de logement. En Île-de-France, ce délai est de 6 mois. Si ce délai n'est pas respecté, vous pouvez saisir le tribunal administratif pour obtenir une injonction et éventuellement des astreintes.
Pourquoi tant de familles reconnues DALO restent-elles sans logement ?
La crise du logement en Île-de-France est documentée. Le nombre de logements sociaux disponibles est structurellement inférieur au nombre de demandeurs. En 2025, selon les données du Ministère chargé du Logement, plus de 2,3 millions de ménages étaient en attente d'un logement social en France, dont une part importante en région parisienne.
Le recours DALO crée un droit, mais il ne crée pas les logements. Si le parc social est saturé, le préfet n'a pas de logements disponibles à attribuer — même pour les prioritaires reconnus. C'est le paradoxe fondamental que dénonce l'association DAL avec ce campement : la loi est là, mais les moyens ne suivent pas.
Les familles qui stationnent devant la Mairie de Paris demandent à la Ville un engagement temporaire — hébergement ou logement transitoire — en attendant une solution pérenne. La Ville de Paris, de son côté, dispose d'une compétence limitée dans l'attribution des logements sociaux HLM, qui relève principalement du préfet de région.
Vos recours si vous êtes en situation de mal-logement
Si vous êtes dans une situation de logement précaire, les voies d'action sont multiples mais s'emboîtent selon votre situation :
1. Déposer un dossier DALO : La commission de médiation de votre département peut être saisie gratuitement. Un formulaire Cerfa est disponible sur le site du Ministère chargé du Logement. Ce recours est gratuit et ne nécessite pas d'avocat, mais il est fortement conseillé de vous faire accompagner.
2. Saisir le tribunal administratif : Si votre délai légal est dépassé après une décision favorable DALO, vous pouvez saisir le tribunal administratif pour forcer l'État à agir. Cette procédure est plus technique et nécessite généralement l'assistance d'un avocat en droit public ou droit du logement.
3. Contacter une association : Le DAL, la Fondation Abbé Pierre, ou encore l'UNAF peuvent vous orienter, vous accompagner dans vos démarches et parfois vous représenter.
4. Action contre le bailleur : Si votre logement présente des problèmes structurels (insalubrité, manque de chauffage, humidité), vous pouvez solliciter une mise en demeure du bailleur, voire alerter la DRIHL ou l'ARS si les conditions de vie mettent votre santé en danger.
Note YMYL : Les informations juridiques de cet article sont générales et informatives. Elles ne remplacent pas un conseil juridique personnalisé. Consultez un avocat spécialisé pour analyser votre situation spécifique.
Quand un avocat spécialisé en droit du logement peut-il vous aider ?
Un avocat en droit du logement peut intervenir à plusieurs stades :
- Vous aider à constituer un dossier DALO solide pour maximiser vos chances d'acceptation
- Saisir le tribunal administratif si le délai légal est dépassé après décision favorable
- Vous représenter en cas de litige avec un bailleur (expulsion, insalubrité, dépôt de garantie)
- Analyser si votre situation ouvre droit à d'autres dispositifs (hébergement d'urgence, relogement temporaire)
Sur ExpertZoom, des avocats spécialisés en droit immobilier et droit du logement peuvent analyser votre dossier et vous guider vers la procédure la plus adaptée, que vous soyez locataire en difficulté, famille DALO en attente ou propriétaire confronté à un litige.
Pour en savoir plus sur vos droits de locataire en 2026, consultez notre article sur la fin de la trêve hivernale et vos droits.
Le cadre légal du droit au logement opposable est précisé sur le site du Ministère chargé du Logement.
