Le 26 avril 2026, cela fait exactement 40 ans que le réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine soviétique, a explosé, provoquant la pire catastrophe nucléaire civile de l'histoire. Pour la Suisse, cette date n'est pas qu'un symbole lointain : des retombées radioactives ont touché les cantons du Tessin, de Saint-Gall et de Thurgovie dès le début mai 1986.
Quarante ans après, que faut-il vraiment savoir sur les effets de cet accident sur la santé ? Les médecins spécialistes font le point.
L'accident de Tchernobyl : quatre décennies d'études médicales
La catastrophe du 26 avril 1986 a libéré environ 400 fois plus de substances radioactives que la bombe atomique d'Hiroshima, selon les données de la Commission européenne sur l'énergie nucléaire. Au total, plus de 350 000 personnes ont été évacuées des zones les plus contaminées autour de la centrale.
La principale conséquence médicale documentée reste le cancer de la thyroïde. Le Comité scientifique des Nations Unies sur les effets des rayonnements atomiques (UNSCEAR) recense plus de 20 000 cas diagnostiqués chez des personnes exposées pendant leur enfance en Ukraine, Biélorussie et Russie. Ces cancers, détectés tôt, ont été traités avec succès dans la grande majorité des cas. La surveillance épidémiologique se poursuit cependant à ce jour.
Ce que les retombées ont laissé en Suisse
Les vents ont transporté le nuage radioactif jusqu'en Europe occidentale. En Suisse, des pluies contaminées ont déposé du Césium-137 dans les sols, notamment au Tessin et en Suisse orientale. Quarante ans plus tard, environ 40 % des dépôts initiaux de Césium-137 restent mesurables dans les terres agricoles helvétiques, selon les campagnes de mesures fédérales. Plus de 100 missions de surveillance ont été conduites sur le territoire suisse depuis 1986.
La contamination de la chaîne alimentaire suisse est aujourd'hui considérée comme négligeable par les autorités sanitaires. Les normes fédérales imposées dès le printemps 1986 sur le lait, les légumes feuilles et les champignons ont limité l'exposition de la population. Un bilan positif, même si des poches de contamination résiduelle persistent dans certains sols forestiers.
À Berne, l'association de médecins PSR/IPPNW Suisse a réuni des oncologues et des psychiatres le 23 avril 2026 pour dresser un bilan des effets à long terme. Leurs conclusions confirment que la surveillance médicale reste pertinente pour certains groupes à risque.
Trois domaines que les spécialistes surveillent encore
Les cancers thyroïdiens et autres tumeurs : Si les cancers de la thyroïde sont bien documentés, des études épidémiologiques à long terme portent aussi sur les leucémies, les cancers du sein et certains cancers digestifs dans les populations les plus exposées. Les cohortes de survivants en Ukraine, Biélorussie et Russie sont suivies jusqu'à ce jour par des équipes internationales.
La santé mentale : C'est l'un des enseignements les plus constants de quatre décennies de recherche : l'impact psychologique de Tchernobyl a été massif et durable. Stress post-traumatique, anxiété chronique et dépression ont été documentés chez les populations déplacées des zones d'exclusion, parfois des décennies après l'accident. Les psychiatres estiment que ces séquelles psychologiques comptent parmi les effets sanitaires les plus importants de la catastrophe, souvent sous-estimés par rapport aux effets physiques.
Les effets transgénérationnels : Des recherches se poursuivent sur les éventuels impacts génétiques chez les enfants et petits-enfants des personnes les plus exposées. À ce jour, aucun effet héréditaire direct et systématique n'a été démontré dans la population générale. Toutefois, certaines études récentes portant sur des familles de liquidateurs ont identifié des modifications épigénétiques qui font l'objet d'investigations supplémentaires.
Faut-il s'inquiéter si on vivait en Suisse en 1986 ?
Pour la grande majorité de la population suisse, l'exposition de 1986 n'entraîne pas de risque médical accru décelable en 2026. Les doses reçues en Suisse sont restées bien inférieures aux seuils associés à un risque significatif.
Certains groupes méritent cependant une attention particulière : les personnes qui vivaient dans les cantons du Tessin, de Saint-Gall ou de Thurgovie au printemps 1986 et consommaient régulièrement du lait local, des légumes du jardin ou des champignons sauvages ont pu recevoir des doses légèrement plus élevées que la moyenne nationale. Si vous faites partie de ce groupe et n'avez jamais eu de bilan thyroïdien, il peut être utile d'en parler à votre médecin généraliste.
Quand consulter un spécialiste ?
Certains symptômes peuvent justifier une consultation, même sans lien direct établi avec Tchernobyl :
- Nodule ou gonflement au niveau du cou : à examiner par un médecin, qui prescrira une échographie thyroïdienne si nécessaire
- Fatigue chronique inexpliquée, prise ou perte de poids soudaine : signes pouvant indiquer un dysfonctionnement thyroïdien
- Anxiété persistante ou troubles du sommeil : un médecin ou psychologue peut évaluer si un suivi psychologique est adapté
Dans un contexte où le débat sur le nucléaire revient en Suisse, notamment avec la discussion sur de nouvelles capacités de production, l'anniversaire de Tchernobyl rappelle l'importance du suivi médical et de la transparence sur les risques.
Sur Expert Zoom, vous pouvez trouver un médecin spécialiste en Suisse pour un bilan thyroïdien, un suivi endocrinologique ou un accompagnement psychologique. Consulter un professionnel de santé reste la meilleure façon de répondre à vos interrogations personnelles.
Information médicale : Cet article a une vocation informative et ne remplace pas un avis médical individuel. Si vous avez des préoccupations concernant votre santé, consultez un médecin.

Céline Berger