Le 27 mai 2026, le Conseil fédéral a approuvé une augmentation de 2,7 millions de francs de la contribution fédérale allouée à Swissmedic pour 2027. Paradoxalement, cette décision intervient alors que l'Institut suisse des produits thérapeutiques, qui enregistrait une perte de 23,4 millions de francs en 2024, doit simultanément supprimer 45 postes à plein temps — soit 9 % de ses effectifs. De quoi soulever une question légitime : ces coupes budgétaires vont-elles affecter la sécurité des médicaments en Suisse ?
Ce que fait concrètement Swissmedic
Swissmedic est l'autorité nationale de contrôle des médicaments et des dispositifs médicaux en Suisse. Ses missions couvrent l'autorisation de mise sur le marché des médicaments (y compris les vaccins et les thérapies innovantes), la surveillance de la pharmacovigilance — c'est-à-dire la détection des effets indésirables après commercialisation — et le contrôle qualité par des rappels de lots défectueux.
En 2025 et début 2026, Swissmedic a notamment ordonné le rappel préventif de lots de Lacrycon, un gel ophtalmique, en raison d'une possible contamination microbienne chez le fabricant Théa Pharma S.A. En février 2026, le lot 17911 du médicament homéopathique Similasan Troubles du Sommeil Globules avait également été retiré après détection d'un risque de présence de verre dans le conditionnement.
Ces exemples illustrent la vigilance permanente que nécessite la pharmacovigilance — un travail quotidien de surveillance que les équipes réduites devront maintenir malgré les économies.
45 postes supprimés : quel impact pour les patients ?
Sur les 15 millions de francs d'économies requises, 9 millions concernent les coûts de personnel, soit la suppression d'environ 45 postes équivalents plein temps (EPT). Swissmedic emploie actuellement un peu moins de 500 collaborateurs. Perdre 9 % d'effectifs dans une autorité de contrôle soulève des interrogations concrètes.
L'essentiel de la charge de travail de Swissmedic repose sur des procédures d'évaluation scientifique complexes : chaque dossier d'autorisation de médicament peut mobiliser des équipes de pharmacologues, toxicologues et juristes pendant des mois. Une réduction des ressources humaines peut allonger les délais d'évaluation ou concentrer la charge sur moins de spécialistes.
Pour les patients atteints de maladies graves — cancers, maladies rares, pathologies chroniques —, tout retard dans l'accès à des thérapies innovantes se traduit directement par des mois d'attente supplémentaires. Les associations de patients ont d'ailleurs interpellé les autorités sur ce point lors des débats budgétaires de fin 2025.
Nouveaux émoluments pour dispositifs médicaux dès juillet 2026
Parallèlement aux coupes, Swissmedic introduit de nouvelles obligations à partir du 1er juillet 2026 : l'enregistrement des dispositifs médicaux (prothèses, implants, appareils de diagnostic) devient obligatoire et payant. Une période de transition court jusqu'au 31 décembre 2026.
Cette mesure vise à financer une partie des activités de surveillance par des redevances sectorielles, réduisant ainsi la dépendance aux contributions fédérales. Pour les fabricants et distributeurs de dispositifs médicaux actifs en Suisse, la mise en conformité est à prévoir impérativement avant la fin de l'année.
Ce que les patients peuvent faire
Face à ces évolutions institutionnelles, le patient garde un rôle actif dans sa propre sécurité thérapeutique. Quelques réflexes concrets :
Consulter la liste des rappels : Swissmedic publie en temps réel les rappels de médicaments sur son site officiel. Vérifier régulièrement si vos médicaments ne sont pas concernés — particulièrement les traitements chroniques — est une précaution accessible à tous.
Signaler tout effet indésirable : La pharmacovigilance repose sur les signalements des patients et des professionnels de santé. Tout effet inattendu ou inhabituel peut être signalé directement à Swissmedic via le portail VigiBase.
Consulter un médecin si un médicament est rappelé : En cas de rappel touchant un traitement que vous prenez, ne cessez pas le médicament sans avis médical. Un médecin peut vous orienter vers une alternative thérapeutique sûre et vous expliquer les risques liés à l'arrêt brutal, notamment pour les traitements cardiaques, psychiatriques ou hormonaux.
Demander conseil à votre pharmacien : Le pharmacien est le premier interlocuteur de santé accessible sans rendez-vous. Il peut vérifier si vos lots sont concernés et contacter directement votre médecin traitant si nécessaire.
Quand consulter un médecin dans ce contexte ?
Si vous prenez un médicament régulièrement et que vous constatez des changements d'aspect (couleur, odeur, consistance), des effets indésirables nouveaux ou une perte d'efficacité inhabituelle, consultez sans attendre. Ces signaux peuvent indiquer un problème de qualité du lot, que celui-ci ait ou non fait l'objet d'un rappel officiel.
Le suivi médical régulier est d'autant plus important dans un contexte où les ressources de surveillance institutionnelle sont sous pression. Un médecin peut, grâce à son accès aux bases de données professionnelles, vérifier l'historique d'un produit et déclencher une alerte si nécessaire.
Sur Expert Zoom, vous pouvez trouver un médecin disponible rapidement pour répondre à vos questions sur vos traitements, évaluer des effets indésirables ou vous accompagner lors d'un changement de médicament lié à un rappel.
Cet article est fourni à titre informatif. Pour toute question relative à vos médicaments, consultez un professionnel de santé qualifié.

Élise Rochat