Affaire Ruby Rose – Katy Perry : que dit la loi sur la prescription des agressions sexuelles ?

Palais de justice à Liverpool, symbole de la justice pénale internationale

Photo : Jonathan Hutchins / Wikimedia

5 min de lecture 14 avril 2026

La chanteuse Katy Perry est accusée d'agression sexuelle par l'actrice Ruby Rose dans une publication sur le réseau social Threads le 13 avril 2026. Rose affirme que les faits se sont produits il y a environ vingt ans dans une boîte de nuit de Melbourne, en Australie. Elle a déposé plainte auprès de la police le même jour, tout en reconnaissant que les délais de prescription rendent une poursuite pénale peu probable. Les représentants de Katy Perry ont catégoriquement démenti les accusations, qualifiant ces allégations de « mensonges dangereux et irresponsables ».

Ce que dit la loi suisse sur la prescription des infractions sexuelles

L'affaire Ruby Rose–Katy Perry illustre une réalité juridique complexe : les victimes d'agressions sexuelles attendant plusieurs années avant de porter plainte se heurtent souvent à des obstacles légaux considérables. En Suisse, le Code pénal fédéral (art. 97 CP) fixe des délais de prescription qui varient selon la gravité de l'infraction.

Depuis la révision du Code pénal entrée en vigueur en 2013, puis renforcée par la loi sur les infractions sexuelles, certaines infractions bénéficient désormais de délais étendus :

  • Viol et contrainte sexuelle (art. 190 CP) : délai de prescription de 15 ans à compter des faits
  • Actes d'ordre sexuel sur des personnes incapables de discernement : 15 ans
  • Infractions commises sur des mineurs : la prescription ne commence à courir qu'à partir des 25 ans de la victime
  • Contrainte, harcèlement ou exploitation sexuelle : délai variable entre 7 et 15 ans selon les articles

Pour des faits survenus « il y a environ vingt ans », comme l'affirme Ruby Rose, la prescription serait donc probablement acquise en droit australien, comme en droit suisse — sauf si des exceptions légales s'appliquent.

Prescription et infractions transfrontalières : un défi juridique majeur

L'affaire prend une dimension supplémentaire car elle implique une actrice australienne et une star américaine, pour des faits allégués sur le sol australien. En droit international privé, déterminer quelle juridiction est compétente constitue souvent le premier obstacle.

En Suisse, l'art. 7 du Code pénal prévoit la compétence des tribunaux helvétiques lorsque l'auteur est de nationalité suisse ou réside en Suisse, même si l'infraction a été commise à l'étranger. Mais lorsque ni la victime ni l'auteur présumé n'a de lien avec la Confédération, les tribunaux suisses ne sont en principe pas compétents.

Plusieurs éléments compliquent encore la situation :

  1. La charge de la preuve : vingt ans après les faits, les preuves matérielles sont rares ou inexistantes
  2. La crédibilité des témoignages : la mémoire est faillible, et les tribunaux l'évaluent avec rigueur
  3. Le risque de diffamation : publier des accusations sur les réseaux sociaux avant toute décision judiciaire expose l'accusateur à des poursuites civiles pour atteinte à la réputation

Selon la page officielle du gouvernement suisse sur les infractions sexuelles, les victimes sont encouragées à consulter un avocat spécialisé avant toute démarche, même lorsque les délais semblent écoulés.

Pourquoi les victimes tardent-elles à porter plainte ?

Des études menées par le Conseil fédéral suisse montrent que de nombreuses victimes d'agressions sexuelles attendent en moyenne sept à dix ans avant de dénoncer les faits. Plusieurs raisons expliquent ce phénomène :

  • La honte et la culpabilisation : la victime intériorise souvent une part de responsabilité
  • La peur de ne pas être crue : surtout lorsque l'auteur présumé est une personnalité publique
  • La méconnaissance des droits : beaucoup ignorent les délais légaux ou les aides disponibles
  • Le traumatisme psychologique : le temps peut être nécessaire pour verbaliser les faits

Le mouvement #MeToo a modifié la perception sociale de ces délais. En France voisine, une proposition de loi visant à rendre imprescriptibles les crimes sexuels a été débattue au Sénat en 2025. En Suisse, des associations comme LAVI (Aide aux victimes d'infractions) plaident pour un allongement des délais, voire leur suppression pour les infractions sexuelles graves.

Ce que peut faire une victime en Suisse aujourd'hui

Même si les délais de prescription semblent atteints, plusieurs recours restent envisageables :

Sur le plan civil, une action en dommages-intérêts peut être engagée indépendamment de la prescription pénale — les règles ne sont pas identiques (art. 60 CO, délai porté à 10 ans pour les actes illicites intentionnels depuis 2020).

Sur le plan pénal, un avocat spécialisé peut analyser si des exceptions ou des causes de suspension de la prescription s'appliquent — par exemple si l'auteur a exercé des pressions pour maintenir la victime au silence.

Sur le plan administratif, les centres LAVI offrent soutien psychologique, orientation juridique et aide financière, sans condition de plainte préalable.

Un avocat expérimenté en droit pénal et droit des victimes peut évaluer les options réelles et éviter les démarches inutiles ou contre-productives. Sur ExpertZoom, des avocats spécialisés répondent à vos questions en toute confidentialité.

L'impact des réseaux sociaux sur les procédures judiciaires

L'affaire Ruby Rose pose une question que les juristes suisses traitent de plus en plus fréquemment : la publication d'accusations graves sur les réseaux sociaux avant tout jugement constitue-t-elle un risque légal pour l'accusateur ?

En droit suisse, l'art. 173 du Code pénal réprime la diffamation. Toute personne qui allègue publiquement des faits susceptibles d'atteindre l'honneur d'une autre personne peut être poursuivie — sauf si elle prouve la véracité des faits allégués. Ce « permis de vérité » est difficile à établir vingt ans après les faits.

Les avocats conseillent généralement de déposer plainte auprès des autorités judiciaires avant toute communication publique, afin de bénéficier de la protection procédurale et d'éviter une action en diffamation. La stratégie inverse — accuser publiquement d'abord, déposer plainte ensuite — comme dans l'affaire Ruby Rose, comporte des risques juridiques significatifs.

Avertissement : cet article est à caractère informatif général. Il ne constitue pas un avis juridique. Si vous êtes victime d'une infraction sexuelle ou faites face à des accusations, consultez un avocat qualifié pour une évaluation personnalisée de votre situation.

Consulter un avocat spécialisé : un réflexe à adopter

Que vous soyez victime ou accusé dans une affaire d'infraction sexuelle, le recours à un avocat spécialisé est indispensable. En Suisse, les délais légaux, les règles de compétence internationale et les implications médiatiques d'une telle procédure requièrent une expertise pointue.

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