Roger Federer Foundation : 20 ans de mission, ce que les Suisses peuvent déduire de leurs impôts

Roger Federer pendant un tournoi de tennis professionnel

Photo : Tatiana from Moscow, Russia / Wikimedia

Antoine Antoine FavreGestion de Patrimoine
5 min de lecture 29 mai 2026

La Roger Federer Foundation, créée en 2003 par l'ancien numéro un mondial, vient de marquer ses 20 ans d'activité au début du mois de mai 2026, sous la direction de sa nouvelle CEO Maya Ziswiler. Cette dernière a succédé en 2025 à la Dr Janine Händel, qui dirigeait l'organisation depuis 2010. La fondation, basée à Bottmingen près de Bâle, soutient des programmes d'éducation pour les enfants dans six pays d'Afrique australe ainsi qu'en Suisse, avec un budget annuel estimé à plus de 12 millions de francs.

Au-delà de l'aspect symbolique, ce vingtième anniversaire braque le projecteur sur un mécanisme fiscal méconnu de nombreux contribuables suisses : la possibilité de déduire jusqu'à 20% du revenu net imposable au titre des dons à des organisations d'utilité publique. Pour les conseillers en gestion de patrimoine et les fiscalistes romands, le cas Federer Foundation est devenu un cas d'école pour illustrer comment structurer la générosité de manière fiscalement intelligente.

Comment fonctionne la déduction des dons en Suisse

Le droit fiscal suisse encourage explicitement le don aux institutions reconnues d'utilité publique. Selon l'article 33a de la loi fédérale sur l'impôt fédéral direct (LIFD), un contribuable peut déduire de son revenu imposable les versements bénévoles à des personnes morales suisses exonérées d'impôt en raison de leur but de service public, dans la limite de 20% du revenu net.

Les cantons appliquent des règles similaires pour l'impôt cantonal, parfois avec un plafond plus élevé. Genève, Vaud et le Valais autorisent également une déduction jusqu'à 20%, tandis que Zoug et Schwytz pratiquent des plafonds plus restrictifs. Le seuil minimum de don pour pouvoir déduire est généralement fixé à 100 francs par bénéficiaire et par année fiscale.

Pour un contribuable romand au taux marginal de 35%, un don de 10'000 francs à une fondation reconnue génère une économie d'impôt de 3'500 francs. Le coût net du don tombe donc à 6'500 francs. C'est ce levier que la Roger Federer Foundation, comme des centaines d'autres organisations d'utilité publique suisses, met en valeur auprès de ses donateurs réguliers.

Trois conditions à vérifier avant de donner

Tous les dons ne sont pas déductibles. Les conseillers fiscaux identifient trois conditions souvent négligées par les donateurs.

Première condition : la reconnaissance d'utilité publique. L'organisation bénéficiaire doit être inscrite au registre cantonal des institutions exonérées d'impôt. La liste officielle est tenue par chaque administration fiscale cantonale. Un don à une fondation étrangère, même prestigieuse, n'est généralement pas déductible en Suisse.

Deuxième condition : la traçabilité du paiement. Le versement doit être prouvé par un justificatif bancaire ou postal. Les dons en espèces sans reçu ne sont pas acceptés. La fondation bénéficiaire émet en règle générale une attestation annuelle récapitulant tous les versements, à joindre à la déclaration fiscale.

Troisième condition : le caractère bénévole. Le don ne doit pas être la contrepartie d'un service. L'achat d'un billet pour un événement caritatif n'est déductible qu'à hauteur de la part dépassant la valeur réelle de la prestation reçue.

Le piège fiscal des dons internationaux

La Roger Federer Foundation opère majoritairement en Afrique du Sud, au Lesotho, au Malawi, en Namibie, au Zambie et au Zimbabwe. Pourtant, elle reste fiscalement une fondation suisse, ce qui permet à ses donateurs résidents en Suisse de bénéficier de la déduction.

Cette structure est cruciale. Un Suisse qui souhaite soutenir directement une ONG basée à Johannesburg ne pourra pas déduire son don. En revanche, un don à la Federer Foundation, qui transmet ensuite les fonds à ses partenaires africains, est intégralement déductible. C'est l'une des raisons pour lesquelles les grandes fortunes suisses préfèrent passer par des intermédiaires suisses certifiés plutôt que de donner en direct à l'étranger.

Ce parallèle entre dons religieux et dons culturels rejoint d'ailleurs notre analyse sur la Zakat et les obligations financières en Suisse pendant l'Aïd al-Adha 2026, où les mêmes mécanismes de déductibilité s'appliquent dès lors que l'organisation collectrice est reconnue par les autorités fiscales suisses.

Quand la philanthropie devient une stratégie patrimoniale

Pour les contribuables fortunés, la philanthropie n'est plus seulement un geste éthique. Elle devient un outil de planification patrimoniale à part entière. Trois schémas dominent dans les portefeuilles suisses :

  1. Le don récurrent annuel, calibré pour atteindre le plafond de 20% du revenu net. Il optimise l'impôt sur le revenu année après année.
  2. La fondation de famille, créée du vivant du donateur, qui prolonge ses choix philanthropiques après son décès tout en réduisant l'impôt sur les successions.
  3. Le legs caritatif, intégré au testament, qui sort le montant légué de la masse successorale imposable.

Les athlètes professionnels suisses, dont les carrières sont courtes mais lucratives, recourent de plus en plus à ces véhicules. Comme nous l'avons analysé dans notre dossier sur Wendy Holdener et la gestion patrimoniale des athlètes suisses en fin de saison olympique, la transition de la performance vers la préservation du capital implique souvent une dimension philanthropique structurée. Federer en est l'illustration la plus célèbre.

L'avis des conseillers en gestion de patrimoine

Les family offices suisses observent une montée des demandes liées à la philanthropie structurée depuis 2023. La complexité réglementaire et le caractère interjuridictionnel de ces dons (Suisse, UE, Afrique, États-Unis) rendent indispensable un accompagnement professionnel.

Un conseiller en gestion de patrimoine peut intervenir sur plusieurs niveaux : choix des organisations bénéficiaires en fonction de critères de transparence et d'impact, structuration juridique (don direct, fondation propre, fonds de dotation), optimisation fiscale annuelle et planification successorale. Le coût d'un tel accompagnement, généralement compris entre 0,5% et 1% des actifs philanthropiques sous gestion, est largement compensé par l'optimisation fiscale réalisée.

Ce qu'il faut retenir

Les 20 ans de la Roger Federer Foundation rappellent qu'en Suisse, la philanthropie est non seulement encouragée éthiquement, mais soutenue fiscalement. La déduction jusqu'à 20% du revenu net offre un levier réel pour les contribuables qui souhaitent donner du sens à leur fortune. Trois conditions doivent être respectées et un accompagnement par un conseiller patrimonial est généralement le meilleur moyen d'éviter les pièges, notamment pour les dons internationaux. Pour un don récurrent significatif, l'audit fiscal préalable coûte une fraction des économies réalisées et sécurise durablement la démarche.

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