Mikel Oyarzabal a ouvert le score pour l'Espagne face à l'Autriche ce 2 juillet 2026 à SoFi Stadium, lors des seizièmes de finale de la Coupe du Monde 2026. Un geste précis, clinique, presque évident — sauf que ce but efface quatre ans d'un parcours médical parmi les plus exemplaires du football mondial. En mars 2022, Oyarzabal ne pouvait plus poser le pied par terre.
Mars 2022 : le genou qui s'effondre
Tout s'arrête lors d'une séance d'entraînement avec la Real Sociedad, en mars 2022. Oyarzabal, 25 ans, ressent une douleur aiguë au genou gauche. Le diagnostic tombe rapidement : rupture des ligaments croisés antérieurs (LCA). La saison est terminée. Et le Mondial 2022 au Qatar sera suivi depuis le canapé.
La rupture des LCA est l'une des blessures les plus redoutées des sportifs. Elle survient souvent sans contact : un mauvais appui, une réception de saut, un changement de direction trop brusque. En Europe, les ruptures des LCA représentent des dizaines de milliers d'interventions chirurgicales chaque année, touchant aussi bien des footballeurs professionnels que des skieurs amateurs sur les pistes suisses.
Neuf mois de travail dans l'ombre
La reconstruction du ligament croisé antérieur est une intervention délicate, suivie d'une rééducation intensive de 6 à 12 mois selon le niveau sportif visé. Oyarzabal n'est revenu à la compétition qu'en décembre 2022, neuf mois après sa blessure.
Ce protocole comprend plusieurs phases bien définies : stabilisation post-opératoire (semaines 1-4), travail musculaire progressif (mois 2-4), reprise de la course (mois 4-6), puis retour à l'entraînement collectif et enfin à la compétition. La progression doit être rigoureusement encadrée : le risque de re-rupture touche entre 15 et 25 % des sportifs dans les deux ans suivant leur retour, selon les études de médecine du sport.
C'est ici qu'intervient le rôle fondamental du médecin du sport. Contrairement au médecin généraliste, le spécialiste maîtrise ces protocoles de retour à la performance et peut évaluer avec précision le moment où un athlète — amateur ou professionnel — est réellement prêt à reprendre l'effort sans compromettre sa guérison. Une décision prise trop tôt peut coûter une deuxième opération. Une décision bien accompagnée peut mener à un but en quart de finale de Mondial.
Oyarzabal lui-même a confié, à son retour de blessure en 2023, que la rééducation "n'avait pas été aussi difficile qu'il le craignait" grâce au soutien constant de son équipe médicale à la Real Sociedad.
Euro 2024, puis CM2026 : la consécration
Le symbole absolu de la renaissance d'Oyarzabal, c'est le 14 juillet 2024. En finale de l'Euro à Berlin, il plante le but décisif face à l'Angleterre à la 86e minute (2-1). Celui qui avait raté la Coupe du Monde 2022 sur blessure devenait le héros du sacre espagnol en Championnat d'Europe. Une image qui a fait le tour du monde.
Et ce 2 juillet 2026, à Los Angeles, son but contre l'Autriche en seizième de finale ajoute un nouveau chapitre. À 29 ans, Oyarzabal est au sommet : capitaine de la Real Sociedad, titulaire indiscutable de la Roja, et figure centrale de ce Mondial 2026 co-organisé par les États-Unis, le Canada et le Mexique.
Pour les autres blessés du football européen qui traversent leurs propres épreuves de réhabilitation — comme Arda Güler, forfait récemment pour une déchirure du biceps fémoral —, le parcours d'Oyarzabal est une démonstration concrète de ce que la médecine du sport peut accomplir. Musiala lui-même a traversé un processus similaire après sa fracture cette saison.
Les signes d'alerte que tout sportif doit connaître
Une rupture des LCA ne survient pas toujours de manière spectaculaire. Certains signes doivent conduire à une consultation rapide :
- Un craquement audible ou ressenti au moment du traumatisme
- Un gonflement rapide du genou dans les heures qui suivent
- Une instabilité ressentie lors des changements de direction
- Une douleur persistante à la palpation de l'interligne articulaire
Ces symptômes méritent une consultation médicale dans les 24 à 48 heures. L'IRM reste l'examen de référence pour confirmer le diagnostic et planifier la prise en charge. Retarder la prise en charge peut compliquer la planification chirurgicale et allonger considérablement la durée totale de récupération.
Quand consulter un médecin du sport en Suisse ?
Contrairement à une idée répandue, la médecine du sport ne s'adresse pas uniquement aux athlètes d'élite. En Suisse, un praticien spécialisé accompagne tout sportif amateur confronté à une blessure ligamentaire, une tendinopathie chronique, ou une reprise d'activité après opération.
La Société suisse de médecine du sport (SGSM) recense les médecins certifiés dans cette discipline à travers tout le pays et publie des recommandations sur les protocoles de retour à la pratique après chirurgie ligamentaire. Ces lignes directrices tiennent compte à la fois du niveau sportif pratiqué et des facteurs individuels de risque.
Il est conseillé de consulter un médecin du sport dès lors qu'une blessure articulaire interfère avec la pratique régulière, que la douleur persiste au-delà de deux semaines, ou que l'on envisage une reprise après une interruption longue de plus de trois mois. Ne pas attendre que "ça passe tout seul" : les lésions ligamentaires non traitées évoluent souvent vers des atteintes chroniques du cartilage.
La leçon d'Oyarzabal pour le sportif du dimanche
Il serait réducteur de voir dans la trajectoire d'Oyarzabal un simple cadeau du talent. La réalité est plus concrète et plus utile : son retour au plus haut niveau après neuf mois de rééducation est le résultat d'un suivi médical structuré, d'une progression millimétrée et d'une équipe soignante compétente.
Ce niveau d'accompagnement ne devrait pas être réservé aux footballeurs espagnols sous contrat. Tout sportif actif en Suisse, qu'il pratique le ski de fond, le football amateur du week-end ou le trail en montagne, mérite le même type de prise en charge spécialisée lorsqu'une blessure survient.
Avertissement : les informations médicales contenues dans cet article sont fournies à titre éducatif. Elles ne remplacent pas une consultation avec un professionnel de santé qualifié. En cas de blessure, consultez votre médecin ou un spécialiste en médecine du sport.
ExpertZoom vous met en relation avec des professionnels de santé spécialisés en médecine du sport disponibles en Suisse. Que vous ayez subi une blessure ligamentaire, que vous souhaitiez optimiser votre retour à l'effort ou simplement obtenir un second avis médical, nos experts répondent à vos questions en consultation en ligne ou en présentiel. Comme Oyarzabal l'a prouvé ce 2 juillet à Los Angeles : avec le bon suivi médical, le retour au plus haut niveau est possible.

Aurélie Vautier