Miro Muheim, 28 ans, défenseur du Hamburger SV en Bundesliga, a officiellement été retenu par Murat Yakin pour la Coupe du Monde 2026 selon la liste publiée par 24 heures et Bluewin News. Le Zurichois fait partie des huit défenseurs de la sélection suisse, dont l'effectif final de 26 joueurs a été dévoilé en deux temps en mai 2026. Une consécration sportive — mais aussi un rappel d'une réalité méconnue : la majorité des internationaux suisses vivent et travaillent à l'étranger, ce qui soulève des enjeux patrimoniaux que peu de footballeurs maîtrisent seuls.
Pour les amateurs de football qui suivront Muheim en juin et juillet, ce profil de joueur expatrié — Suisse de nationalité, salarié allemand, fiscalisé en Allemagne — est désormais la norme plutôt que l'exception dans les grands championnats européens.
Pourquoi le statut de joueur expatrié change tout
Un footballeur professionnel n'est pas un salarié comme les autres. Selon les recommandations de l'Administration fédérale des contributions suisse, tout résident fiscal d'un autre pays peut conserver certaines obligations en Suisse selon la nature de ses revenus, en particulier les revenus accessoires (droits d'image, sponsoring, placements immobiliers).
Pour un joueur comme Muheim — domicilié à Hambourg, salarié du HSV — la situation fiscale principale est régie par le droit allemand. Mais dès que des revenus accessoires (publicité, contrats individuels, investissements) entrent en jeu, la convention de double imposition entre la Suisse et l'Allemagne, signée en 1971 et plusieurs fois révisée, devient le texte de référence.
C'est précisément à ce niveau que la plupart des erreurs de gestion patrimoniale apparaissent : un joueur signe un contrat de sponsoring avec une marque suisse, perçoit la rémunération sur un compte allemand, et oublie de déclarer les flux selon les règles applicables. Les redressements fiscaux peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers de francs.
Trois enjeux patrimoniaux qui concernent tout expatrié sportif
Au-delà du seul cas Muheim, trois grands sujets reviennent systématiquement dans le conseil patrimonial des sportifs suisses expatriés :
- La résidence fiscale principale : c'est elle qui détermine le pays d'imposition des revenus principaux (salaire de club). Le « critère du foyer permanent » prime sur la nationalité.
- Le traitement des droits d'image : ils peuvent être structurés via une société de gestion en Suisse ou ailleurs, avec des implications fiscales très différentes selon la juridiction choisie.
- La préparation de la fin de carrière : un footballeur professionnel a en moyenne une carrière de 12 à 15 ans. La constitution d'un capital retraite via le 3e pilier suisse, des assurances vie ou des placements diversifiés doit commencer dès les premières années pro.
Ces trois sujets ne sont pas spécifiques aux sportifs : ils s'appliquent à tout cadre suisse en mission longue à l'étranger.
La participation au Mondial peut multiplier les flux par dix
Un Mondial est rarement neutre sur le plan patrimonial. Les primes de qualification et de victoire négociées par les fédérations s'ajoutent aux contrats de sponsoring qui se concluent souvent dans les semaines qui précèdent ou suivent le tournoi.
Pour la sélection suisse, les primes versées par l'Association suisse de football sont soumises à un régime fiscal spécifique selon la résidence du joueur. Un défenseur comme Muheim, fiscalisé en Allemagne, ne sera pas imposé sur ces primes de la même manière qu'un joueur fiscalisé en Suisse — d'où l'importance d'anticiper, contrat par contrat, les flux à venir.
Ce sujet est particulièrement aigu pour les joueurs qui basculent entre championnats étrangers et retour au pays. Notre analyse du parcours de Christian Fassnacht, en Europa League à 32 ans, montre comment les fins de carrière internationale soulèvent des questions patrimoniales rarement anticipées.
Quand un joueur revient en Suisse
L'autre versant du parcours expatrié concerne le retour. Lorsqu'un joueur suisse rentre s'installer dans le pays après une carrière à l'étranger — qu'il rejoigne un club helvétique ou qu'il prenne sa retraite — la bascule fiscale est rarement immédiate. Plusieurs critères s'appliquent : durée du séjour, transfert du foyer familial, statut conjugal, biens immobiliers détenus.
Le cas de retours célèbres comme celui d'Heinz Lindner au FC Zurich à 35 ans illustre cette transition. Au-delà du choix sportif, un retour en Suisse implique une re-déclaration des avoirs étrangers, une révision des contrats d'assurance et souvent une renégociation du statut des sociétés détenues à l'étranger.
Le rôle du conseiller en gestion de patrimoine
Pour un sportif professionnel ou tout expatrié exposé à plusieurs juridictions, un conseiller en gestion de patrimoine joue un rôle clé. Ses missions principales :
- Cartographier les flux et les obligations fiscales dans chaque pays concerné.
- Optimiser la structuration des revenus accessoires (image, sponsoring, placements).
- Préparer la transition vers l'après-carrière, avec une stratégie d'investissement adaptée à la durée d'activité limitée d'un sportif.
Le coût d'un accompagnement annuel reste, dans la grande majorité des cas, inférieur aux économies fiscales générées sur une période de cinq ans. Et la sécurité juridique apportée est précieuse à l'approche d'événements à forte visibilité comme un Mondial.
Au-delà du cas Muheim, une réalité partagée
L'effectif de la Suisse pour 2026 illustre la mondialisation du football helvétique : la majorité des 26 joueurs évoluent en dehors du pays — en Allemagne, en France, en Italie, en Angleterre. Chacun fait face aux mêmes enjeux que Muheim : fiscalité étrangère, gestion des droits d'image, préparation de la retraite.
Pour les Suisses qui suivront le tournoi, c'est aussi un rappel utile : tout cadre expatrié — sportif ou non — gagne à prendre conseil sur sa structuration patrimoniale dès la signature de son premier contrat à l'étranger. Ce qui est vrai pour Muheim à Hambourg l'est aussi pour un ingénieur à Berlin ou un banquier à Londres.
Le bon moment pour faire un point patrimonial
Si vous êtes en mission de longue durée à l'étranger, ou si vous envisagez un retour en Suisse après plusieurs années, un audit patrimonial avec un conseiller spécialisé permet de sécuriser la transition. Comptez généralement une à deux séances pour cartographier l'ensemble de vos obligations et identifier les leviers d'optimisation disponibles.

Laurent Rousseau