Depuis novembre 2025, les commerçants suisses paient moins de frais d'interchange lorsque leurs clients règlent avec une carte de débit Mastercard. Un accord obtenu par la Commission de la concurrence (COMCO) réduit ce taux à 0,12% pour les paiements en présentiel, avec un plafond de 30 centimes au-delà de 300 francs. Mais cette réforme tarifaire a un revers : les cartes avec programmes de récompenses pourraient bientôt vous coûter plus cher. Voici ce que vous devez savoir pour optimiser votre stratégie de paiement.
Les frais d'interchange : ce qui a changé en Suisse
L'interchange est la commission que le commerçant verse à la banque de l'acheteur chaque fois que vous payez par carte. En Suisse, ces frais ont longtemps été parmi les plus élevés d'Europe, pénalisant les petits commerçants, les restaurants et les détaillants indépendants.
En juillet 2024, la COMCO avait d'abord imposé une réduction des frais Visa Debit à 0,15% maximum. Elle a ensuite obtenu en novembre 2025 un accord similaire de Mastercard, avec un taux de 0,12% pour les transactions physiques et 0,28% pour les paiements en ligne et mobiles. Cette asymétrie entre paiement physique et numérique reflète les coûts plus élevés des transactions en ligne (authentification renforcée, gestion des fraudes).
Selon la Commission de la concurrence suisse, l'objectif de cet accord est de rééquilibrer le marché suisse des paiements, jugé peu compétitif face aux standards européens, où les frais d'interchange sont plafonnés à 0,2% par le règlement (UE) 2015/751.
Ce que ça change pour vous en tant que consommateur
Bonne nouvelle : les commerçants économisent. Un restaurant qui encaisse 10 000 francs par mois en paiements Mastercard Debit voit ses frais passer de 0,20% à 0,12%, soit une économie mensuelle de 80 francs. En théorie, ces économies peuvent être répercutées sur les prix ou les marges.
Moins bonne nouvelle : vos cartes reward sont dans le viseur. Les cartes de crédit avec programmes de miles, cashback ou points de fidélité — Swisscard Classic, UBS Visa Rewards, Cumulus Mastercard — génèrent des frais d'interchange significativement plus élevés pour les commerçants, car les émetteurs financent les avantages clients grâce à ces commissions. Or la réforme permet désormais aux commerçants d'imposer des suppléments tarifaires sur ces cartes "premium".
Si vous êtes client d'une Cumulus Mastercard ou d'une carte avec miles, vous pourriez voir apparaître un surcoût de 0,5% à 1,5% chez certains commerçants dès 2026. La loi suisse sur les services financiers (LSFin) n'interdit pas ces surcharges tant qu'elles sont clairement signalées avant le paiement.
Pourquoi c'est le moment de revoir votre stratégie de carte
La réforme des frais d'interchange crée une situation paradoxale : les consommateurs qui utilisent des cartes "gratuites" (Debit Mastercard classique, Maestro) voient indirectement leurs achats subventionner moins les porteurs de cartes premium. Mais ces porteurs premium, eux, pourraient bientôt subir des surcharges chez certains commerces.
Pour optimiser votre situation, plusieurs questions méritent une analyse personnalisée :
- Votre carte reward vaut-elle encore ses frais annuels ? Si les miles ou le cashback ne compensent plus les frais de carte (souvent 80-150 CHF/an) et les potentiels surcharges chez les commerçants, le calcul devient négatif.
- Avez-vous plusieurs cartes ? Utiliser une carte Debit Mastercard classique chez les petits commerçants et une carte reward chez les grandes enseignes (qui absorbent mieux les frais) est une stratégie rationnelle.
- Votre banque a-t-elle répercuté les nouvelles conditions ? Certaines banques suisses n'ont pas encore adapté leurs grilles tarifaires. Il vaut la peine de vérifier si votre banque vous facture toujours des frais sur les paiements en CHF.
Sur des thèmes connexes, notre article sur Swisscard et la suppression d'emplois dans le secteur des cartes donne un aperçu des transformations profondes dans l'industrie du paiement en Suisse.
Le cas Maestro : des frais qui créent des tensions
La situation est encore plus complexe pour les détenteurs d'une ancienne carte Maestro. Depuis août 2024, les banques suisses perçoivent des frais d'interchange de 0,12% sur les achats Maestro — alors que cette carte était traditionnellement sans frais d'interchange. Ce changement, qui s'est fait discrètement, a surpris de nombreux commerçants qui pensaient que Maestro resterait une carte "neutre".
Si vous êtes encore porteur d'une carte Maestro, votre banque a très probablement déjà remplacé celle-ci par une carte Debit Mastercard dans le cadre de la migration progressive. Vérifiez votre carte : si elle porte le logo "Maestro" sans logo Mastercard, renseignez-vous auprès de votre banque sur le calendrier de remplacement.
Quand faire appel à un conseiller en gestion de patrimoine
Un conseiller en gestion de patrimoine ne s'occupe pas uniquement de placements et de prévoyance. Il peut aussi vous aider à analyser l'ensemble de vos coûts financiers récurrents, dont les frais bancaires et les frais de carte, dans une vision globale de votre budget et de votre patrimoine.
Cette analyse est particulièrement utile dans trois situations :
- Vous détenez plusieurs cartes de crédit premium et ne savez pas laquelle est la plus avantageuse compte tenu de vos habitudes de consommation (voyages fréquents, grandes surfaces, restaurants).
- Vous gérez une PME ou une activité indépendante et vos frais de terminal de paiement représentent un poste significatif. Un conseiller peut vous aider à négocier vos conditions avec votre acquéreur bancaire ou à choisir entre Stripe, SumUp et les solutions bancaires traditionnelles.
- Vous préparez un achat important à l'étranger et souhaitez minimiser les frais de change et les commissions de transaction internationale.
Pour les consommateurs particuliers, une consultation d'une heure avec un conseiller Expert Zoom peut identifier en moyenne 200 à 400 francs d'économies annuelles sur les frais bancaires et de carte.
Ce qui se passe du côté des commerçants
Les associations de commerçants suisses — notamment hotelleriesuisse et le Commerce suisse — ont salué la réforme COMCO. Selon hotelleriesuisse, la réduction à 0,12% représente une économie annuelle significative pour les hôtels et restaurants qui traitent des volumes importants de paiements par carte.
Mais la partie n'est pas gagnée pour autant. Les terminaux de paiement facturent également des frais de traitement (souvent 0,3% à 0,9% selon le prestataire), qui s'ajoutent aux frais d'interchange. La réforme COMCO ne couvre que la composante interchange — pas les marges des acquéreurs. Un commerçant doit donc analyser l'ensemble de sa chaîne de coûts de paiement pour en tirer un bénéfice réel.
Si vous êtes commerçant et que vous souhaitez négocier vos conditions de paiement ou comprendre l'impact réel de cette réforme sur votre compte de résultat, un conseiller financier ou un expert-comptable peut vous accompagner dans cette démarche.
En 2026, maîtriser les coûts de paiement n'est plus l'affaire des seuls directeurs financiers des grandes entreprises : c'est un enjeu concret pour chaque consommateur, indépendant et restaurateur en Suisse.
