Massimo Sinató, l'un des danseurs professionnels les plus emblématiques de la télévision allemande, fait son retour à "Let's Dance" pour la 17e saison de la RTL, dont le coup d'envoi a été donné le 27 février 2026. À 45 ans, le danseur d'origine italienne, marié à la mannequin et présentatrice Rebecca Mir, prolonge une carrière qui interroge sur la planification financière à long terme des artistes du spectacle vivant.
En Suisse, cette question concerne des milliers de danseurs, musiciens, comédiens et présentateurs indépendants confrontés à la même réalité : revenus en dents de scie, contrats courts, et un système de prévoyance qui n'a jamais été pensé pour leur métier.
Un retour très attendu après une saison sous tension
Le come-back de Sinató intervient après une saison 2025 marquée par des spéculations sur un éventuel départ anticipé, selon TV Movie. Cette instabilité contractuelle, typique des productions télévisées, n'est pas anodine financièrement. Un artiste qui passe d'une saison de "Let's Dance" complète à une saison écourtée voit ses revenus chuter de plusieurs dizaines de milliers d'euros — sans filet de sécurité automatique.
Sinató, marié à Rebecca Mir depuis 2015 et père d'un enfant né en avril 2021, illustre parfaitement le profil de l'artiste à carrière internationale : revenus de plusieurs pays, statut hybride entre salarié et indépendant, exposition médiatique générant des cachets ponctuels (galas, masterclasses, contenus sponsorisés).
Les trois pièges financiers des artistes du spectacle
En Suisse romande, les conseillers en gestion de patrimoine identifient trois failles récurrentes chez les artistes du spectacle vivant et de la télévision :
1. La dépendance au pic de revenu
Un danseur professionnel atteint généralement son sommet de revenu entre 30 et 45 ans. Sinató, à 45 ans, est précisément au pivot où la rente s'épuise et où la reconversion (chorégraphie, école de danse, contenu numérique) doit prendre le relais. Sans planification, le revenu peut chuter de 60 % en quelques années.
2. La sous-cotisation aux 2e et 3e piliers
Les artistes indépendants suisses ne cotisent au 2e pilier (LPP) que s'ils le décident eux-mêmes. Selon les chiffres de l'Office fédéral des assurances sociales, près de 40 % des indépendants du secteur culturel n'ont aucune prévoyance professionnelle. À la retraite, ils dépendent uniquement de l'AVS, plafonnée à environ 2 450 francs par mois en 2026 pour une rente individuelle complète.
3. La fiscalité internationale mal anticipée
Un artiste italo-suisse-allemand comme Sinató cumule potentiellement trois résidences fiscales possibles selon les périodes de tournage. Les conventions de double imposition entre la Suisse, l'Allemagne et l'Italie protègent contre la double taxation, mais ne dispensent pas des déclarations dans chaque pays.
Ce que la Suisse propose pour les artistes
La Suisse a structuré plusieurs dispositifs spécifiques pour les artistes indépendants :
- Caisse de pensions des artistes : depuis 2002, certaines caisses (Artes & Comoedia, par exemple) acceptent les indépendants culturels avec des cotisations flexibles ;
- 3e pilier A : déductible fiscalement jusqu'à 7 258 francs par an pour les indépendants sans 2e pilier en 2026 (et davantage selon la formule "à la grande" pour les indépendants) ;
- Pro Helvetia et SUISA : la première soutient la création, la seconde gère les droits d'auteur — des sources de revenus passifs souvent sous-exploitées ;
- Statut d'intermittent culturel : reconnu par certains cantons, il permet de cumuler chômage partiel et activité indépendante.
Un gestionnaire de patrimoine spécialisé dans les professions artistiques peut combiner ces outils pour lisser les revenus sur 30 ans, plutôt que sur les 10 années de pic.
L'erreur classique : confondre cachet et salaire
Beaucoup d'artistes en début de carrière encaissent leurs cachets directement, sans constituer de société. Cette approche fait perdre deux leviers majeurs :
| Outil | Sans société | Avec société de production |
|---|---|---|
| Imposition | Barème progressif personnel | Impôt sur le bénéfice (~15 %) |
| Cotisations sociales | Sur le revenu brut | Optimisables via salaire/dividendes |
| Constitution de réserve | Limitée par le 3e pilier | Réserves de bénéfices reportables |
| Dépenses pro déductibles | Forfait | Toutes charges justifiées |
Pour un artiste qui dépasse 150 000 francs de chiffre d'affaires annuel, la création d'une Sàrl ou d'une SA en Suisse devient généralement rentable dès la deuxième année d'exercice.
Mariage et patrimoine : ce que les couples d'artistes oublient
Le mariage Sinató-Mir, célébré en Sicile en 2015, illustre une autre question : la planification patrimoniale des couples où les deux partenaires sont des personnalités médiatiques. Rebecca Mir est elle-même mannequin et présentatrice, avec ses propres revenus de l'industrie.
En droit suisse, le régime matrimonial par défaut (participation aux acquêts) divise les biens accumulés pendant le mariage en cas de divorce. Pour les couples à haut revenu et exposition publique, un contrat de mariage peut :
- Protéger les revenus issus du droit d'image (souvent considérés comme des biens propres) ;
- Définir la propriété des œuvres et chorégraphies créées pendant le mariage ;
- Anticiper la transmission au conjoint et à l'enfant en cas de décès accidentel.
Pour un enfant né en 2021, comme c'est le cas du fils de Sinató et Mir, la mise en place d'une structure de protection (assurance-vie, fonds de prévoyance, voire fiducie) doit être envisagée dès la naissance — pas attendre la majorité.
Reconversion et "deuxième carrière" : préparer le pivot
À 45 ans, un danseur de niveau "Let's Dance" sait qu'il dispose au mieux de 10 ans avant que la condition physique ne change le métier. Les options de reconversion classiques :
- Direction de troupe ou chorégraphie : revenus plus stables, moins exposés physiquement ;
- École de danse ou studio : actif tangible transmissible ;
- Production de contenu numérique : chaîne YouTube, masterclasses en ligne, livres ;
- Investissement immobilier : transformation du capital cachet en actif locatif.
Chaque option a une fiscalité et un calendrier d'amortissement différents. Anticiper 10 ans à l'avance, plutôt que réagir en urgence, multiplie souvent le résultat final par deux ou trois.
Quand consulter un gestionnaire de patrimoine ?
Pour un artiste suisse — danseur, musicien, comédien ou présentateur — la consultation devient nécessaire :
- Dès le franchissement du seuil de 100 000 francs de revenus annuels ;
- À chaque changement majeur (mariage, enfant, achat immobilier, contrat international) ;
- Au minimum tous les trois ans pour ajuster la planification de retraite ;
- Avant tout investissement supérieur à 50 000 francs.
Les conseillers indépendants en gestion de patrimoine sont les mieux placés pour ce travail, car ils ne sont pas rémunérés par la commercialisation de produits financiers spécifiques.
L'affaire Massimo Sinató, derrière le glamour des paillettes du vendredi soir, rappelle une vérité utile à tous les artistes suisses : la longévité financière se prépare à 25 ans, pas à 50. Pour trouver un gestionnaire de patrimoine spécialisé dans les professions artistiques, consultez les professionnels référencés sur Expert Zoom.
Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil financier personnalisé. Pour des décisions patrimoniales, consultez un conseiller agréé. Les chiffres officiels du système suisse de prévoyance sont disponibles sur le portail de l'Office fédéral des assurances sociales.

Isabelle Rey