À la 10e minute 42 de la prolongation, le 1er juin 2026 à Zurich, Konsta Helenius a inscrit le but en or qui a offert la médaille d'or à la Finlande face à la Suisse (1-0) au Championnat du monde de hockey. Le jeune attaquant finlandais de 20 ans — qui évoluait encore en AHL avec Rochester cette saison avant neuf matchs en NHL avec les Buffalo Sabres — est devenu la figure du Mondial en quelques secondes.
Mais au-delà de l'exploit sportif, une question juridique et fiscale s'est posée dès le lendemain dans les médias spécialisés : que gagne réellement un sportif étranger qui réalise une performance sur sol suisse — et comment la Suisse taxe-t-elle ces revenus ?
La réponse implique un mécanisme fiscal très spécifique, souvent méconnu, mais qui concerne tous les artistes, athlètes et conférenciers étrangers actifs en Suisse.
L'impôt à la source sur les sportifs étrangers : un mécanisme propre à la Suisse
La Suisse applique un régime d'imposition à la source (impôt à la source IS) aux personnes domiciliées à l'étranger qui perçoivent des revenus en Suisse. Ce régime s'applique notamment aux artistes, sportifs et conférenciers qui ne résident pas en Suisse mais y exercent une activité rémunérée, en vertu de la Loi sur l'impôt fédéral direct (LIFD).
Concrètement, c'est l'organisateur suisse de l'événement — ici, l'IIHF et Swiss Ice Hockey, co-organisateurs du Mondial 2026 — qui est solidairement responsable du prélèvement et du versement de l'impôt à la source aux autorités fiscales cantonales. Le sportif étranger ne reçoit donc pas la totalité de ses primes : une part est retenue à la source avant versement.
Selon la notice IS4 du canton de Berne (applicable lors d'événements organisés dans ce canton), le taux forfaitaire applicable aux sportifs étrangers est calculé sur la base des revenus bruts perçus en Suisse. Les primes de compétition internationale entrent dans cette base.
Combien l'IIHF verse-t-elle aux champions du monde ?
Pour le Championnat du monde 2026, la Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF) n'a pas communiqué de montant officiel de prime par joueur. Historiquement, les primes de compétition dans le hockey mondial sont modestes comparées au football ou au tennis : elles oscillent entre 5 000 et 30 000 euros pour un titre de champion du monde, selon le grade et la politique de la fédération nationale.
En revanche, la prime commerciale liée à la popularité soudaine est, elle, potentiellement très significative. Helenius, inconnu du grand public avant le 31 mai 2026, est devenu en une nuit une figure internationale. Les contrats de sponsoring, droits à l'image et apparitions médiatiques qui en découlent peuvent représenter des montants bien plus élevés que la prime officielle.
L'impôt à la source : qui le paie, comment, et sur quoi ?
Selon le site officiel du canton de Neuchâtel consacré à l'impôt à la source, la retenue s'applique sur les revenus bruts perçus en Suisse. Elle est calculée canton par canton (le Mondial se déroulait à Zurich, Berne et Fribourg), avec un taux qui varie selon le montant des revenus et le canton d'activité.
Pour un sportif étranger, le mécanisme fonctionne ainsi :
- L'organisateur suisse retient l'impôt à la source lors du versement de la prime
- Il le reverse aux autorités fiscales cantonales dans le délai légal
- Le sportif reçoit le net après retenue — en principe, sans obligation de déposer une déclaration fiscale suisse, sauf si ses revenus suisses dépassent un certain seuil ou s'il souhaite déduire des frais réels
Cette retenue à la source est libératoire pour les revenus d'activité ponctuels. Le sportif n'a donc pas, en règle générale, à effectuer de démarches supplémentaires auprès du fisc suisse.
Pourquoi un avocat peut être utile pour les sportifs en tournée internationale
Si ce régime paraît simple en apparence, il recèle plusieurs zones de complexité qui justifient un accompagnement juridique et fiscal :
- Conventions de double imposition : La Finlande et la Suisse ont signé une convention fiscale qui peut modifier l'application de l'impôt à la source. Un avocat spécialisé peut vérifier si des crédits d'impôt sont applicables dans le pays de résidence du sportif.
- Frontière entre activité sportive et droits à l'image : Si Helenius signe un contrat de sponsoring avec une marque suisse, ce revenu n'est plus de nature sportive mais commerciale — et son traitement fiscal peut différer.
- Cas des primes versées via la fédération nationale : Si c'est la Fédération finlandaise de hockey (FIHA) qui verse directement la prime à Helenius (et non l'IIHF en Suisse), le régime fiscal applicable change radicalement.
- Revenus d'entraînement ou de camp en Suisse : Un joueur qui vient s'entraîner en Suisse plusieurs semaines — comme c'est le cas lors des préparations nationales — peut générer des obligations fiscales supplémentaires.
Ces nuances illustrent pourquoi les sportifs et agents étrangers actifs sur le territoire suisse ont intérêt à consulter un avocat fiscaliste ou un conseiller juridique spécialisé en droit du sport avant chaque événement. Un oubli peut se transformer en redressement fiscal plusieurs années après les faits.
Ce que cela change pour les fans suisses — et pour vous
L'affaire Helenius rappelle que la Suisse est un terrain d'accueil régulier de grandes compétitions internationales : Formule 1 (historiquement), ATP, ski alpin, et désormais les Mondiaux de hockey 2026 et 2027. À chaque fois, des dizaines d'athlètes étrangers génèrent des revenus sur sol suisse.
Ce régime fiscal s'applique aussi aux artistes étrangers en concert en Suisse, aux conférenciers invités, et plus largement à toute personne domiciliée à l'étranger qui exerce une activité rémunérée ponctuelle en Suisse. Si vous organisez un événement et faites appel à un prestataire étranger, vous pourriez être co-responsable de l'impôt à la source de ce dernier.
Konsta Helenius a marqué le but qui a privé la Suisse du titre. Mais il a aussi rappelé, sans le savoir, que le droit fiscal helvétique n'oublie pas les vainqueurs qui passent par chez lui.
Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique ou fiscal. Consultez un avocat ou un conseiller fiscal qualifié pour toute situation spécifique.

Élise Meyer