La démission de Julian Nagelsmann, confirmée ce 3 juillet 2026 par la Fédération allemande de football (DFB), a mis le monde du football en ébullition. Quatre jours après l'élimination surprise de l'Allemagne par le Paraguay en huitièmes de finale de la Coupe du monde, l'entraîneur de 38 ans a quitté son poste lors d'une réunion à Francfort avec la direction de la fédération. Et le nom qui circule désormais avec insistance est celui de Jürgen Klopp. Problème : le technicien de 59 ans est actuellement sous contrat avec Red Bull en tant que directeur mondial du football. Une situation qui illustre, à grande échelle, un dilemme juridique que vivent chaque année des milliers de cadres en Suisse et en Europe.
L'Allemagne en crise après le Paraguay
Germany troisième élimination mondiale consécutive dès les huitièmes de finale. Après la Russie 2018 et le Qatar 2022, la Mannschaft a de nouveau trébuché au premier tour à élimination directe. Julian Nagelsmann avait pourtant mené l'équipe jusqu'aux quarts de l'Euro 2024 avant d'être battu par l'Espagne. La défaite face au Paraguay a été le coup de trop.
Dès le lendemain de l'élimination, selon la presse allemande et belge, des discussions ont eu lieu au sein de la DFB. Nagelsmann a présenté sa démission le 2 juillet 2026. La fédération a immédiatement activé sa liste de successeurs potentiels, et le nom de Jürgen Klopp est apparu en tête. L'ancien entraîneur de Dortmund et de Liverpool — double champion d'Allemagne, vainqueur de la Ligue des champions en 2019 — a, selon la DFB, « fondamentalement indiqué son intérêt » pour reprendre les rênes de la sélection nationale.
Un contrat en cours chez Red Bull
Jürgen Klopp n'a pas repris d'activité d'entraîneur depuis son départ de Liverpool en juin 2024. Depuis janvier 2025, il exerce le rôle de directeur mondial du football au sein de l'empire Red Bull, supervisant les clubs du groupe en Europe et aux États-Unis. Ce n'est pas un rôle honorifique : Klopp est salarié, avec des responsabilités opérationnelles réelles sur le RB Leipzig, le RB Salzbourg, le New York Red Bulls et d'autres entités.
Pour que la DFB puisse le nommer sélectionneur, deux options se présentent : soit Red Bull accepte de libérer Klopp de ses obligations contractuelles — contre compensation — soit Klopp tente de faire valoir une clause de résiliation anticipée. Dans les deux cas, la dimension juridique est centrale.
Ce que dit le Code des obligations suisse
En Suisse, les relations de travail des cadres sont régies par le Code des obligations (CO). L'article 321a impose au salarié un devoir de diligence et de fidélité envers son employeur. Concrètement, cela signifie qu'un cadre approché par un concurrent ou un tiers ne peut pas simplement partir du jour au lendemain, ni entamer des négociations secrètes susceptibles de nuire à son employeur actuel.
Les contrats des cadres supérieurs contiennent souvent une clause de non-concurrence, qui interdit d'exercer une activité similaire après la fin du contrat, et parfois une clause de non-sollicitation, qui empêche de débaucher des collègues ou des clients. Mais tant que le contrat est en cours d'exécution, c'est le devoir de fidélité qui prime sur tout le reste.
Dans le cas de Klopp, son rôle chez Red Bull et celui de sélectionneur national ne sont pas strictement en concurrence directe — mais les implications de disponibilité, d'image et d'intérêts stratégiques sont évidentes. Red Bull a tout intérêt à négocier une sortie propre plutôt qu'un bras de fer juridique avec l'une des personnalités les plus médiatiques du football mondial.
La rupture anticipée : mécanismes et coûts
Que l'on soit Jürgen Klopp ou un directeur commercial à Genève, les mécanismes de la rupture anticipée d'un contrat de travail sont identiques en droit suisse. L'article 337c CO prévoit qu'en cas de résiliation injustifiée par l'employeur, le salarié a droit à une indemnité correspondant à ce qu'il aurait gagné jusqu'à l'échéance contractuelle. Inversement, si c'est le salarié qui part sans respecter le préavis, il peut être tenu de verser une indemnité à l'employeur.
En pratique, la voie la plus efficace reste la négociation amiable. Cela implique :
- Informer l'employeur rapidement et loyalement dès qu'une offre sérieuse se présente, sans attendre d'avoir signé ailleurs.
- Analyser les clauses contractuelles : délai de résiliation, indemnités de départ, restrictions post-contractuelles.
- Proposer une transition ordonnée : date de départ négociée, passation de dossiers, éventuellement un accompagnement pendant la période intermédiaire.
Pour Klopp et la DFB, cette négociation implique probablement une compensation financière versée à Red Bull et un accord sur le calendrier. Pour un cadre lambda, les enjeux sont moindres mais la logique est identique.
Quand doit-on consulter un avocat ?
La plupart des cadres découvrent les détails de leur contrat au moment où une opportunité se présente — c'est-à-dire trop tard pour en renégocier les termes. Un accompagnement juridique en amont permet d'éviter les mauvaises surprises. Un avocat spécialisé en droit du travail peut notamment :
- Lire et interpréter les clauses de non-concurrence, souvent rédigées de manière volontairement large.
- Évaluer la validité de ces clauses au regard du droit suisse (durée maximale de 3 ans, intérêt légitime de l'employeur, limitation géographique et sectorielle).
- Accompagner la négociation d'un accord de sortie équilibré.
- Représenter le salarié en cas de litige, notamment si l'employeur conteste la légitimité d'une démission ou réclame des dommages et intérêts.
Des situations similaires à celle de Klopp — un professionnel sollicité pendant l'exécution d'un contrat — sont traitées chaque semaine par des avocats en droit du travail dans toute la Suisse romande. L'histoire de Denis Undav, dont les implications contractuelles d'un transfert en pleine compétition ont récemment été décryptées, illustre à quel point ces questions juridiques touchent aussi bien les stars du sport que les employés de bureau.
Note légale : Les informations de cet article sont à titre informatif et ne constituent pas un conseil juridique personnalisé. En cas de situation contractuelle complexe, consultez un avocat spécialisé en droit du travail.
Ce que la saga Klopp enseigne à chacun
L'affaire Klopp-DFB n'est pas qu'un feuilleton footballistique. C'est un cas pratique grandeur nature sur la gestion d'une transition professionnelle à haut niveau. Les principes qui s'appliquent à un entraîneur international sous contrat avec une multinationale sont les mêmes qui s'appliquent à un ingénieur sous clause de non-concurrence à Zurich ou à un directeur financier qui reçoit une offre alléchante à Lausanne.
Si vous êtes dans une situation similaire — sollicité par un autre employeur, hésitant à démissionner, ou confronté à un employeur qui refuse de vous laisser partir — une consultation avec un avocat du travail sur ExpertZoom peut clarifier vos droits en moins d'une heure.

Marc Clément