Le Service de renseignement de la Confédération (SRC) a accordé en 2026 l'accès à son dossier sur Josef Mengele, après avoir refusé les demandes de consultation les plus récentes, y compris en février 2026. Cette décision, rapportée par SWI Swissinfo, marque une étape dans la longue quête de transparence sur le rôle de la Suisse dans la traque — ou l'absence de traque — du médecin nazi connu comme l'« Ange de la mort d'Auschwitz ». Que révèle cette ouverture d'archives ? Et quels droits les descendants de victimes et les chercheurs peuvent-ils exercer en matière d'accès à la mémoire judiciaire ?
Josef Mengele : qui était cet homme et pourquoi ce dossier importe encore en 2026
Josef Mengele (1911–1979) était un médecin SS stationné à Auschwitz-Birkenau entre 1943 et 1945. Il y a procédé à des expériences médicales mortelles sur des détenus — principalement des jumeaux, des personnes de petite taille et des Roms — sans leur consentement. Ces actes constituent des crimes contre l'humanité selon le droit international.
Après la capitulation allemande, Mengele a fui en Amérique du Sud via des filières clandestines, en passant notamment par l'Italie et l'Argentine. Il a vécu sous de fausses identités en Argentine, puis au Paraguay et au Brésil, où il est mort en 1979 lors d'une noyade à Bertioga. Il n'a jamais été jugé.
Des archives déclassifiées argentines et américaines (CIA) ont progressivement révélé les réseaux — parfois avec des connexions en Suisse — qui l'ont aidé à fuir et à se maintenir en liberté pendant trois décennies. Le dossier du SRC constitue désormais un nouveau chapitre de cette documentation.
Ce que contient le dossier du SRC
Les archives des services de renseignement helvétiques sur Mengele constituent un exemple des documents qui, pendant des décennies, ont été classifiés au nom de la protection de sources et méthodes de renseignement. L'accès accordé en 2026 s'inscrit dans une tendance plus large : après les révélations de l'Affaire Fichenaffäre (1989) et les réformes successives de la législation sur le renseignement, la Suisse a progressivement ouvert davantage de ses archives historiques de sécurité.
Ce dossier peut contenir : des observations sur les déplacements de Mengele au cours des années 1950-1970, des notes sur les contacts avec d'éventuels intermédiaires basés en Suisse, et des correspondances entre services alliés partageant des informations sur les fugitifs nazis. Ces éléments sont précieux pour les historiens, les juristes et les associations de victimes qui cherchent à reconstituer les responsabilités dans la non-capture de l'un des criminels de guerre les plus recherchés du XXe siècle.
Le droit à la mémoire : que peuvent obtenir les descendants de victimes ?
En droit suisse, l'accès aux archives fédérales est régi par la Loi sur l'archivage (LAr) et la Loi sur la transparence (LTrans). Pour les documents de renseignement, des délais de protection spécifiques s'appliquent — en général 30 à 50 ans après la création du document. Des exceptions peuvent être accordées pour la recherche historique ou les procédures judiciaires.
Les descendants de victimes de Mengele — notamment les enfants de survivants qui ont comparu devant sa sélection à Auschwitz — bénéficient en principe d'un intérêt légitime reconnu pour accéder à des documents qui les concernent directement ou qui documentent les crimes commis contre leurs parents. En pratique, ce droit se heurte encore à des résistances administratives, mais les décisions récentes de tribunaux européens et du Comité des droits de l'homme de l'ONU ont renforcé la reconnaissance d'un « droit à la vérité » dans les affaires de violations graves des droits humains.
Le droit international et la poursuite des crimes historiques
L'affaire Mengele soulève une question juridique fondamentale : la prescription s'applique-t-elle aux crimes contre l'humanité ? En droit international, la réponse est claire depuis la Convention sur l'imprescriptibilité des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité (1968). La Suisse ne l'a pas ratifiée, mais son droit interne prévoit désormais l'imprescriptibilité pour les actes de génocide et les crimes contre l'humanité, suite aux réformes du Code pénal de 1999 et 2010.
Ces principes ne s'appliquent pas rétroactivement aux faits antérieurs. Mengele n'aurait donc pu être jugé en Suisse que pour des actes commis sur le territoire helvétique ou par des ressortissants suisses. Mais l'ouverture des archives suisses contribue à un processus de justice mémorielle et documentaire qui, pour les associations de victimes, a une valeur irremplaçable.
Accès aux archives : les droits pratiques en 2026
Pour accéder aux Archives fédérales suisses (AFS), les chercheurs, avocats et descendants peuvent déposer une demande formelle en ligne. L'AFS conserve les fonds documentaires des autorités fédérales, y compris les archives déclassifiées du renseignement. Une procédure spécifique permet de demander la levée du délai de protection pour des raisons d'intérêt historique ou de droits des personnes concernées.
Un avocat spécialisé en droit de l'information et en droit international public peut vous accompagner dans ces démarches, notamment si vous êtes un chercheur, un journaliste ou un descendant de victime souhaitant accéder à des documents classifiés ou semi-classifiés.
Ce que l'ouverture du dossier Mengele dit de la Suisse en 2026
La décision du SRC d'ouvrir l'accès à ce dossier après des années de refus témoigne d'une évolution culturelle dans la manière dont la Suisse aborde son passé lié à la Seconde Guerre mondiale. Depuis le rapport Bergier (1996–2002), qui avait documenté les relations économiques et financières de la Suisse avec le Troisième Reich, le pays a parcouru un chemin significatif vers la transparence historique.
Cette transparence n'est pas seulement une question morale : elle a des implications juridiques concrètes pour les descendants de victimes en quête de réparation, pour les historiens qui contribuent au droit à la mémoire collective, et pour les juristes qui travaillent sur les mécanismes de justice transitionnelle. La Suisse, avec ses institutions stables et son tradition de neutralité archivistique, peut jouer un rôle unique dans la préservation de cette mémoire judiciaire internationale.
Pour toute question juridique relative à l'accès aux archives, aux droits des victimes ou à la justice transitionnelle, la plateforme Expert Zoom vous met en relation avec des avocats spécialisés en droit international et en droit de l'information en Suisse.
Note : Cet article est fourni à titre informatif. Il ne constitue pas un conseil juridique. Consultez un avocat pour analyser votre situation personnelle.
