Élection FIS le 11 juin : l'affaire du passeport géorgien d'Eliasch et le droit du sport

Johan Eliasch, président de la FIS, lors d'une réunion officielle, élection 2026

Photo : Vlada Republike Slovenije from Ljubljana, Slovenia / Wikimedia

Élise Élise MeyerJuridique
4 min de lecture 18 mai 2026

Le 11 juin 2026, à Belgrade, les membres de la Fédération internationale de ski et de snowboard (FIS) voteront pour élire leur prochain président. Pour la première fois depuis 2021, cinq candidats s'affrontent — mais c'est la candidature de Johan Eliasch qui concentre les regards : l'homme d'affaires suédo-britannique, briguant un troisième mandat, se présente au nom de la Géorgie, après que la Suède et la Grande-Bretagne ont refusé de le parrainer. Un cas d'école pour les juristes du droit du sport.

Comment une candidature aussi atypique est-elle possible ?

Les statuts de la FIS imposent qu'un candidat à la présidence soit détenteur d'un passeport valide du pays de la fédération qui le parraine. En refusant sa nomination, le Royaume-Uni et la Suède ont acculé Eliasch à une solution improbable : obtenir la nationalité géorgienne pour remplir cette condition formelle.

Cette situation est sans précédent dans le sport international de haut niveau. Depuis son élection controversée de 2021, où 56 des 126 fédérations membres ont quitté la salle en signe de protestation, le président de la FIS accumule les critiques. La Norvège, l'une des grandes nations du ski mondial, a officiellement appelé à son remplacement, dénonçant un manque de transparence, une gestion des réserves financières jugée délétère et une centralisation agressive des droits télévisés au détriment des fédérations nationales.

Le 11 juin, Eliasch sera face à quatre challengers : l'Américain Dexter Paine, la Britannique Victoria Gosling, le Liechtensteinois Alexander Ospelt et la Danoise Anna Harboe Falkenberg.

Le Tribunal Arbitral du Sport, arbitre ultime des conflits de gouvernance

Les conflits autour de la gouvernance de la FIS ne sont pas nouveaux. Le Tribunal Arbitral du Sport (TAS), dont le siège est à Lausanne, avait déjà été saisi lors de la réélection d'Eliasch en 2022 pour examiner la régularité du scrutin.

Pour un avocat spécialisé en droit du sport, l'affaire Eliasch illustre plusieurs problématiques récurrentes dans la gouvernance des fédérations internationales :

  • L'absence d'incompatibilité clairement définie : Eliasch reste PDG de la marque d'équipements sportifs HEAD, dont les athlètes FIS utilisent les produits en compétition. Ce conflit d'intérêts potentiel n'est pas explicitement traité par les statuts actuels.
  • La fragilité des règles de nationalité : en permettant à un candidat de changer de pays d'affiliation pour contourner un refus de parrainage, les règles internes créent une faille que d'autres fédérations sportives pourraient vouloir combler.
  • Les droits des membres minoritaires : lorsque 56 fédérations quittent une assemblée générale en signe de protestation, elles signifient que les règles de vote et de représentation ne les protègent pas suffisamment contre les décisions imposées par une majorité de circonstance.

La procédure devant le TAS concernant la réélection de 2022 illustre comment les acteurs lésés peuvent contester une décision. Voir aussi comment le TAS de Lausanne avait déjà été sollicité dans l'affaire Iñigo Martínez pour un litige sportif impliquant le droit des contrats.

Ce que le droit suisse des associations impose aux fédérations

La Suisse est le siège de plus de 60 organisations sportives internationales, dont le CIO, la FIFA, l'UEFA et la FIS elle-même. En droit suisse, ces organisations sont régies par les articles 60 à 79 du Code civil, qui leur confèrent une large autonomie pour définir leurs propres règles de gouvernance — mais cette autonomie a des limites clairement établies.

Selon les experts en droit des associations, trois principes fondamentaux s'imposent à toute fédération domiciliée en Suisse :

  1. L'égalité de traitement des membres : une fédération ne peut discriminer arbitrairement entre ses membres ni favoriser certains candidats par des règles appliquées de manière sélective.
  2. Le droit à un recours effectif : toute décision contestée peut être soumise au TAS ou aux tribunaux ordinaires si le règlement interne ne prévoit pas de mécanisme de recours adéquat.
  3. La bonne foi contractuelle : les statuts doivent être interprétés de manière cohérente. Obtenir une nationalité étrangère uniquement pour contourner un refus de nomination soulève la question du respect de l'esprit — et pas seulement de la lettre — des règles.

Droits des athlètes et des fédérations nationales face aux décisions internationales

Pour un athlète suisse membre d'une fédération affiliée à la FIS, ou pour une fédération cantonale qui contesterait une décision de l'organisation faîtière, plusieurs voies existent :

  • Le recours au TAS : les appels doivent généralement être déposés dans les 21 jours suivant la décision contestée. Passé ce délai, les recours sont irrecevables.
  • La représentation juridique spécialisée : les procédures d'arbitrage sportif sont techniques et coûteuses. Un avocat spécialisé en droit du sport peut évaluer la solidité d'un recours, estimer ses chances de succès et vous aider à éviter des frais inutiles.
  • L'action collective : comme le montre l'exemple des 56 fédérations ayant quitté l'assemblée en 2021, une action coordonnée de plusieurs membres peut avoir plus de poids qu'un recours individuel.

Si vous êtes dirigeant d'une structure sportive en Suisse ou athlète confronté à une décision arbitraire d'une fédération, un avocat spécialisé disponible sur ExpertZoom peut analyser votre situation et vous orienter vers la stratégie la plus adaptée.

Le vote du 11 juin 2026 : bien plus qu'une élection de dirigeant sportif

L'élection de Belgrade ne concerne pas seulement les amateurs de ski. Elle pose des questions fondamentales sur la façon dont les grandes organisations sportives internationales domiciliées en Suisse sont gouvernées, contrôlées et sanctionnées par leurs propres membres.

Si Eliasch est réélu malgré les controverses, cela validera tacitement les pratiques qu'il a mises en place depuis 2021. Si l'un de ses challengers l'emporte, une réforme de gouvernance sera probablement à l'ordre du jour — avec des conséquences directes pour les fédérations nationales, les sponsors et les athlètes qui dépendent de la FIS.

Les résultats seront connus le 11 juin 2026. Quelle que soit l'issue, l'affaire du passeport géorgien restera dans les annales du droit du sport international — et rappelle que même les organisations les plus puissantes ne sont pas au-dessus des règles qu'elles ont elles-mêmes établies.

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