C'est un séisme dans le monde du football. Ce 3 juillet 2026, la fédération allemande (DFB) a confirmé la démission de Julian Nagelsmann, éliminé dès les huitièmes de finale de la Coupe du monde par le Paraguay, et a immédiatement entamé des discussions avec Jürgen Klopp pour lui succéder. Derrière ce rebondissement sportif retentissant se pose une question qui concerne des milliers de travailleurs en Suisse : comment savoir si l'on est vraiment prêt à reprendre un poste à haute responsabilité après un épisode d'épuisement professionnel ?
"Je n'ai plus d'énergie" : quand la passion ne suffit plus
En janvier 2024, Jürgen Klopp avait sidéré le monde du sport en annonçant qu'il quitterait Liverpool en fin de saison. Sa justification, simple et directe : "Je n'ai plus d'énergie." Après neuf ans sur le banc des Reds, ponctués de titres en Premier League et en Ligue des Champions, le technicien allemand avait reconnu une fatigue profonde, à la fois physique et mentale, qui l'empêchait de se projeter sur la saison suivante. Il avait confié avoir compris lors d'une discussion sur les futurs recrutements : "Je ne suis pas sûr d'être encore là."
Ce témoignage rare d'un professionnel de haut niveau sur son épuisement avait fait l'effet d'un électrochoc. Car le burnout — ou syndrome d'épuisement professionnel — ne frappe pas seulement les salariés exposés à de fortes pressions. Il touche aussi les dirigeants, les indépendants, les soignants, les enseignants. Selon l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), environ un travailleur suisse sur cinq déclare subir un niveau de stress chronique susceptible d'évoluer vers un épuisement professionnel sévère.
Les signaux d'alarme que trop de professionnels banalisent
Le cas Klopp illustre une mécanique typique du burnout : la passion pour son métier masque longtemps les signaux d'alerte, jusqu'au point de rupture. Parmi les symptômes précurseurs identifiés par les spécialistes :
- Une fatigue persistante qui ne cède pas malgré le repos ou les vacances
- Une perte progressive du plaisir dans des activités auparavant sources de satisfaction
- Des troubles du sommeil, de la concentration ou de la mémoire
- Un sentiment de détachement émotionnel, de cynisme ou de vide intérieur
- Des manifestations physiques inexpliquées : maux de tête, tensions musculaires, troubles digestifs
Ces signaux ne doivent jamais être ignorés. Sans prise en charge, le burnout peut évoluer vers des troubles anxieux sévères, des épisodes dépressifs ou des pathologies cardiovasculaires. La Suisse, championne du monde du productivisme selon l'OCDE, n'est pas épargnée : les coûts économiques liés aux absences pour épuisement professionnel dépassent 6 milliards de francs suisses par an.
La pause professionnelle : une étape, pas une défaite
Depuis janvier 2025, Klopp occupe le poste de responsable mondial du football au sein du groupe Red Bull — un rôle stratégique, moins exposé médiatiquement, sans le stress quotidien des matchs de club. Ce "pas de côté" est précisément ce que recommandent les psychologues du travail comme étape intermédiaire entre un burnout et un retour à pleine capacité.
Des recherches publiées dans le Journal of Occupational Health Psychology indiquent qu'un retour durable après un épuisement professionnel nécessite en moyenne douze à dix-huit mois de récupération active, incluant une psychothérapie, un réajustement du mode de vie et, souvent, un accompagnement médical spécialisé. Klopp aura quitté son poste de coach en juin 2024 — soit deux ans avant cette possible reprise à la tête de la sélection allemande. Un délai qui correspond à ce que les spécialistes considèrent comme un minimum raisonnable avant d'envisager un retour à haute intensité.
Quand reprendre ? Les critères d'un retour sain
La question que le monde du football se pose aujourd'hui — Klopp est-il prêt ? — est exactement celle qu'un médecin devrait poser à tout patient en phase de rétablissement. Plusieurs critères permettent d'évaluer la capacité à reprendre un poste exigeant.
L'envie intrinsèque, pas la pression externe. La motivation doit venir de l'intérieur, non de la peur du vide ou des sollicitations extérieures. Le fait que Klopp ait déclaré, juste après la démission de Nagelsmann, "Je n'ai pas encore réfléchi à ça" — plutôt que de sauter sur l'occasion — est en réalité un bon signe clinique.
La capacité à poser de nouvelles limites. Un retour après épuisement ne peut pas reproduire les schémas du passé. Le poste de sélectionneur national, avec des matchs concentrés sur des fenêtres internationales précises et une pression quotidienne moindre qu'en club, pourrait représenter un cadre structurellement mieux adapté pour Klopp que celui d'un entraîneur de club.
La validation d'un professionnel de santé. Avant tout retour à haute intensité, un bilan avec un médecin du travail ou un psychiatre permet d'objectiver le niveau réel de récupération. Cette étape est trop souvent sautée, faute de temps ou par crainte de se voir conseiller d'attendre encore. C'est pourtant la plus protectrice contre les rechutes.
En Suisse, vous pouvez retrouver les informations officielles sur la santé psychique au travail sur le portail de l'OFSP, ou consulter directement un spécialiste via des plateformes comme Expert Zoom.
Ce que la loi suisse garantit aux salariés en burnout
La Loi fédérale sur le travail (LTr) impose aux employeurs suisses de protéger la santé physique et psychique de leurs collaborateurs. En cas de retour après une absence liée à l'épuisement, le salarié peut légalement demander un aménagement de poste, une réduction temporaire du temps de travail ou une révision de ses objectifs. Ces mesures ne sont pas une faveur accordée par la hiérarchie : elles constituent une obligation légale.
Si vous êtes dans la situation d'évaluer votre propre retour au travail après une période d'épuisement, et que votre entourage ou votre employeur fait pression pour accélérer, vous avez des droits. Un avocat ou un médecin spécialisé en droit du travail et santé peut vous aider à les faire valoir — comme l'illustre d'ailleurs un article récent sur les implications contractuelles du cas Klopp et la DFB.
Une leçon universelle sur nos propres limites
L'histoire de Jürgen Klopp est devenue, sans qu'il le cherche, un miroir pour des millions de professionnels. Elle rappelle que performance durable et reconnaissance de ses propres limites ne sont pas incompatibles — au contraire. Prendre le temps de récupérer vraiment est ce qui permet de revenir, si l'envie revient, dans les meilleures conditions.
Que Klopp accepte ou non la proposition de la DFB, sa trajectoire démontre qu'un burnout peut être traversé — et qu'une vie professionnelle peut se réinventer après l'épuisement.
Si vous ressentez des signes d'épuisement professionnel, ne différez pas la consultation. Les médecins et spécialistes disponibles sur Expert Zoom peuvent vous accompagner rapidement dans votre évaluation et votre rétablissement.
Cet article a une visée informative et ne remplace pas un avis médical. En cas de symptômes persistants, consultez un professionnel de santé qualifié.

Aurélie Vautier