L'inflation en Suisse a accéléré à 0,6 % en glissement annuel en avril 2026, selon les chiffres publiés par l'Office fédéral de la statistique (OFS). C'est le niveau le plus élevé depuis plusieurs mois, après 0,3 % en mars et 0,1 % en février. Les principaux moteurs sont les loyers et les carburants. Si ce chiffre reste très en deçà de la zone euro — où l'inflation atteignait 3 % en avril —, la tendance haussière mérite une attention concrète de la part des épargnants suisses.
Pourquoi l'inflation repart en Suisse en 2026
La hausse des loyers pèse sur le budget des ménages locataires. En Suisse, le taux hypothécaire de référence — qui conditionne les loyers annuels des baux existants — avait déjà augmenté plusieurs fois entre 2023 et 2025. Les propriétaires répercutent ces hausses sur les locataires à chaque renouvellement de bail ou lors des demandes d'augmentation autorisées par la loi.
Les carburants constituent l'autre facteur de pression. Les cours du pétrole brut ont rebondi depuis le début 2026, en lien avec les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, tirant à la hausse le prix à la pompe. Pour un ménage disposant d'un véhicule et effectuant 15 000 km par an, l'impact annuel peut représenter plusieurs centaines de francs supplémentaires — un contexte que nous avons analysé lors de la chute du pétrole de début 2026.
L'inflation sous-jacente — hors alimentation et énergie — reste, elle, contenue à 0,3 %, ce qui indique que la pression n'est pas encore généralisée à l'ensemble des prix. La Banque nationale suisse (BNS) maintient sa politique monétaire accommodante, tablant sur une inflation moyenne de 0,5 % pour 2026 selon les prévisions de Safra Sarasin et Raiffeisen.
Ce que ça signifie concrètement pour votre pouvoir d'achat
Même une inflation de 0,6 % a des effets tangibles sur des horizons longs. Sur dix ans, un portefeuille d'épargne non indexé perd environ 6 % de sa valeur réelle. Pour un capital de 100 000 CHF placé sur un compte épargne classique rémunéré à 0,5 %, le rendement réel devient négatif.
La Suisse protège mieux ses résidents que la zone euro grâce à la force du franc : les importations coûtent moins cher, ce qui freine l'inflation importée. Mais cette protection ne compense pas entièrement la hausse des loyers — composante locale non influencée par le taux de change.
Pour les ménages disposant de liquidités importantes ou d'une épargne retraite à consolider, l'accélération de l'inflation est un signal à ne pas ignorer.
4 ajustements à envisager avec votre conseiller en patrimoine
1. Réévaluer la part de liquidités dormantes
Un compte épargne rémunéré à 0,5 % en période d'inflation à 0,6 % génère un rendement réel négatif. Réduire la part de liquidités au strict nécessaire — généralement 3 à 6 mois de dépenses courantes — et redéployer l'excédent sur des supports mieux rémunérés est une priorité à réviser avec un conseiller en gestion de patrimoine.
2. Vérifier l'indexation de votre prévoyance 3e pilier
La prévoyance individuelle liée (pilier 3a) offre des avantages fiscaux en Suisse, mais les fonds de placement associés varient fortement en termes de performance réelle. Certains contrats investis en obligations suisses à faible rendement ne protègent plus efficacement contre l'inflation. Une revue annuelle du portefeuille 3a est recommandée.
3. Anticiper la prochaine révision de loyer
Si vous êtes locataire, informez-vous sur le niveau actuel du taux hypothécaire de référence et calculez l'impact d'une éventuelle hausse lors de votre prochain renouvellement. Un consultant juridique spécialisé en droit du bail peut vous aider à évaluer la légalité de toute demande d'augmentation de loyer.
4. Réviser votre budget carburant ou envisager une alternative
Si vos déplacements professionnels sont incompressibles, examinez les aides cantonales pour l'achat de véhicules électriques ou hybrides, ou comparez les offres de leasing intégrant les frais d'énergie. Dans certains cantons romands, des subventions atteignant plusieurs milliers de francs sont disponibles pour 2026.
L'inflation et les taux BNS : quelle interaction en 2026 ?
La Banque nationale suisse surveille de près l'évolution des prix avant de décider d'une nouvelle action sur les taux directeurs. En mars 2026, la BNS avait maintenu ses taux inchangés à 0,25 %, anticipant que l'inflation resterait modérée. La remontée à 0,6 % en avril repose une nouvelle fois la question d'un potentiel ajustement en septembre 2026 — une décision qui pourrait affecter directement le coût des crédits hypothécaires à taux variable et la rentabilité des comptes d'épargne.
Pour les propriétaires ayant un crédit à taux variable, surveiller les annonces de la BNS d'ici l'automne est une priorité. Pour les locataires, une hausse éventuelle des taux directeurs impacte indirectement les loyers via le taux hypothécaire de référence — un mécanisme expliqué dans notre dossier sur la hausse des taux hypothécaires en Suisse.
Quand consulter un conseiller en gestion de patrimoine ?
Le bon moment pour réajuster sa stratégie d'épargne n'est pas nécessairement lors d'une crise — c'est précisément quand les signaux commencent à bouger, comme aujourd'hui. Un conseiller en patrimoine peut analyser votre situation globale : épargne, prévoyance, immobilier, placements, et vous proposer un plan adapté à votre profil de risque et à vos objectifs à moyen terme.
Sur Expert Zoom, vous pouvez mettre en relation avec un conseiller en gestion de patrimoine disponible pour une première consultation, en ligne ou en présentiel, partout en Suisse romande.
Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement. Consultez un professionnel agréé avant toute décision financière.

Laurent Rousseau