Chaque semaine en Suisse, des milliers de téléspectateurs regardent Horst Lichter accueillir des particuliers dans Bares für Rares (ZDF, lundi au vendredi à 15h05) pour faire estimer leurs objets. Cette semaine encore, une caméra de film muet centenaire en chêne et une moto de carrousel ancienne ont fait l'objet d'expertises en direct. Ce que peu de spectateurs réalisent : ces mêmes démarches d'estimation sont accessibles en Suisse — et peuvent avoir des implications financières importantes.
L'engouement pour Bares für Rares : reflet d'un marché en croissance
Bares für Rares n'est pas qu'un programme de divertissement. L'émission reflète une réalité économique documentée : le marché des antiquités et objets de collection en Allemagne représente 956,9 millions d'euros en 2026, avec 3'479 entreprises actives dans la vente d'objets anciens et d'occasion. Selon IBISWorld, le marché des collectibles en Allemagne devrait croître à un rythme annuel de 7,3 % jusqu'en 2033, porté par la digitalisation du commerce et un regain d'intérêt pour les objets authentiques.
En Suisse romande, le marché suit une tendance similaire. Les brocantes, ventes aux enchères et plateformes en ligne (Ricardo, Tutti, eBay.ch) témoignent d'une demande soutenue pour les objets anciens — des montres vintage aux meubles Art Déco, en passant par les tableaux, la vaisselle de famille et les bijoux hérités.
La question que tout propriétaire d'antiquités devrait se poser
Avez-vous, au fond d'un tiroir, d'un grenier ou d'une cave, des objets hérités dont vous ignorez la valeur réelle ? C'est le cas de millions de ménages suisses. Un service en porcelaine de grand-mère, une montre de poche achetée à Genève en 1920, un tableau acquis dans les années 1950 — ces objets ont peut-être une valeur marchande que vous ne soupçonnez pas.
Horst Lichter le dit souvent dans l'émission : "Du weißt nie, was du hast" (Tu ne sais jamais ce que tu possèdes). Cette phrase banale cache une vérité pratique importante pour les propriétaires suisses.
Comment faire estimer un objet en Suisse : les options
1. Les maisons de vente aux enchères
Des établissements comme Koller Auktionen (Zurich), Christie's (Genève) ou Bonhams (qui opère en Suisse) proposent des estimations gratuites sur présentation de photos ou sur rendez-vous. Elles sont incitées à estimer justement car leur commission dépend du prix de vente final. Idéal pour des objets potentiellement de valeur (au-delà de CHF 500-1'000).
2. Les experts indépendants certifiés
Des experts assermentés ou certifiés (notamment par la Chambre suisse des commissaires-priseurs) peuvent produire une expertise écrite valable pour une assurance ou une succession. Leurs honoraires varient entre CHF 80 et CHF 300 de l'heure selon la spécialité.
3. Les courtiers en antiquités
Les antiquaires établis offrent parfois des estimations rapides, mais leur avis peut être influencé par leur intérêt d'achat. Demandez toujours une estimation de valeur marchande séparée d'une offre d'achat.
4. Les plateformes en ligne
Pour des objets courants, des plateformes comme Catawiki ou WorthPoint permettent de comparer avec des ventes similaires récentes. Utile pour une première évaluation avant de solliciter un professionnel.
Les implications fiscales souvent négligées
En Suisse, vendre un objet personnel (même pour un prix élevé) génère en principe un gain en capital privé non imposable. Mais trois situations méritent attention :
La succession : si vous héritez d'une collection d'antiquités, elle entre dans le calcul de la masse successorale soumise à l'impôt sur les successions (variable selon les cantons — Zurich, Berne et Valais taxent les héritiers non directs jusqu'à 36 %). Une estimation professionnelle est souvent requise par les autorités fiscales cantonales pour évaluer la valeur des biens mobiliers inclus dans une succession.
La revente régulière : si vous achetez et revendez des antiquités de manière régulière et systématique dans un but lucratif, l'administration fiscale peut requalifier vos gains en revenu imposable. Les critères sont similaires à ceux du marché immobilier ou des collectibles : fréquence, volume et intention commerciale.
L'assurance ménage : la plupart des polices d'assurance ménage couvrent les objets de valeur jusqu'à un plafond fixé par contrat. Si votre collection dépasse ce plafond — ce qui peut arriver sans que vous le sachiez — vous n'êtes pas couvert en cas de vol ou de dégât. Une estimation professionnelle permet de vérifier ce point et d'ajuster votre couverture.
Pour ces questions, un conseiller en gestion de patrimoine ou un expert fiscal peut vous aider à structurer vos actifs de manière optimale — y compris vos objets de collection. L'Administration fédérale des contributions (AFC) publie des directives détaillées sur la distinction entre gain en capital privé et revenu imposable.
Quand consulter un expert sur ExpertZoom ?
Si vous vous posez l'une de ces questions, un spécialiste peut vous aider en quelques échanges :
- Successions : "Mon père m'a laissé une collection de montres — dois-je les déclarer et comment ?"
- Assurance : "Mes antiquités sont-elles vraiment couvertes par mon assurance ménage actuelle ?"
- Fiscalité : "Je revends régulièrement sur Ricardo — à partir de quand dois-je déclarer ces revenus ?"
- Vente : "Quel est le meilleur moyen de vendre un tableau estimé à CHF 8'000 sans se faire avoir ?"
Des gestionnaires de patrimoine et des experts juridiques disponibles sur ExpertZoom peuvent répondre à ces questions concrètes, souvent en une seule consultation. Le marché des antiquités est plus porteur que jamais — autant en tirer parti de façon éclairée.

Laurent Rousseau