Giuliano Simeone dispute la Coupe du monde 2026 avec l'Argentine, et son père Diego, entraîneur de l'Atlético de Madrid, s'est déplacé au camp d'entraînement de la sélection pour le soutenir en juillet 2026. À 23 ans, l'ailier vit une saison de confirmation : quatre buts et six passes décisives en Liga, un nouveau contrat signé en janvier 2026 jusqu'en 2030 et une clause libératoire fixée à 500 millions d'euros. Derrière ces chiffres se cache une réalité que connaissent beaucoup de jeunes adultes bien au-delà du football : construire sa carrière dans l'ombre d'un parent célèbre.
Le cas Simeone est spectaculaire, mais il illustre une situation banale. Un enfant qui choisit le métier de son père ou de sa mère, qui reprend l'entreprise familiale ou qui évolue dans le même secteur qu'un parent reconnu se retrouve face à une comparaison permanente. En Suisse romande, cette configuration touche des milliers de familles : cabinets médicaux transmis, exploitations viticoles, études d'avocats, entreprises artisanales. La pression psychologique est réelle et, quand elle n'est pas identifiée, elle peut peser lourd sur la santé mentale.
Pourquoi l'ombre d'un parent pèse autant
Le premier mécanisme en jeu est la comparaison sociale. Chaque succès du jeune est ramené au parcours du parent, chaque échec paraît amplifié. Pour Giuliano Simeone, chaque match est commenté à l'aune des trophées de son père et des débats sur un éventuel favoritisme. Dans une famille ordinaire, cela prend la forme de remarques répétées : « tu ne feras jamais aussi bien » ou, à l'inverse, « avec un tel modèle, tu n'as pas le droit d'échouer ».
Le deuxième mécanisme est le syndrome de l'imposteur. Le jeune attribue ses réussites à son nom de famille plutôt qu'à ses compétences. Il doute de sa légitimité, même lorsque les résultats sont là. Cette dissonance entre la reconnaissance extérieure et le sentiment intérieur de ne pas mériter sa place est un facteur de stress chronique bien documenté.
Le troisième mécanisme touche à l'identité. Trouver sa propre voix quand on porte un patronyme lourd de sens demande un travail psychologique. Certains sur-investissent le travail pour prouver leur valeur, quitte à s'épuiser. D'autres se sabotent inconsciemment pour échapper à la comparaison. Dans les deux cas, le rapport à la performance se déséquilibre.
Des signaux à ne pas négliger
La pression de réussir n'est pas une maladie en soi. Elle devient préoccupante quand elle s'installe et s'accompagne de signes concrets : troubles du sommeil persistants, irritabilité, perte de plaisir dans une activité autrefois valorisante, anxiété avant chaque évaluation, repli sur soi ou consommation d'alcool pour « tenir ». Chez les jeunes adultes, ces symptômes sont souvent minimisés ou masqués par la réussite apparente.
Les chiffres suisses invitent à la vigilance. Selon l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), les troubles psychiques comptent parmi les problèmes de santé les plus répandus dans le pays et affectent particulièrement la qualité de vie des personnes concernées. Les jeunes adultes figurent parmi les groupes les plus exposés à la détresse psychologique. Reconnaître un mal-être n'est donc pas une faiblesse, mais un réflexe de prévention.
Quand consulter un professionnel
Un psychologue ou un psychothérapeute peut aider à démêler ce qui relève de l'ambition saine et ce qui relève d'une pression toxique. L'accompagnement vise plusieurs objectifs concrets : identifier les schémas de comparaison automatiques, restaurer un sentiment de légitimité fondé sur des compétences réelles, apprendre à distinguer les attentes du parent de ses propres aspirations, et retrouver un rapport apaisé à la performance.
La consultation est particulièrement utile lorsque la souffrance dure depuis plusieurs semaines, qu'elle retentit sur le sommeil, la concentration ou les relations, ou que la personne évite des situations importantes pour sa carrière par peur de l'échec. Il n'est pas nécessaire d'attendre une crise pour prendre rendez-vous : un travail préventif, sur quelques séances, suffit souvent à désamorcer un schéma installé.
En Suisse, depuis le passage au modèle de la prescription en 2022, une psychothérapie réalisée par un psychologue-psychothérapeute peut être prise en charge par l'assurance obligatoire des soins sur ordonnance médicale, ce qui a facilité l'accès aux soins. Un médecin de famille constitue souvent la première porte d'entrée pour orienter vers le bon spécialiste.
Familles, transmission et entreprises : un enjeu partagé
Au-delà du sport, la question concerne directement le monde professionnel. Dans une entreprise familiale, le repreneur qui succède à un fondateur charismatique fait face aux mêmes ressorts psychologiques que Giuliano Simeone sous les ordres de son père. La comparaison avec la génération précédente, la crainte de « dilapider » un héritage et la difficulté à imposer sa propre vision sont des sources de tension récurrentes.
Un accompagnement adapté, qu'il soit psychologique ou orienté vers le coaching de transition, permet de séparer les enjeux affectifs des enjeux de gestion. Il aide le successeur à assumer ses décisions sans les vivre comme une trahison, et à construire une légitimité qui ne repose plus uniquement sur le nom porté.
Ce qu'il faut retenir
L'histoire de Giuliano Simeone à la Coupe du monde 2026 rappelle que réussir dans l'ombre d'un parent célèbre est un défi autant psychologique que professionnel. Le talent et le travail ne suffisent pas toujours à faire taire le doute. Repérer les signaux de détresse, en parler et, si besoin, consulter un professionnel de la santé mentale sont des démarches saines. Sur Expert Zoom, il est possible de contacter un psychologue ou un thérapeute pour faire le point, dès que la pression de réussir cesse d'être un moteur pour devenir un poids.
Cet article a une vocation informative et ne remplace pas un avis médical ou psychologique personnalisé. En cas de détresse, un professionnel de santé peut vous orienter. En Suisse, La Main Tendue est joignable 24h/24 au 143 et Pro Juventute au 147 pour les jeunes. Les offres d'aide en santé mentale recensées par l'OFSP sont accessibles à tous.

Aurélie Vautier