Giulia Michelini et l'ayahuasca : ce que dit la médecine sur cette substance controversée

Thérapeute genevoise dans un cabinet de consultation, notes sur la thérapie psychédélique
4 min de lecture 15 avril 2026

L'actrice italienne Giulia Michelini a avoué le 14 avril 2026 sur l'émission "Belve" (Rai2) avoir consommé de l'ayahuasca à trois reprises, décrivant "huit heures de larmes et des visions intenses". Cette révélation relance le débat sur cette substance psychédélique et ses risques réels pour la santé, en Suisse comme ailleurs.

Qu'est-ce que l'ayahuasca ?

L'ayahuasca est une décoction traditionnelle d'Amazonie préparée à partir de deux plantes : la liane Banisteriopsis caapi et les feuilles de Psychotria viridis. Sa puissance tient à une combinaison chimique précise : le DMT (diméthyltryptamine), un puissant hallucinogène, est rendu actif par les inhibiteurs de la MAO (harmine, harmaline) présents dans la liane.

Le DMT agit principalement sur les récepteurs sérotoninergiques 5-HT2A du cerveau. Une méga-analyse publiée en 2026, combinant 11 jeux de données issus de 5 pays et plus de 500 scanners IRMf, a montré que l'ayahuasca réduit la connectivité entre les systèmes émotion/mémoire (hippocampe, amygdale) et les réseaux sensoriels, facilitant ce que les chercheurs appellent la "dissolution de l'ego".

Une étude clinique de phase IIa conduite par l'Imperial College London en 2026 a testé une dose intraveineuse de DMT (21,5 mg) sur 34 participants : les résultats montrent une réduction de 7,4 points sur l'échelle de dépression de Montgomery-Åsberg, avec des effets persistant jusqu'à 6 mois pour certains participants.

Les risques médicaux que personne ne mentionne

Si l'enthousiasme pour la thérapie psychédélique grandit dans les cercles scientifiques, les risques restent sous-estimés dans les témoignages comme celui de Giulia Michelini.

Selon les données compilées par les chercheurs spécialisés, 70 % des consommateurs d'ayahuasca rapportent des effets indésirables, physiques ou psychiques. Les plus fréquents : nausées, vomissements, palpitations, mais aussi anxiété intense et épisodes de panique.

Le risque le plus grave reste le syndrome sérotoninergique. Les inhibiteurs de la MAO présents dans l'ayahuasca bloquent la dégradation de la sérotonine. En combinaison avec des antidépresseurs courants (inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, ou ISRS), lithium ou certains analgésiques, cette interaction peut devenir fatale : hyperthermie, convulsions, arrêt cardio-respiratoire.

Chez les personnes présentant une vulnérabilité psychique latente — trouble bipolaire non diagnostiqué, antécédents de psychose, anxiété sévère — l'ayahuasca peut déclencher une décompensation psychiatrique. Les effets ne se dissipent pas après quelques heures : des épisodes de dissociation et de flashbacks peuvent persister des semaines.

Un médecin consulté avant toute expérimentation peut évaluer les contre-indications médicamenteuses et psychiques, établir un bilan des antécédents familiaux, et orienter vers des alternatives thérapeutiques validées.

En Suisse, le statut de l'ayahuasca est complexe. Le DMT est classé comme stupéfiant interdit par la Loi fédérale sur les stupéfiants (LStup). Swissmedic a précisé en 2012 que "les plantes contenant du DMT en concentrations naturelles ne sont pas actuellement soumises à la LStup", mais une clarification de 2014 a ajouté que la légalité dépend "du produit lui-même, de sa présentation et du contexte d'utilisation".

En pratique, la possession d'ayahuasca pour usage personnel expose à des poursuites, selon le canton et les circonstances. Conduire sous l'influence de toute substance psychoactive est en revanche formellement interdit et sanctionné par le retrait du permis.

Depuis 2017, plusieurs praticiens suisses ont déposé des pétitions auprès de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) pour encadrer l'usage thérapeutique du DMT. L'OFSP a déjà accordé plus de 1 000 autorisations exceptionnelles pour des thérapies à base de LSD, psilocybine ou MDMA depuis 2014 — le DMT pourrait suivre si les études cliniques le confirment.

Ce que la Suisse fait différemment : le cadre thérapeutique contrôlé

La différence fondamentale entre les études prometteuses de l'Imperial College London et les cérémonies non supervisées — comme celles mentionnées par Giulia Michelini — réside dans le contrôle médical.

Dans les essais cliniques, les participants sont soigneusement sélectionnés, les contre-indications éliminées, et une équipe médicale est présente pendant toute la durée de l'expérience. Des séances de psychothérapie d'intégration suivent chaque session. Ce protocole n'a rien à voir avec une retraite en forêt amazonienne ou une cérémonie organisée dans un appartement genevois.

En Suisse, selon les données de l'OFSP, environ 4 % des adultes auraient consommé une substance psychédélique au moins une fois dans leur vie. Le nombre de pratiquants d'ayahuasca en contexte cérémoniel est difficile à estimer, mais les signalements aux urgences psychiatriques pour des réactions adverses ont augmenté selon plusieurs médecins chefs de service.

Quand consulter un médecin ?

Si vous avez déjà consommé de l'ayahuasca ou envisagez de le faire, plusieurs situations justifient une consultation médicale rapide :

  • Vous prenez un traitement antidépresseur (ISRS, IRSN, IMAO), des antimigraineux de type triptan ou du lithium
  • Vous avez des antécédents familiaux de psychose, schizophrénie ou trouble bipolaire
  • Vous avez vécu une expérience difficile (bad trip) avec des symptômes persistants — dissociation, flashbacks, anxiété chronique
  • Vous souhaitez intégrer thérapeutiquement une expérience passée

Un médecin peut vous orienter vers des centres spécialisés en psychiatrie transculturelle, évaluer votre état mental actuel et vous accompagner sans jugement. En Suisse, des consultations anonymes sont disponibles via les centres de compétence en addictologie de plusieurs cantons.

La fascination pour l'ayahuasca, amplifiée par les témoignages de célébrités comme Giulia Michelini, ne doit pas occulter une réalité médicale documentée : cette substance agit sur des mécanismes cérébraux complexes, avec des effets imprévisibles selon le profil de chaque individu. Le vrai courage, ce n'est pas de tenter l'expérience — c'est de demander un avis médical avant.

Cet article aborde un sujet à fort enjeu médical (YMYL). Les informations présentées ont un but informatif et ne remplacent pas un avis médical personnalisé. En Suisse, la consommation de DMT peut constituer une infraction à la LStup selon le contexte. Consultez un médecin ou un professionnel de santé qualifié avant toute démarche.

Pour en savoir plus sur le cadre légal suisse des stupéfiants, consultez le texte de la Loi fédérale sur les stupéfiants (LStup) sur Fedlex.

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