Wildcamping illégal sur votre terrain en Suisse : ce que le cas Wandfluh révèle sur vos droits de propriétaire
En juin 2026, le conseiller national SVP et agriculteur bernois Ernst Wandfluh a découvert deux sacs de déchets abandonnés par des campeurs sauvages sur son alpage d'Ueschenen, dans l'Oberland bernois. L'affaire a provoqué un vif débat : la zone est pourtant clairement soumise à une interdiction de camper, et les déchets éparpillés sur plus de 100 mètres carrés avaient été éventrés par un animal. Wandfluh, excédé, a annoncé son intention de faire respecter l'interdiction de campement sur ses terres à l'avenir.
Un phénomène en forte hausse depuis le Covid
Avant la pandémie de 2020, l'agriculteur bercer comptait quatre à cinq camping-cars par saison estivale sur ses pâturages d'altitude. En juin 2026, presque chaque soir voit désormais plusieurs véhicules s'installer sans autorisation. Ce n'est pas un cas isolé : dans l'ensemble de l'Oberland bernois et des Alpes suisses, les communes font face à un afflux croissant de campeurs sauvages attirés par des paysages spectaculaires et une accessibilité facilitée par les applications GPS et les réseaux sociaux.
Au-delà du simple désagrément, les conséquences peuvent être graves pour les propriétaires agricoles. Wandfluh l'a lui-même vécu : une vache a dû être abattue après avoir ingéré un couvercle de boîte de conserve laissé par des campeurs. Un tel incident engage-t-il la responsabilité du campeur ? Et surtout, que peut faire le propriétaire d'un terrain confronté à cette situation ?
Ce que dit la loi suisse sur le camping sauvage
La réglementation varie selon les cantons, mais plusieurs principes clés s'appliquent à l'échelle nationale.
En dehors de la limite des forêts, le bivouac d'une nuit sur terrain privé avec l'accord du propriétaire est toléré dans de nombreux cantons. Sans accord exprès, toute présence nocturne constitue une violation de la propriété privée.
Sur les alpages et terres agricoles, comme celui de Wandfluh à Ueschenen, le camping est généralement interdit, qu'il s'agisse de tentes ou de camping-cars. Des panneaux d'interdiction affichés visiblement renforcent cette interdiction légale.
La violation de domicile est sanctionnée par le Code pénal suisse à son article 186 : toute personne qui s'introduit ou reste indûment dans un lieu protégé contre la volonté de l'ayant droit peut être poursuivie pénalement. Cette disposition s'applique aux bâtiments mais aussi, selon la jurisprudence, aux zones clairement délimitées et signalées comme privées.
Les droits concrets du propriétaire foncier
Face à des campeurs sauvages récidivants, le propriétaire dispose de plusieurs leviers juridiques :
L'expulsion de gré : Le propriétaire peut demander aux campeurs de quitter les lieux immédiatement. Si les personnes refusent, il peut appeler la police, qui interviendra pour constater l'infraction et procéder à l'évacuation.
Le dépôt de plainte pénale : Pour violation de domicile (art. 186 CP), il est possible de déposer plainte auprès du poste de police local. La plainte doit être déposée dans les trois mois suivant la connaissance des faits.
La demande de dommages-intérêts : Si les campeurs ont laissé des déchets, dégradé des clôtures ou causé des dommages au bétail, le propriétaire peut réclamer une indemnisation sur le plan civil. La preuve des dommages (photos, factures vétérinaires, témoignages) est déterminante.
Les mesures préventives : Installez des panneaux d'interdiction bien visibles, signalez les zones privées par des clôtures et envisagez l'installation de caméras de surveillance conformément aux règles sur la protection des données (LPD).
Quand la responsabilité du campeur peut être engagée
Un cas comme celui de Wandfluh — une vache tuée à cause d'un déchet dangereux abandonné — soulève la question de la responsabilité civile du campeur. En droit suisse, toute personne qui cause un dommage à autrui par négligence est tenue à réparation (article 41 CO). Si le lien de causalité entre le déchet et la mort de l'animal peut être établi, le propriétaire peut en théorie réclamer la valeur de l'animal concerné au campeur responsable.
La difficulté pratique réside dans l'identification du fautif : les campeurs sauvages passent rarement la nuit sur le même terrain deux fois de suite et ne laissent pas leurs coordonnées. C'est pourquoi des mesures préventives et une documentation rigoureuse (photos horodatées, relevés GPS des déchets) sont indispensables avant même d'envisager une action en justice.
Des dispositions cantonales à ne pas négliger
Le canton de Berne dispose de règles spécifiques sur le bivouac et le camping hors des zones autorisées. Des amendes administratives peuvent être infligées par les autorités communales. Certaines communes de l'Oberland bernois ont d'ores et déjà mis en place des rangers chargés de surveiller les zones les plus fréquentées et d'adresser des rappels à la règle avant de procéder à des amendes.
Dans l'Oberland bernois, la problématique des déchets en milieu alpin a également donné lieu à des procédures sur les amendes liées aux déchets, similaires à d'autres cas documentés en Suisse romande concernant les organisateurs d'événements. Dans tous les cas, la question centrale reste la même : qui est responsable, et qui doit payer ?
Que faire concrètement si vous êtes propriétaire d'un terrain ?
Si vous êtes confronté à des campeurs sauvages sur votre propriété en Suisse, voici les étapes prioritaires :
- Signalez clairement votre terrain : panneaux d'interdiction, clôtures, marquage GPS des limites.
- Documentez tout incident : photos, vidéos, dates, description des dégâts.
- Contactez la police en cas de refus de quitter les lieux.
- Déposez plainte pour violation de domicile si le campeur refuse d'obtempérer ou revient après un avertissement.
- Consultez un avocat spécialisé en droit foncier : il peut vous aider à rédiger des mises en demeure, à évaluer vos chances d'obtenir réparation et à sécuriser votre terrain juridiquement.
Le cas Ernst Wandfluh illustre une réalité vécue par des centaines de propriétaires alpins chaque été. Connaître ses droits et savoir comment les faire valoir est la première étape pour protéger efficacement son patrimoine foncier.
Avis informatif : Cet article ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. En cas de situation spécifique, consultez un professionnel qualifié.

Élise Dubois