La rencontre entre le Mexique et l'Angleterre en huitièmes de finale de la Coupe du Monde 2026, disputée le 5 juillet à l'Estadio Azteca de Mexico, a été l'une des affiches les plus attendues du tournoi. Perturbée par une violente tempête qui a retardé le coup d'envoi de plusieurs heures, la rencontre a mis en lumière une réalité méconnue du football moderne : plusieurs joueurs mexicains sont nés aux États-Unis et auraient pu, légalement, opter pour une autre sélection nationale. Cette situation soulève une question concrète pour les quelque 2,2 millions d'étrangers résidant en Suisse — dont beaucoup possèdent une double nationalité : quelles sont les règles qui régissent ce statut, et quand faut-il consulter un juriste ?
Un effectif mexicain aux multiples nationalités
La liste des 26 joueurs convoqués par le sélectionneur Javier Aguirre illustre parfaitement la complexité des allégeances sportives modernes. Obed Vargas, né en Alaska de parents mexicains, a choisi de défendre les couleurs du Mexique malgré une double nationalité américaine. Brian Gutiérrez, natif de Berwyn dans l'Illinois, est dans la même situation. Julián Quiñones, lui, est né en Colombie avant d'être naturalisé mexicain et de rejeter un appel de la Fédération colombienne en 2023.
Ces trois cas illustrent à la fois la flexibilité et les limites des règles FIFA en matière d'éligibilité internationale. Côté anglais, plusieurs joueurs possèdent également des origines multiples — héritage d'une histoire migratoire complexe. La question de l'identité nationale est au cœur du football contemporain, bien au-delà du seul spectacle sportif.
Ce que dit la FIFA : l'Article 9 et le changement d'allégeance
La réglementation FIFA sur l'éligibilité internationale (Article 9) permet à un joueur de changer d'association nationale, mais à des conditions strictes. Un joueur peut demander, une seule fois dans sa carrière, à représenter une autre sélection que celle avec laquelle il a débuté, à condition de remplir simultanément trois critères :
- Il détenait la nationalité de la nouvelle association au moment de sa première sélection officielle
- Il n'a pas disputé plus de trois matchs compétitifs au niveau senior avec son équipe d'origine avant l'âge de 21 ans
- Au moins trois ans se sont écoulés depuis son dernier match compétitif pour la précédente association
Cette règle a permis, par exemple, à Folarin Balogun de passer de l'Angleterre aux États-Unis en 2023, et à plusieurs joueurs d'Afrique du Nord de rejoindre des équipes du Maghreb après avoir évolué dans des académies européennes. La FIFA précise que ce changement est définitif : une fois la demande accordée, le joueur ne peut plus revenir en arrière.
Il existe un point critique souvent ignoré : avoir la double nationalité ne suffit pas. La FIFA exige également un « lien authentique » (genuine link) avec le pays représenté — naissance, ascendance ou résidence significative. Des dossiers incomplets ou contestés peuvent mener à des refus, voire à des suspensions de plusieurs mois.
La double nationalité en Suisse : un droit reconnu depuis 1992
Contrairement à ce que beaucoup de résidents croient, la Suisse autorise la double nationalité sans restriction depuis le 1er janvier 1992. Cette révision de la Loi sur la nationalité suisse (LN) a mis fin à l'obligation de renoncer à sa nationalité d'origine lors de la naturalisation helvétique. Depuis 2014, la procédure a encore été simplifiée : les enfants de ressortissants suisses nés à l'étranger peuvent être reconnus suisses dès la naissance, même si leur pays de naissance leur attribue automatiquement une nationalité.
En 2026, la Suisse compte plus d'un million de personnes possédant simultanément un passeport suisse et un passeport étranger, selon le Secrétariat d'État aux migrations (SEM). Ce chiffre illustre l'ampleur du phénomène dans un pays qui accueille 27 % de résidents étrangers, l'un des taux les plus élevés d'Europe. La naturalisation facilitée — voie accélérée réservée aux conjoints de Suisses, aux enfants de ressortissants helvétiques ou aux personnes apatrides — permet d'acquérir la nationalité suisse en cinq ans de résidence, contre dix ans pour la procédure ordinaire. Selon le Secrétariat d'État aux migrations, environ 20 000 naturalisations facilitées sont accordées chaque année en Suisse.
Nationalité FIFA et nationalité civile : deux logiques différentes
La double nationalité footballistique et la double nationalité civile obéissent à des logiques entièrement distinctes. Détenir un passeport suisse et un passeport anglais ou mexicain ne crée aucune obligation sportive — mais peut engendrer des obligations légales souvent méconnues.
En matière de successions, par exemple, un binational suisse-mexicain peut se retrouver soumis simultanément au droit suisse et aux règles mexicaines concernant les biens immobiliers situés au Mexique. Des conflits similaires peuvent survenir pour les questions de pension, les droits au séjour de membres de la famille, ou encore le regroupement familial. Côté fiscal, la Suisse n'impose pas ses nationaux sur la base de leur seule nationalité. Mais certains pays — comme les États-Unis — pratiquent une imposition des citoyens quel que soit leur lieu de résidence, une réalité que nombre de binationals suisso-américains découvrent trop tard.
Le Mondial 2026 illustre également un autre enjeu : la pression culturelle et familiale autour du choix de la nationalité sportive peut entrer en conflit avec des obligations civiques, notamment le service militaire dans certains pays d'origine qui n'acceptent pas la renonciation à la nationalité.
Quand consulter un juriste spécialisé en droit de la nationalité ?
Le spectacle de l'Angleterre contre le Mexique à l'Azteca rappelle que la nationalité est bien plus qu'un choix symbolique — c'est un statut juridique aux conséquences concrètes. Plusieurs situations méritent l'accompagnement d'un juriste spécialisé :
- Demande de naturalisation suisse : optimiser le dossier, comprendre les délais cantonaux et les exigences d'intégration
- Renonciation à une nationalité étrangère : évaluer les conséquences fiscales et patrimoniales dans le pays d'origine avant de procéder
- Double nationalité et service militaire : certains pays exigent un service même pour les ressortissants naturalisés ailleurs
- Conflits de droit des successions ou de fiscalité internationale : identifier la loi applicable et protéger ses intérêts
- Regroupement familial : comprendre quels droits le statut de binational confère aux proches souhaitant s'établir en Suisse
Un avocat ou un juriste spécialisé en droit international privé est le mieux placé pour analyser votre situation personnelle. Les questions de double nationalité ont déjà fait l'objet d'analyses à l'occasion d'autres matchs du Mondial 2026, comme la rencontre Turquie – Paraguay et ses implications pour les binationals suisses.
Avertissement : cet article est fourni à titre informatif uniquement. Il ne constitue pas un avis juridique. Pour toute situation personnelle liée à la nationalité ou au droit international privé, consultez un professionnel du droit qualifié.

Élise Dubois