Claude Nicollier, seul astronaute suisse de l'histoire, a commenté le 10 avril 2026 sur la RTS le retour critique de la mission Artemis II depuis la Lune : «Depuis la Lune, le retour s'effectuera à près de 40'000 km/h», a-t-il déclaré, soulignant le risque thermique sur la capsule Orion. Mais au-delà de la prouesse technologique, cette mission relance une question essentielle que les médecins suivent de près : que subit réellement le corps humain après 10 jours dans l'espace ?
Artemis II : le retour le plus rapide depuis Apollo
Les quatre astronautes d'Artemis II — Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch et Jeremy Hansen — ont orbité autour de la Lune pendant 10 jours avant d'entreprendre leur retour vers la Terre ce week-end d'avril 2026. C'est la première mission lunaire habitée depuis Apollo 17, en 1972, soit plus de 50 ans d'absence.
La vitesse de rentrée atmosphérique est un défi technique extrême. En orbite terrestre basse, les capsules reviennent à environ 28'000 km/h. Depuis la Lune, cette vitesse monte à 40'000 km/h — soit plus de 11 km par seconde. Claude Nicollier, professeur à l'EPFL, a insisté sur la «phase critique» que représente ce moment : «Il y a encore une préoccupation sur la protection thermique de la capsule Orion», a-t-il confié à la RTS.
Selon la NASA, après l'amerrissage, les astronautes doivent immédiatement subir une évaluation médicale complète, incluant des tests fonctionnels pour mesurer leur adaptation à la gravité terrestre.
Ce que 10 jours dans l'espace font au corps humain
L'espace n'est pas un environnement neutre pour l'organisme. Même sur une durée de 10 jours — courte à l'échelle des missions de longue durée sur la Station Spatiale Internationale — les effets physiologiques sont documentés et mesurables.
1. La décalcification osseuse
En apesanteur, les os ne subissent plus de contraintes mécaniques. Le corps, qui régule en permanence la densité osseuse en fonction des charges imposées, commence à déminéraliser le squelette. Sur 10 jours, la perte est faible mais mesurable — environ 0,5 à 1 % de masse osseuse. Les astronautes effectuant des missions de 6 mois sur l'ISS peuvent perdre jusqu'à 10 % de leur densité osseuse dans certaines zones.
2. L'atrophie musculaire
Sans gravité, les muscles n'ont pas à soutenir le poids du corps. Les muscles posturaux — les érecteurs du rachis, les quadriceps, les mollets — s'atrophient rapidement. Après 10 jours, le retour sur Terre provoque une réadaptation difficile : tenir debout, marcher, monter des escaliers devient épuisant.
3. Les fluides corporels remontent vers la tête
En microgravité, les fluides sanguins et lymphatiques ne descendent plus vers les membres inférieurs. Résultat : les astronautes développent un visage bouffi, une congestion nasale, parfois des maux de tête. Ce déplacement de fluide provoque aussi une pression intracrânienne légèrement élevée, qui peut affecter temporairement la vision.
4. Le système cardiovasculaire se «paresseuse»
Le cœur n'a plus besoin de pomper contre la gravité. Son volume diminue légèrement, et le système vasculaire se remodelise. Au retour, le corps doit s'adapter brutalement à la position debout — ce que les médecins appellent l'hypotension orthostatique. Les astronautes peuvent avoir des étourdissements en se levant les premiers jours.
5. L'exposition aux rayonnements cosmiques
En orbite lunaire, les astronautes sont exposés à des rayonnements ionisants bien plus intenses qu'en orbite terrestre basse. La ceinture de Van Allen protège partiellement la Terre, mais pas l'espace lointaire. Sur 10 jours, l'exposition est environ 5 à 10 fois supérieure à une mission sur l'ISS. À long terme, cela peut augmenter les risques de cancers, de cataractes et de dommages au système nerveux central.
La réadaptation post-spatiale : un travail médical précis
Le protocole de retour des astronautes d'Artemis II comprend une évaluation médicale immédiate après amerrissage, suivie de plusieurs semaines de rééducation. Les médecins de la NASA et de l'ESA évaluent :
- La densité osseuse (ostéodensitométrie)
- La force musculaire et la coordination
- Les fonctions cardiovasculaires (test d'effort)
- La vision et la pression intraoculaire
- Les marqueurs biologiques d'exposition aux radiations
Claude Nicollier, en tant qu'ancien astronaute ayant effectué quatre missions navettes, connaît intimement ces étapes. Aujourd'hui professeur à l'EPFL et conférencier, il sert de référence scientifique lors des grandes missions spatiales suisses.
Le lien avec la médecine préventive ordinaire
Les enseignements de la médecine spatiale bénéficient directement à la médecine ordinaire. La compréhension de la décalcification en apesanteur a amélioré les traitements de l'ostéoporose. Les recherches sur les muscles en microgravité ont affiné les protocoles de rééducation post-chirurgicale.
En Suisse, un médecin spécialiste peut évaluer votre densité osseuse, votre force musculaire, ou vos facteurs de risque cardiovasculaire — des examens inspirés des bilans effectués sur les astronautes. Ces évaluations sont particulièrement utiles pour les personnes sédentaires, les seniors, et les sportifs reprenant une activité après une longue pause.
La mission Artemis II, commentée avec passion par Claude Nicollier depuis Lausanne, n'est pas seulement une victoire technologique. C'est un laboratoire médical sans équivalent, dont les données profiteront à chacun d'entre nous. Si le corps de quatre astronautes en parfaite santé se modifie profondément en 10 jours hors de notre planète, imaginez l'importance du suivi médical régulier dans notre vie quotidienne terrestre. Pour en savoir plus sur les effets du sport et de la sédentarité sur votre corps, vous pouvez consulter notre article sur le retour d'Artemis 2 ou prendre rendez-vous avec un médecin sur Expert Zoom.
