Le tournage de la série quotidienne « Ici tout commence » a été suspendu du jour au lendemain le samedi 18 juillet 2026, après une violente altercation entre deux comédiens. Selon plusieurs médias français, l'acteur Stéphane Blancafort aurait tenté d'étrangler sa partenaire à l'écran comme à la ville, Catherine Davydzenka, sur le plateau situé dans le Gard. TF1, informé de l'incident les 17 et 18 juillet, a confirmé avoir écarté le comédien « à titre conservatoire » et rappelé sa politique de « tolérance zéro à l'égard de toute forme de violence ».
L'affaire, très commentée jusqu'en Suisse romande où la fiction est largement suivie, dépasse le simple fait divers people. Elle illustre une question que se posent de nombreux salariés et employeurs : que dit vraiment le droit lorsque la violence surgit sur le lieu de travail, et quelles protections concrètes existent pour la victime ? Un tel épisode, s'il s'était produit dans une entreprise établie en Suisse, aurait déclenché un enchaînement précis d'obligations légales.
Ce que la loi qualifie de violence au travail
En droit suisse, une tentative d'étranglement ne relève pas d'un « conflit interpersonnel » à régler en interne : elle peut tomber sous le coup du Code pénal. Selon les circonstances, un tel geste est susceptible d'être qualifié de lésions corporelles simples ou graves (art. 122 et 123 CP), voire de mise en danger de la vie d'autrui (art. 129 CP), une infraction poursuivie d'office et passible de plusieurs années de prison. Le fait que l'auteur présumé et la victime soient en couple depuis 2023 n'atténue en rien la responsabilité pénale ; il ouvre au contraire des circonstances aggravantes liées aux violences domestiques.
La qualification exacte dépend de l'intensité du geste, de la durée de la compression et des lésions constatées médicalement. C'est précisément pourquoi un constat médical rapide, idéalement dans un service d'urgence, est déterminant : il fige les preuves avant qu'elles ne s'effacent.
L'obligation de protection de l'employeur
Le volet le plus souvent négligé par le grand public est la responsabilité de l'employeur. En Suisse, l'article 328 du Code des obligations impose à toute entreprise de protéger la santé et l'intégrité personnelle de ses employés. Concrètement, dès qu'un employeur a connaissance d'un risque de violence, il doit agir : éloigner l'auteur présumé, sécuriser la victime et enquêter.
L'écartement immédiat décidé par le diffuseur français correspond exactement à ce réflexe que le droit suisse attend. Un employeur qui minimiserait les faits, laisserait les deux personnes travailler côte à côte ou tarderait à réagir engagerait sa propre responsabilité civile. La victime pourrait alors réclamer des dommages-intérêts, non seulement à l'auteur des coups, mais aussi à l'entreprise défaillante.
Les droits de la victime, étape par étape
Une personne victime de violences sur son lieu de travail en Suisse dispose de plusieurs leviers, souvent méconnus :
- Déposer plainte pénale. Pour les infractions poursuivies d'office, une procédure peut être ouverte même sans plainte formelle, mais le témoignage de la victime reste central.
- Solliciter l'aide aux victimes (LAVI). La loi fédérale sur l'aide aux victimes donne droit à un soutien psychologique, juridique et parfois financier, gratuit et confidentiel.
- Faire valoir ses droits en droit du travail. Arrêt de travail justifié, protection contre un licenciement représailles, et éventuelle indemnisation pour tort moral.
- Documenter chaque élément. Certificats médicaux, messages, témoignages de collègues : ce dossier conditionne l'issue d'une éventuelle procédure.
Ces démarches se cumulent. Une même agression peut ainsi donner lieu à une procédure pénale contre l'auteur, à une action civile contre l'employeur négligent et à un accompagnement LAVI, chacune répondant à une logique différente.
Pourquoi un avocat change la donne
Face à un tel enchevêtrement — pénal, droit du travail, aide aux victimes —, l'accompagnement par un avocat n'est pas un luxe mais une nécessité stratégique. Les délais de plainte, la qualification des faits et l'articulation entre les procédures conditionnent directement les chances d'obtenir réparation. Un juriste évalue par exemple si les faits relèvent des lésions corporelles ou de la mise en danger de la vie d'autrui, un choix qui modifie totalement la peine encourue et le déroulé de l'instruction.
Pour l'employeur, le conseil juridique est tout aussi crucial : il s'agit de réagir vite et proportionnellement, sans exposer l'entreprise à un procès pour licenciement abusif de l'un ou pour défaut de protection de l'autre. Un mauvais réflexe managérial dans les premières heures peut coûter très cher.
Un signal au-delà du monde du spectacle
Si l'affaire Davydzenka retient l'attention, c'est parce qu'elle met en scène des visages connus. Mais les tentatives d'étranglement et les agressions entre collègues ou partenaires ne sont hélas pas réservées aux plateaux de télévision. Elles surviennent dans les bureaux, les ateliers et les commerces, souvent dans le silence.
Le cadre légal suisse, détaillé dans le Code pénal suisse, offre des protections solides, à condition de les activer rapidement et correctement. La première réaction — se faire examiner, conserver les preuves, consulter un professionnel du droit — détermine largement la suite.
Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Chaque situation étant particulière, il est vivement recommandé de consulter un avocat qualifié en cas de violences sur le lieu de travail.
Une agression au travail vous concerne, vous ou un proche ? Un avocat spécialisé en droit pénal ou en droit du travail peut vous aider à évaluer vos recours et à sécuriser votre dossier. Trouvez le bon expert près de chez vous sur Expert Zoom.

Cécile Girard