Le corps sans tête découvert le 11 juillet 2026 dans un champ de colza près de Büren, dans le canton de Soleure, a été formellement identifié le 21 juillet : il s'agit d'une femme de 71 ans, portée disparue depuis plusieurs semaines. Selon 20 minutes, le Ministère public soleurois a clos son enquête, écartant toute intervention de tiers ; les parties manquantes du corps sont dues à la prédation animale. Derrière ce fait divers glaçant se cache une question que peu de familles anticipent : lorsqu'un proche disparaît durant des semaines, qui gère ses comptes, son loyer et ses factures pendant que l'incertitude dure ?
Une disparition gèle tout le patrimoine
Tant qu'une personne est portée disparue mais non déclarée décédée, elle reste juridiquement vivante. Ses biens ne peuvent donc pas être partagés : aucune succession ne s'ouvre. Mais dans les faits, personne n'a le droit d'agir à sa place. Les banques bloquent les comptes dès qu'elles apprennent la disparition, par prudence. Le loyer continue de courir, les primes d'assurance-maladie tombent, les impôts arrivent à échéance.
Ce vide dure souvent plusieurs mois. Dans le cas de Büren, la femme avait des problèmes de santé, d'après la police cantonale soleuroise. Ses charges fixes ont continué à s'accumuler pendant toute la période où son sort restait inconnu. Sans mandat préalable, ses proches se retrouvent démunis face à des factures qu'ils ne peuvent ni payer ni contester légalement.
La curatelle, seule porte de sortie sans mandat
En l'absence d'anticipation, le droit suisse prévoit une solution : l'Autorité de protection de l'enfant et de l'adulte (APEA). Sur signalement d'un proche, elle peut instituer une curatelle de représentation avec gestion du patrimoine, prévue par les articles 390 et suivants du Code civil suisse. Un curateur est alors désigné pour payer les charges courantes, sécuriser les avoirs et éviter que le patrimoine ne se dégrade.
La procédure prend toutefois du temps. L'APEA doit instruire le dossier, entendre les proches et rendre une décision motivée. Pendant ces semaines, les comptes restent gelés. C'est précisément ce délai qui pousse de nombreux Suisses à préparer les choses en amont, avant qu'un accident, une maladie ou une disparition ne survienne.
Le mandat pour cause d'inaptitude, l'outil à anticiper
L'instrument le plus efficace existe déjà et reste sous-utilisé : le mandat pour cause d'inaptitude, ancré aux articles 360 et suivants du Code civil suisse. Rédigé lorsqu'on est encore capable de discernement, il désigne à l'avance une personne de confiance chargée de gérer ses affaires et son patrimoine en cas d'incapacité. Contrairement à la curatelle, il évite le passage par l'autorité et respecte les volontés du titulaire.
Un conseiller en gestion de patrimoine joue ici un rôle central. Il aide à inventorier les avoirs, à structurer les procurations bancaires et à coordonner le mandat avec les autres dispositions patrimoniales. Objectif : qu'aucun compte ne reste totalement inaccessible si le titulaire venait à disparaître ou à perdre ses capacités. Pour une personne isolée, comme peut l'être une septuagénaire vivant seule, cette préparation change tout.
Ce que change l'identification du décès
Une fois le décès officiellement établi, comme à Büren le 21 juillet, la situation bascule. La succession s'ouvre au dernier domicile de la défunte. Les héritiers doivent alors décider s'ils acceptent l'héritage ou le répudient dans les trois mois, notamment si des dettes se sont accumulées durant la disparition. Les comptes bloqués sont libérés au profit de la communauté héréditaire, sur présentation du certificat d'héritier.
C'est à ce stade qu'une analyse patrimoniale complète devient utile. Elle permet de faire le point sur les avoirs, le deuxième pilier, les assurances-vie et les éventuelles dettes fiscales restées en suspens. Un accompagnement professionnel réduit le risque d'accepter une succession déficitaire ou, à l'inverse, de répudier un patrimoine en réalité solvable.
Que faire concrètement aujourd'hui
Trois réflexes limitent le chaos financier en cas de disparition d'un proche. D'abord, signaler rapidement la situation à l'APEA du canton de domicile pour enclencher, si nécessaire, une curatelle. Ensuite, rassembler les documents patrimoniaux : relevés bancaires, contrats d'assurance, baux, avis de taxation. Enfin, ne procéder à aucun retrait ni virement sur les comptes du disparu sans base légale, sous peine de complications ultérieures.
Pour les personnes qui souhaitent protéger leurs proches d'un tel blocage, la démarche préventive reste la plus sûre. Rédiger un mandat pour cause d'inaptitude et faire cartographier son patrimoine par un spécialiste évite de laisser sa famille face à des comptes gelés et des factures impayées. Un conseiller en gestion de patrimoine peut établir ce plan et l'articuler avec les règles de protection de l'adulte.
Le drame de Büren restera un fait divers. Mais il rappelle une réalité méconnue : entre la disparition et la reconnaissance du décès, le patrimoine d'une personne traverse une zone grise où seule l'anticipation protège vraiment.
Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil juridique ou financier individualisé. Chaque situation patrimoniale ou successorale doit être évaluée par un professionnel qualifié.

Isabelle Rey