Brassards noirs à Lord's : ce que l'héritage des sportifs nous apprend

Lord's Cricket Ground à Londres, lieu du premier Test contre la Nouvelle-Zélande

Photo : Ank Kumar / Wikimedia

Isabelle Isabelle ReyGestion de Patrimoine
4 min de lecture 7 juin 2026

Les joueurs de cricket anglais ont arboré des brassards noirs le 4 juin 2026 lors du premier Test contre la Nouvelle-Zélande à Lord's, en hommage à neuf anciens internationaux décédés depuis le dernier match à domicile. Selon Wisden, les noms cités incluaient Ken Shuttleworth, John Jameson, Barry Knight, Robin Smith, Hugh Morris, Norman Gifford, Eric Russell, Tony Pigott et MJK Smith. Une minute de silence a aussi marqué les dix ans de la disparition du néo-zélandais Martin Crowe, accueillie chaleureusement par la foule de Lord's.

Cette cérémonie discrète, à l'écart des unes sportives habituelles, soulève une question rarement abordée : que deviennent les droits, le patrimoine et la mémoire d'un athlète professionnel après sa mort ? Pour les sportifs en activité et leur famille, c'est un sujet souvent repoussé — mais qui peut coûter cher en cas de défaut d'anticipation.

Pourquoi l'héritage d'un sportif est rarement « standard »

Un footballeur, un joueur de cricket ou un cycliste professionnel ne laisse pas seulement des biens immobiliers et des comptes bancaires à ses héritiers. Il transmet aussi un patrimoine immatériel particulier :

  • Droits à l'image et droits dérivés sur les vidéos, photos et marques associées à sa carrière.
  • Royalties et participations liées à des contrats de sponsoring perpétuels ou à des sociétés créées pendant la carrière.
  • Biographies, mémoires, contenus médiatiques dont l'exploitation post-mortem est encadrée par des règles spécifiques.

Selon les recommandations publiées sur le portail officiel de la Confédération suisse sur la succession, la planification successorale doit anticiper ces actifs spécifiques bien avant l'échéance — sous peine de litiges coûteux entre héritiers.

Trois pièges patrimoniaux fréquents chez les anciens sportifs

L'analyse des successions d'athlètes décédés ces dernières années révèle trois pièges récurrents, indépendamment du sport pratiqué :

  1. L'absence de testament structuré : faute d'organisation, le partage légal s'applique par défaut, parfois en contradiction avec les souhaits du défunt — en particulier en cas de famille recomposée.
  2. La gestion des sociétés détenues : un athlète qui a créé une société pour son nom, ses produits dérivés ou ses participations sponsorings doit prévoir une clause de transmission claire pour éviter le blocage des activités pendant la succession.
  3. L'oubli des droits internationaux : un sportif qui a joué dans plusieurs pays peut laisser des droits d'image dispersés dans plusieurs juridictions, soumis à des règles fiscales différentes.

Ces trois pièges concernent aussi bien des athlètes médiatisés que des sportifs amateurs de haut niveau, dès lors que leur nom a une valeur commerciale.

Le cas particulier des droits d'image post-mortem

En Suisse, les droits d'image d'une personne survivent à son décès dans des conditions encadrées par le droit civil et le droit d'auteur. Concrètement, les héritiers peuvent s'opposer à l'exploitation commerciale de l'image du défunt pendant plusieurs années, mais doivent prouver leur qualité d'ayant droit pour faire valoir cette protection.

Pour un sportif professionnel, cela signifie qu'un contrat de sponsoring conclu de son vivant peut continuer à générer des revenus pour ses héritiers, ou au contraire être source de litige avec la marque qui revendique l'usage de l'image post-mortem. Le testament doit donc explicitement préciser :

  • Qui détient les droits sur les images, vidéos et marques associées au sportif.
  • À quelles conditions ces droits peuvent être exploités après le décès.
  • Comment sont répartis les revenus générés par cette exploitation entre les héritiers.

Pourquoi l'âge de la retraite sportive est un moment clé

L'âge moyen de la retraite d'un sportif professionnel se situe entre 32 et 38 ans dans la plupart des disciplines collectives. C'est aussi le moment où la planification successorale prend tout son sens : revenus encore élevés, patrimoine en cours de constitution, projets de reconversion à structurer.

Beaucoup d'anciens athlètes repoussent ce sujet, considérant qu'il est « trop tôt » pour penser à sa succession. Pourtant, comme le montre notre analyse des fins de carrière internationales de joueurs comme Christian Fassnacht, la fenêtre 30-40 ans est précisément celle où les décisions patrimoniales structurent le reste de la vie financière.

Le rôle du conseiller en gestion de patrimoine

Pour un sportif en activité, en fin de carrière ou retraité, un conseiller en gestion de patrimoine peut intervenir sur plusieurs axes :

  • Rédiger un testament adapté aux actifs spécifiques (droits d'image, marques, sociétés).
  • Structurer une fondation ou un trust pour protéger le patrimoine et préparer sa transmission.
  • Anticiper la fiscalité successorale dans les pays où le sportif a exercé son activité.
  • Coordonner les contrats d'assurance vie avec les autres dispositifs successoraux.

Le coût d'un accompagnement reste, dans la quasi-totalité des cas, modeste par rapport aux risques de blocage ou de redressement fiscal en cas de succession non préparée.

Au-delà du sport, une leçon universelle

Le rituel des brassards noirs à Lord's rappelle une évidence : la mémoire d'un athlète survit largement à sa carrière sportive. Mais la transmission de son patrimoine, elle, dépend uniquement de la qualité de la planification réalisée de son vivant.

Pour les sportifs suisses — et plus largement pour toute personne dont le nom, l'image ou l'activité professionnelle a une valeur économique — l'enseignement est le même : la planification successorale est un outil de protection familiale, pas un sujet « pour plus tard ».

L'hommage rendu à Robin Smith ou à Martin Crowe à Lord's montre que la postérité sportive est précieuse. Encore faut-il l'organiser, à temps, pour que les ayants droit puissent en hériter sans frictions.

Le bon moment pour planifier sa succession

Quel que soit votre âge, faire un point sur votre situation patrimoniale et successorale permet d'éviter des complications futures. Une consultation avec un conseiller en gestion de patrimoine suffit souvent à identifier les zones à risque et à mettre en place les premiers dispositifs de protection — sans engagement particulier sur la suite.

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