Aare 2026 : la baignade rouvre à Berne, mais les risques pour la santé restent réels

Baigneur dans l'Aare à Berne en été 2026, berges de chantier et panneaux d'avertissement visibles en arrière-plan
5 min de lecture 29 juin 2026

Après des mois d'interdiction liée aux travaux de protection contre les crues et à la rénovation de la piscine du Marzili, la baignade dans l'Aare est à nouveau autorisée à Berne en ce mois de juin 2026. Mais la réouverture intervient dans un contexte particulier : canicule sur toute la Suisse, berges encore fragilisées par les chantiers, et un courant mesuré à 166 m³/s ce 29 juin selon les données de l'Office fédéral de l'environnement. Des milliers de Bernois se précipitent vers la rivière — et les médecins tirent la sonnette d'alarme.

Pourquoi l'Aare avait-elle été fermée à la baignade ?

Depuis le 22 septembre 2025, le tronçon entre Eichholz et la Dalmazibrücke — le cœur populaire de la baignade bernoise — était interdit à la natation et à la navigation. Deux chantiers simultanés expliquent cette mesure inédite : les travaux du « Gebietsschutz Quartiere an der Aare » (protection des quartiers contre les crues) et la rénovation complète de la piscine du Marzili, l'une des plus fréquentées d'Europe.

Ces travaux ont profondément modifié le lit de la rivière. Des graviers ont été extraits au niveau du Schwellenmätteli, les berges ont été renforcées et des équipements de drainage ont été posés. Résultat : même si l'interdiction formelle est levée, la structure hydraulique de l'Aare n'est pas identique à celle d'avant les travaux. Selon les hydrologues, le débit reste « instable en raison des travaux de berge en cours » (Uferarbeiten), même sans alerte de crue officielle.

Les risques sanitaires sous-estimés de la baignade post-chantier

Ce que peu de baigneurs réalisent : après des mois de travaux fluviaux, l'eau charrie davantage de sédiments fins, de particules en suspension et potentiellement de bactéries anaérobies remontées des fonds perturbés. Selon l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), la qualité bactériologique de l'eau de rivière peut se dégrader temporairement après des interventions mécaniques sur les berges, même en l'absence de pollution visible.

Les professionnels de santé identifient trois catégories de risques spécifiques à la baignade dans l'Aare post-chantier :

Otites et infections ORL. L'eau stagnant dans les zones de travaux favorise la prolifération de bactéries comme Pseudomonas aeruginosa. Une simple plongée dans une zone à sédiments perturbés peut suffire à provoquer une otite externe, surtout chez les enfants et les personnes immunodéprimées.

Gastro-entérites. L'ingestion accidentelle d'eau de rivière — fréquente lors de nages avec fort courant — expose à des infections digestives, notamment si des travaux récents ont mobilisé des boues profondes. Les symptômes (nausées, diarrhées) peuvent apparaître 24 à 72 heures après la baignade.

Leptospirose. Moins connue du grand public, cette maladie bactérienne transmise par l'urine de rongeurs peut contaminer les eaux de rivière, particulièrement après des crues ou des perturbations des berges qui déplacent la faune sauvage. Elle touche surtout les plaies cutanées en contact avec l'eau.

22,8°C : une température trompeuse

Le 29 juin 2026, les capteurs enregistrent 22,8°C dans l'Aare à Berne — une température qui incite à la baignade. Mais les médecins urgentistes rappellent un paradoxe : une eau à cette température donne une fausse impression de confort thermique, masquant le choc que provoque la plongée en eau courante.

Le courant de l'Aare, même à débit normal (166 m³/s), exige un niveau de natation confirmé. La rivière est officiellement déconseillée aux nageurs occasionnels, aux enfants non accompagnés et à toute personne présentant une condition cardiaque. En cas de pic de canicule — comme celui prévu dans toute la région DACH ce fin juin avec des records à 40°C en Autriche — de nombreuses personnes entrent dans l'eau sans préparation, après une exposition prolongée au soleil. Ce différentiel thermique brutal entre corps surchauffé et eau à 22°C peut provoquer une syncope à l'entrée dans l'eau.

Selon les statistiques de la SLRG (Société Suisse de Sauvetage), près de 40 % des noyades en Suisse surviennent en eau courante, et les rivières de montagne comme l'Aare concentrent la majorité des accidents en été.

Quand faut-il consulter un médecin après une baignade dans l'Aare ?

Un professionnel de santé recommande de consulter sans attendre dans les situations suivantes après une baignade en rivière :

  • Fièvre dans les 48 heures : peut indiquer une infection bactérienne d'origine hydrique
  • Douleurs d'oreilles persistantes : otite externe à traiter rapidement avant complication
  • Éruption cutanée ou plaies qui ne cicatrisent pas : risque de dermatite de contact ou d'infection bactérienne des berges
  • Maux d'estomac avec vomissements survenant 24 à 72h après la baignade : possible contamination gastro-intestinale
  • Douleurs musculaires intenses accompagnées de jaunisse : symptôme classique de leptospirose, à signaler d'urgence

Dans ces cas, mentionner systématiquement au médecin le lieu et la date de la baignade, ainsi que tout contact avec de l'eau trouble ou des zones de construction.

Les bons réflexes selon les spécialistes

Les médecins spécialisés en médecine environnementale et les pédiatres recommandent quelques mesures préventives simples avant de plonger dans l'Aare cet été :

  1. Consulter les données hydrologiques en temps réel sur hydrodaten.admin.ch avant de nager — un débit supérieur à 400 m³/s signale un danger accru
  2. Éviter de nager dans les 48 heures suivant une pluie : les ruissellements urbains et agricoles se déversent massivement dans la rivière
  3. Ne pas entrer dans l'eau avec des plaies ouvertes — même mineures — surtout dans les premières semaines post-chantier
  4. Utiliser uniquement les accès officiels (Marzili, Lorrainebad, Weyerli, Wylerbad) pour contrôler l'entrée et la sortie

Pour les familles avec enfants en bas âge, les risques de noyade en rivière suisse sont documentés dans un article dédié aux signes d'une immersion critique.

Si vous avez des doutes sur votre état de santé après une baignade, ou si vous souhaitez un bilan préventif avant la saison, un médecin généraliste ou un spécialiste en médecine du sport peut vous conseiller sur ExpertZoom. L'Office fédéral de la santé publique (OFSP) rappelle que les baignades en eaux libres comportent des risques spécifiques et recommande de signaler tout symptôme inhabituel à un professionnel de santé dans les 72 heures suivant la baignade. La prévention reste le meilleur rempart face aux risques invisibles des eaux post-chantier.


Cet article est à titre informatif uniquement. Il ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé qualifié. En cas de symptômes après une baignade, consultez un médecin.

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