TL;DR — Un loyer impayé engage une procédure légale strictement encadrée par la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989. La démarche suit cinq étapes : commandement de payer (délai 2 mois), saisine du juge des contentieux de la protection (JCP), jugement d'expulsion, commandement de quitter les lieux (2 mois supplémentaires), puis concours de la force publique si le locataire refuse de partir. En 2026, la durée totale oscille entre 6 et 18 mois selon le tribunal et la trêve hivernale. La Caisse d'Allocations Familiales (CAF) dispose d'outils préventifs, et une assurance Garantie de Loyers Impayés (GLI) permet au bailleur de récupérer jusqu'à 100 % des sommes perdues.
Étape 1 – Le commandement de payer : premier acte légal incontournable
Le commandement de payer est l'acte officiel qui déclenche la procédure d'expulsion. Il doit être signifié au locataire par un commissaire de justice (anciennement huissier de justice, terme remplacé depuis la réforme du 1er juillet 2022) — le bailleur ne peut pas le délivrer lui-même. Ce document enjoint le locataire de régler sa dette locative dans un délai de deux mois, conformément à l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989.
Dès le commandement signifié, le commissaire de justice notifie également le préfet et, le cas échéant, les organismes sociaux dont le locataire bénéficie (CAF, MSA). Cette notification déclenche automatiquement une phase de prévention sociale — une obligation légale depuis la loi ALUR du 24 mars 2014.
À retenir : Pendant ce délai de deux mois, le locataire peut régulariser sa situation en totalité : la procédure s'arrête alors net. S'il ne paie pas, le bailleur peut saisir le tribunal. Le commandement de payer reste valable pendant deux ans après sa signification.
La clause résolutoire : un levier souvent négligé
La grande majorité des contrats de bail contiennent une clause résolutoire (article 1225 du Code civil). Elle prévoit la résiliation automatique du bail si le locataire ne régularise pas dans le délai du commandement. Cette clause dispense le bailleur d'obtenir une résiliation judiciaire — le juge constate simplement que le bail est résilié de plein droit. Vérifiez systématiquement que votre bail comporte cette clause avant d'engager la procédure.
« La phase amiable est souvent sous-estimée par les bailleurs. Un simple contact téléphonique dans les 15 premiers jours règle fréquemment un impayé de bonne foi sans aller jusqu'au commandement de payer. » — Maître Julie Renard, avocate spécialisée en droit immobilier au Barreau de Lyon
Étape 2 – Saisir le juge des contentieux de la protection

Si le locataire ne régularise pas dans les deux mois suivant le commandement de payer, le bailleur peut saisir le juge des contentieux de la protection (JCP) au tribunal judiciaire du lieu du logement. Ce juge, compétent depuis la réforme du Code de justice civile de 2019, traite l'ensemble des litiges locatifs résidentiels.
La saisine s'effectue par une assignation en justice, rédigée avec l'aide d'un avocat ou d'un commissaire de justice. L'assignation précise les sommes dues, la nature de la faute (impayés, manquements contractuels) et demande au juge de prononcer la résiliation du bail et l'expulsion. Elle doit être signifiée au locataire au moins deux mois avant l'audience.
Ce que le juge peut décider lors de l'audience
Lors de l'audience, le juge examine les pièces des deux parties. Il dispose de plusieurs options :
- Prononcer la résiliation du bail et ordonner l'expulsion, avec ou sans délais accordés au locataire
- Accorder des délais de paiement au locataire (jusqu'à 36 mois selon l'article L314-1 du Code de la consommation) s'il présente un plan d'apurement crédible
- Rejeter la demande si le commandement de payer comporte un vice de forme ou si la dette a été partiellement réglée
Le délai entre le dépôt de l'assignation et l'audience varie selon les juridictions : 2 à 4 mois dans les grandes villes, parfois 6 mois à Paris. En 2026, des délais prolongés persistent dans plusieurs tribunaux judiciaires surchargés — Paris, Bobigny et Lyon notamment.
Délais légaux 2026 et trêve hivernale : les points de blocage
La procédure d'expulsion accumule des délais à chaque étape — et la trêve hivernale peut en doubler la durée si elle tombe au mauvais moment.
| Étape | Délai légal | Remarque |
|---|---|---|
| Commandement de payer | 2 mois | Art. 24, loi 89-462 |
| Assignation avant audience | 2 mois minimum | Délai de signification |
| Audience → jugement | 2 à 6 mois | Selon tribunal |
| Jugement → commandement de quitter | Dès signification | Avant exécution |
| Commandement de quitter → expulsion | 2 mois | Sauf trêve hivernale |
| Trêve hivernale 2026-2027 | 1er nov. – 31 mars | Art. L412-6 CPCE |
La trêve hivernale (article L412-6 du Code des procédures civiles d'exécution) suspend toute expulsion effective du 1er novembre au 31 mars. Elle n'arrête pas la procédure judiciaire elle-même — le juge peut rendre son jugement en décembre — mais elle bloque l'exécution physique de l'expulsion pendant cinq mois.
Exceptions à la trêve hivernale
Trois situations permettent d'expulser malgré la trêve :
- Le locataire occupe un logement dont il n'est pas le preneur principal (sous-location irrégulière)
- Le juge a accordé au locataire un relogement correspondant à ses besoins et ressources
- La procédure concerne un squat (local non destiné à l'habitation principale)
Un bailleur dont le locataire reçoit le commandement de quitter les lieux en octobre doit donc attendre le 1er avril 2027 au plus tôt pour procéder à l'expulsion. Ce scénario représente un coût supplémentaire de 5 à 7 mois de loyers impayés non récupérés, soit 4 000 à 7 000 € pour un loyer médian en région.
Étapes 3 et 4 – Du jugement à l'expulsion effective
Après le jugement, la procédure entre dans sa phase exécutoire, qui comporte elle-même deux étapes distinctes.
Le commandement de quitter les lieux est signifié au locataire par commissaire de justice dans les jours suivant la signification du jugement. Le locataire dispose alors de deux mois pour libérer volontairement le logement. Durant ce délai, il peut saisir le juge d'instance pour demander des délais supplémentaires — le juge peut lui accorder jusqu'à trois mois, rarement davantage.
Thomas, bailleur à Rennes, a subi cette réalité en 2025 : après 14 mois de procédure cumulée, son locataire a demandé et obtenu deux mois supplémentaires au juge, repoussant l'expulsion effective au printemps 2026 — soit un total de 16 mois d'impayés avant de récupérer le logement.
Le concours de la force publique : dernier recours
Si le locataire refuse de quitter les lieux à l'expiration du commandement, le bailleur doit adresser une réquisition de concours de la force publique au préfet du département. Le préfet statue sous deux mois. En cas d'accord, l'expulsion se déroule avec un commissaire de justice, un serrurier et des agents de police ou de gendarmerie.
Si le préfet refuse (pour des raisons d'ordre public ou de relogement insuffisant), l'État prend en charge une indemnisation du bailleur au titre de la carence de l'État — principe consacré par la jurisprudence du Conseil d'État [CE, 3 juin 1938, Sieur Lavabre]. Cette indemnisation couvre les loyers impayés liés au délai de carence préfectoral, mais la procédure de recours est longue.
Recours à la CAF : prévenir l'expulsion avant le procès

La Caisse d'Allocations Familiales (CAF) intervient comme acteur clé avant même le jugement. Deux mécanismes méritent l'attention des bailleurs.
Le tiers payant (versement direct des APL) : un locataire bénéficiaire des aides au logement (APL, ALF ou ALS) peut demander à la CAF de verser directement son aide au bailleur. Depuis la loi ALUR [2014], ce versement direct devient automatique dès que la CAF est informée d'un impayé supérieur à deux mois de loyer. En 2024, 1,7 million de locataires bénéficient du tiers payant APL [Caisse Nationale des Allocations Familiales (CNAF), 2024]. Le bailleur perçoit ainsi une partie du loyer sans attendre l'issue du procès.
Le Fonds de Solidarité pour le Logement (FSL) offre aux locataires en difficulté une aide financière directe pour résorber leur dette locative. Chaque département gère son propre FSL — les plafonds et conditions varient. Pour y accéder, le locataire contacte son service social départemental ou son Agence Départementale d'Information sur le Logement (ADIL). Les droits du locataire en 2026 en matière de maintien dans le logement sont renforcés dès lors qu'une demande FSL est en cours — le juge en tient compte dans l'appréciation des délais.
La CCAPEX (Commission de Coordination des Actions de Prévention des Expulsions locatives) doit être saisie par le bailleur ou le préfet pour tous les dossiers APL avant toute demande de concours de la force publique. La procédure complète d'expulsion est décrite sur service-public.fr. C'est une obligation légale issue de la loi ALUR. Sa mission : trouver une solution amiable avant l'expulsion forcée.
Assurance loyers impayés (GLI) : la protection du bailleur avant le conflit
La Garantie de Loyers Impayés (GLI) est l'outil préventif le plus efficace pour le bailleur. Souscrite avant la mise en location, elle couvre les impayés dès le premier mois de retard — sans attendre l'issue de la procédure judiciaire.
Ce que couvre la GLI :
- Les loyers impayés, généralement entre 70 % et 100 % selon le contrat
- Les charges impayées
- Les frais de contentieux (commissaire de justice, avocat, audience)
- Les dégradations locatives (selon les contrats haut de gamme)
La prime annuelle représente 2 à 4 % du loyer annuel charges comprises [Fédération Française de l'Assurance, 2025]. Pour un loyer de 800 € par mois, la GLI coûte entre 192 € et 384 € par an — moins cher qu'un seul mois d'impayé.
Pour être éligible à la GLI, le locataire doit généralement justifier de revenus supérieurs à 2,85 fois le montant du loyer (seuil courant appliqué par les assureurs). Cette condition est à vérifier lors de la sélection du locataire, avant même la signature du bail.
Dans le contexte de l'encadrement des loyers 2026, certains assureurs ont renforcé leurs critères dans les zones tendues, où le risque d'impayé est statistiquement plus élevé. La GLI reste cependant accessible à la grande majorité des bailleurs privés.
À retenir : La GLI ne remplace pas la procédure légale — elle la finance. L'assureur pilote souvent lui-même les étapes juridiques et avance les sommes dues au bailleur pendant le litige.
Questions fréquentes sur le loyer impayé et la procédure d'expulsion
Combien de temps dure une procédure d'expulsion en 2026 ?
La durée varie entre 6 et 18 mois dans les cas courants. Elle peut dépasser 24 mois si la trêve hivernale intervient après l'assignation ou si le locataire multiplie les recours. Les tribunaux judiciaires surchargés (Paris, Bobigny, Lyon) allongent souvent les délais d'audience de 2 à 4 mois supplémentaires par rapport à la moyenne nationale.
Un locataire peut-il être expulsé pendant la trêve hivernale 2026 ?
Non, sauf exceptions très strictes : relogement assuré correspondant aux besoins du locataire, ou occupation sans droit ni titre d'un local non destiné à l'habitation. La trêve 2026-2027 court du 1er novembre 2026 au 31 mars 2027 (article L412-6 du Code des procédures civiles d'exécution).
Que faire si le locataire reçoit des APL mais ne paie pas le loyer ?
Le bailleur doit signaler l'impayé à la CAF par courrier recommandé. La CAF active alors automatiquement le versement direct (tiers payant) dans un délai de 3 à 6 semaines. Elle peut également suspendre les APL si le locataire ne régularise pas — une pression supplémentaire pour obtenir le paiement.
La GLI couvre-t-elle aussi les frais d'avocat et de commissaire de justice ?
La majorité des contrats GLI couvrent les frais de procédure (commissaire de justice, avocat, frais d'audience) en plus des loyers impayés. Vérifiez les exclusions : certains contrats plafonnent les frais de procédure à 3 000 € ou excluent les périodes de trêve hivernale. Lisez les conditions particulières avant de souscrire.
Avertissement : Les informations présentées sur cette page sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas un conseil juridique. Consultez un avocat spécialisé en droit immobilier ou un commissaire de justice pour votre situation personnelle.

Honoré Césaire

