TL;DR : La pension de réversion de la CNAV (Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse) représente 54 % de la retraite du conjoint décédé. En 2026, trois conditions sont cumulatives pour y prétendre : être âgé d'au moins 55 ans, avoir été uni par les liens du mariage (ni PACS, ni concubinage), et respecter un plafond annuel de ressources révisé chaque 1er janvier. Le dossier commun à tous les régimes se dépose via info-retraite.fr ou directement auprès de votre caisse CNAV.
Qui peut prétendre à la pension de réversion CNAV ?
La pension de réversion du régime général est réservée aux personnes ayant été unies par les liens du mariage avec le défunt. Cette règle exclut formellement les partenaires de PACS et les concubins — même après des décennies de vie commune —, une réalité méconnue qui surprend douloureusement de nombreuses familles au moment du deuil.
Bénéficiaires éligibles :
- Le conjoint survivant marié avec le défunt au moment du décès
- L'ex-conjoint divorcé, si aucun remariage n'est intervenu depuis (ni mariage, ni PACS, ni concubinage notoire)
- En cas de plusieurs unions successives : chaque conjoint survivant éligible reçoit une part calculée au prorata de la durée de son mariage
Exclus du dispositif :
- Les partenaires de PACS, quelle que soit la durée de l'union
- Les concubins (union libre)
- Les conjoints séparés de corps mais non divorcés restent en principe éligibles
Point critique — le remariage : si le conjoint survivant se remarie, conclut un nouveau PACS ou vit en concubinage notoire après avoir obtenu sa réversion, celle-ci est définitivement supprimée, sans possibilité de rétablissement [Article R353-3 du Code de la sécurité sociale]. Cette règle s'applique même si la nouvelle union est de courte durée.
Les trois conditions cumulatives d'accès en 2026
Pour que votre dossier soit recevable, trois critères doivent être réunis simultanément. L'absence d'un seul entraîne le rejet de la demande, sans dérogation possible pour le régime général.
Condition 1 — L'âge minimum : Le conjoint survivant doit avoir au moins 55 ans à la date de dépôt de la demande. Cette exigence s'applique indépendamment de l'âge du défunt au moment du décès. Une exception rare subsiste pour les décès survenus avant le 1er juillet 2009 : aucun âge minimum n'était requis si le survivant avait des enfants à charge ou était reconnu invalide.
Condition 2 — Le mariage : L'union matrimoniale est indispensable. La durée du mariage n'est pas un critère d'éligibilité en soi : même un mariage de quelques mois ouvre le droit à la réversion, dès lors que le défunt avait cotisé au régime général. En revanche, les reconstitutions de famille hors mariage ne sont pas prises en compte.
Condition 3 — Les ressources : Les revenus personnels du demandeur ne doivent pas dépasser un plafond annuel fixé par décret et révisé chaque 1er janvier. Ce plafond, calculé sur les ressources de l'année civile précédente, fait l'objet d'une réévaluation annuelle en fonction de la revalorisation des pensions de base. Si vos ressources dépassent le plafond, la réversion n'est pas supprimée mais réduite proportionnellement — ce mécanisme de réduction partielle est souvent ignoré des demandeurs.
En 2026, la réforme des retraites suspendue n'a pas modifié les règles de la réversion du régime général : les conditions d'âge et de mariage restent inchangées.

Le plafond de ressources 2026 : montants révisés et ressources exclues
Le plafond de ressources est le critère le plus technique et le plus susceptible de faire varier votre droit. Il est recalculé chaque 1er janvier en lien avec la revalorisation des pensions de base (taux fixé par décret au Journal officiel).
Plafonds de référence (base 2025, révisés au 1er janvier 2026) :
| Situation du survivant | Plafond annuel (base 2025) | Plafond mensuel indicatif |
|---|---|---|
| Personne seule | 23 441,60 € | 1 953,47 € |
| En couple (remarié, pacsé ou en concubinage notoire) | 37 506,56 € | 3 125,55 € |
Les montants exacts pour 2026 sont publiés sur service-public.fr à compter du 1er janvier 2026. Ces valeurs augmentent chaque année en ligne avec la revalorisation des pensions.
Mécanisme crucial — l'abattement de 30 % : les revenus d'activité professionnelle (salaires, revenus d'indépendants) bénéficient d'un abattement de 30 % avant d'entrer dans le calcul. Une personne seule percevant 28 000 € brut annuels ne voit comptabiliser que 19 600 €, soit bien en dessous du plafond.
Ressources incluses et exclues du calcul :
| Ressource | Prise en compte | Exonérée |
|---|---|---|
| Revenus d'activité salariée | Oui (abattement 30 %) | — |
| Pensions de retraite personnelles | Oui | — |
| Revenus fonciers et placements | Oui | — |
| Pension de réversion elle-même | Non | ✓ |
| Allocations logement | Non | ✓ |
| Prestations compensatoires (divorce) | Non | ✓ |
| Capital décès | Non | ✓ |
À retenir : Si vos ressources dépassent le plafond, la CNAV réduit votre réversion du montant de l'excédent — elle ne la supprime pas. Un calcul précis s'impose avant de renoncer à votre demande.
Simuler et calculer le montant de votre pension de réversion
La pension de réversion CNAV est égale à 54 % de la retraite de base que le défunt percevait ou aurait perçue à taux plein, calculée sur la totalité de sa carrière au régime général.
Formule de calcul et exemples chiffrés
Montant brut de la réversion = retraite de base du défunt × 54 %
Exemple 1 — défunt retraité : votre conjoint percevait 1 600 €/mois de retraite CNAV. Votre pension de réversion = 1 600 × 54 % = 864 €/mois brut.
Exemple 2 — défunt décédé avant la retraite : la CNAV reconstitue la retraite hypothétique que le défunt aurait touchée à taux plein, en fonction de ses trimestres validés et de son salaire annuel moyen. Ce calcul est effectué d'office ; il n'y a pas à fournir les bulletins de salaire du défunt.
Majoration pour enfants : un supplément de 10 % s'applique si le bénéficiaire a élevé au moins 3 enfants ayant donné lieu à un droit à l'Assurance Vieillesse des Parents au Foyer (AVPF), sous conditions spécifiques [Article D353-7 CSS].
Partage entre plusieurs conjoints survivants
Si le défunt a été marié plusieurs fois, la pension de réversion est partagée entre les ex-conjoints éligibles selon la règle du prorata temporis :
Part de chaque conjoint = (durée de son mariage / durée totale de tous les mariages du défunt) × montant total de la réversion
Exemple : premier mariage de 15 ans, second mariage de 10 ans. La première ex-conjointe reçoit 60 % de la réversion (15/25), la seconde 40 % (10/25), à condition que chacune remplisse les conditions individuelles (âge, ressources, célibat).
Réversion CNAV et Agirc-Arrco : deux calculs distincts
La réversion CNAV couvre uniquement le régime de base des salariés du privé. La retraite complémentaire Agirc-Arrco fait l'objet d'une réversion distincte, calculée à 60 % des points du défunt, sans plafond de ressources, mais avec un âge minimum de 60 ans. Le formulaire Cerfa n° 13364*02 adresse les deux régimes simultanément via le portail info-retraite.fr.
Constituer et déposer votre dossier CNAV étape par étape
Déposer votre demande au plus tôt est une priorité : la réversion n'est versée rétroactivement que dans certaines limites, et le délai de traitement par la CNAV s'étend en moyenne de 4 à 6 mois.
Étape 1 — Rassemblez les pièces obligatoires :
- Acte de décès du conjoint
- Livret de famille complet ou acte de mariage
- Pièce d'identité en cours de validité
- RIB du compte bancaire du bénéficiaire
- Avis d'imposition des 3 dernières années (pour l'évaluation des ressources)
- Jugement de divorce et attestation de non-remariage (ex-conjoint divorcé)
Étape 2 — Complétez le formulaire Cerfa n° 13364*02 : ce formulaire unique permet de déposer simultanément la demande auprès de la CNAV et d'Agirc-Arrco. Il est téléchargeable sur service-public.fr ou disponible dans toute agence CNAV.
Étape 3 — Choisissez votre mode de dépôt :
- En ligne via info-retraite.fr (espace personnel sécurisé, accès avec FranceConnect)
- Par courrier recommandé à votre caisse régionale CNAV (Carsat en région, CNAV en Île-de-France)
- En agence sur rendez-vous dans votre centre de sécurité sociale
Étape 4 — Suivez votre dossier : votre compte sur info-retraite.fr permet de suivre l'avancement de l'instruction. En cas de pièce manquante, la CNAV vous adresse un courrier de relance ; répondez-y dans les 30 jours pour éviter un allongement du délai.
Sur la rétroactivité : contrairement à d'autres prestations sociales, la pension de réversion n'est due qu'à compter du dépôt de la demande. Une rétroactivité limitée de 12 mois peut s'appliquer dans des cas spécifiques (décès récent, ignorance du droit). Dans tous les cas, ne tardez pas à déposer votre dossier.
Conseil d'expert : « Le principal motif de rejet ou de réduction de la pension de réversion est la mauvaise évaluation des ressources prises en compte. Beaucoup de demandeurs intègrent par erreur des revenus exonérés, ou oublient de déclarer un concubinage notoire qui fait basculer leur plafond dans la tranche couple. Un bilan préalable avec un conseiller en gestion de patrimoine (CGP) permet d'anticiper ces écueils. » — Sophie Maréchal, conseillère en gestion de patrimoine à Bordeaux (25 ans d'expérience en planification retraite).

Questions fréquentes sur la pension de réversion CNAV
Puis-je cumuler ma propre retraite avec la pension de réversion ?
Oui, le cumul est possible mais soumis au plafond de ressources. La pension de réversion n'entre pas elle-même dans le calcul du plafond, mais vos autres pensions personnelles (retraite de base, retraite complémentaire) y sont intégrées. Si le total de vos ressources dépasse le plafond, la réversion est réduite proportionnellement — pas supprimée.
La pension de réversion est-elle imposable ?
Oui. Elle est imposée comme une pension de retraite ordinaire, à déclarer dans la case appropriée de votre déclaration de revenus (catégorie pensions et rentes). Une déduction forfaitaire de 10 % s'applique dans la limite des plafonds légaux.
Si mes revenus baissent après l'attribution de la réversion, mon montant est-il réévalué ?
Oui. La CNAV procède chaque année à une révision des ressources déclarées. Une baisse significative de vos revenus (perte d'emploi, fin d'une pension alimentaire) peut abaisser votre total en dessous du plafond et entraîner une augmentation — voire un rétablissement complet — de votre pension de réversion.
Un partenaire de PACS peut-il bénéficier de la réversion CNAV ?
Non. Le régime général (CNAV) ne reconnaît pas le PACS comme ouvrant droit à la réversion, contrairement à certains régimes spéciaux de la fonction publique. Cette exclusion est explicitement prévue par l'article L353-1 du Code de la sécurité sociale et n'a pas été modifiée par les réformes de 2024-2026.
Quelle est la différence entre la réversion CNAV et la réversion Agirc-Arrco ?
Ces deux pensions couvrent des régimes distincts. La réversion CNAV couvre la retraite de base (54 %, plafond de ressources, âge 55 ans). La réversion Agirc-Arrco couvre la retraite complémentaire (60 % des points, pas de plafond de ressources, âge minimum 60 ans). Si votre conjoint décédé cotisait aux deux régimes, vous percevrez les deux réversions distinctes. Le formulaire Cerfa 13364*02 les déclenche simultanément.
Avertissement : Les informations présentes sur cette page sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas un conseil financier ou juridique. Consultez un conseiller en gestion de patrimoine ou un conseiller retraite CNAV agréé pour votre situation personnelle.

Véronique Cezanne

