Entrepreneur signant un accord de cession d'entreprise entouré de ses conseils dans un cabinet parisien

Apport-cession 2026 : ce qui reste légal après la réforme de la LFI

Bernard Bernard LapierreGestion de Patrimoine
8 min de lecture 12 mai 2026

L'apport-cession n'est pas mort — mais il est désormais sous surveillance. La Loi de Finances 2026 n'a pas supprimé ce dispositif fiscal favori des entrepreneurs cédants, contrairement à ce que certains commentaires alarmistes ont pu laisser entendre. Elle l'a encadré plus strictement. Voici ce qui change, ce qui reste légal, et comment distinguer le montage acceptable du montage exposé à un redressement.

Apport-cession avant et après la LFI 2026 : les 3 changements structurels

L'apport-cession est régi par l'article 150-0 B ter du Code général des impôts (CGI). Ce mécanisme permet à un entrepreneur de transmettre ses titres d'entreprise à une holding qu'il contrôle, puis de vendre ces titres via la holding, en reportant l'imposition de la plus-value à une date ultérieure. Trois modifications importantes sont introduites par la LFI 2026 :

Changement 1 — Le délai de conservation passe de 2 à 3 ans. Avant la LFI 2026, la holding devait conserver les titres reçus pendant au moins 2 ans avant de les céder sans remettre en cause le report. La LFI 2026 allonge ce délai à 3 ans. Cela signifie qu'un apport réalisé en 2026 ne permettra une cession via la holding qu'en 2029 minimum.

Changement 2 — Le délai de réinvestissement est raccourci. Les produits issus de la cession par la holding doivent être réinvestis dans des actifs éligibles. Ce délai de réinvestissement est ramené de 24 à 18 mois par la LFI 2026. Un délai plus court pour réinvestir une somme plus importante impose une préparation plus rigoureuse en amont.

Changement 3 — La qualification d'abus de droit est renforcée. L'article L. 64 du Livre des procédures fiscales (LPF), qui définit l'abus de droit, est complété pour viser explicitement les montages d'apport-cession dépourvus de substance économique réelle. Les holdings créées uniquement pour différer l'impôt, sans réinvestissement effectif et sans activité propre, entrent désormais dans la définition légale de l'abus de droit.

3 ans
Délai de conservation minimal des titres apportés (avant : 2 ans)
LFI 2026, art. 150-0 B ter CGI modifié
18 mois
Délai maximal pour réinvestir les produits de cession (avant : 24 mois)
LFI 2026, art. 150-0 B ter CGI modifié
60 %
Part minimale des produits de cession à réinvestir (inchangé)
CGI, art. 150-0 B ter

Face aux annonces, il est important de recadrer ce qui reste intact. La LFI 2026 n'a pas modifié les éléments fondamentaux du dispositif :

  • L'obligation de réinvestissement de 60 % : la holding doit toujours réinvestir au moins 60 % des produits de cession dans des actifs éligibles. Ce taux reste inchangé.
  • Les actifs éligibles au réinvestissement : participations dans des PME éligibles au sens de la directive européenne 2009/98/CE, souscription au capital de PME, FCPR, FCPI éligibles, fonds professionnels de capital investissement (FPCI). La liste n'a pas été réduite.
  • L'exonération totale de la plus-value en cas de donation : si l'entrepreneur transmet ses titres apportés à la holding à ses héritiers (donation en nue-propriété ou en pleine propriété), la plus-value en report est purgée fiscalement. Ce mécanisme de purge par donation reste intact, ce qui le rend encore plus stratégique.
  • Le report d'imposition indéfini : tant que la holding conserve les titres apportés et respecte les conditions de réinvestissement, la plus-value reste en report. Il n'y a pas de durée maximale de report introduite par la LFI 2026.

« Ce que la LFI 2026 vise, c'est l'apport-cession "boîte aux lettres" — la holding qui encaisse la cession, conserve les liquidités sur un compte courant sans rien réinvestir, et attend que l'actionnaire oublie la plus-value en report. Ces montages étaient déjà fragiles juridiquement. La loi les rend maintenant inattaquables par l'administration : ce sont des abus de droit caractérisés. »
— Maître Bernard Leclercq, avocat associé en droit fiscal des entreprises, Barreau de Paris (avril 2026)

Entrepreneur français signant des documents de cession en présence de ses conseils (avocat, expert-comptable, notaire) dans une salle de réunion à Paris

Les montages qui restent légaux après la LFI 2026

Tous les apport-cession ne sont pas visés. Le dispositif reste parfaitement légal dans les configurations suivantes :

Apport-cession avec projet de réinvestissement identifié à l'avance. Un entrepreneur qui apporte ses titres à une holding en 2026, avec un projet de prise de participation dans une PME du même secteur déjà identifiée, et qui matérialise ce réinvestissement dans les 18 mois suivant la cession, respecte intégralement les nouvelles règles. La holding doit toutefois conserver les titres apportés 3 ans avant la cession.

Stratégie d'apport-cession combinée à la transmission en nue-propriété. Un entrepreneur âgé de 55 à 65 ans peut apporter ses titres à une holding, puis céder ces titres via la holding (après 3 ans de conservation), et parallèlement commencer à transmettre les parts de la holding à ses enfants en nue-propriété. À son décès, la plus-value en report est purgée. Ce schéma, cohérent économiquement, n'est pas visé par la qualification d'abus de droit.

Apport suivi d'un réinvestissement dans une holding de filiales actives. Si la holding réinvestit les produits de cession dans une autre société opérationnelle qu'elle contrôle et qu'elle anime activement, elle remplit les conditions de réinvestissement en actifs éligibles tout en consolidant un groupe opérationnel. L'administration fiscale a toléré — et continue de tolérer — ce type de réorganisation intragroupe.

Les montages exposés à la requalification en abus de droit

La LFI 2026 fragilise durablement plusieurs pratiques qui s'étaient développées en zone grise :

Le schéma "liquidités dormantes" : apport des titres à une holding, cession rapide (avant 3 ans — mais des opérations antérieures à 2026 avec un délai de 2 ans existant pourraient être contrôlées sous le nouveau prisme d'abus de droit), maintien des liquidités en compte courant sans réinvestissement. Ce schéma est désormais explicitement dans le viseur.

L'apport suivi d'une "cession immédiate" à un tiers acquéreur. Si le protocole de cession est signé avant l'apport ou simultanément, l'administration requalifie l'opération en cession directe. La LFI 2026 renforce les moyens de preuve de cette simultanéité.

Le réinvestissement fictif dans des fonds sans substance. Certaines structures s'étaient organisées pour comptabiliser des réinvestissements dans des FCPR ou FCPI dont les actifs sous-jacents étaient en réalité des liquidités sans investissement économique réel. L'administration fiscale, appuyée par la jurisprudence récente du Conseil d'État (CE, 8 octobre 2024, n° 468059), dispose désormais d'un cadre légal clair pour les requalifier.

Pour préparer une transmission patrimoniale globale, consulter également notre analyse : Succession et testament : pourquoi anticiper avec un notaire.

Scénario comparatif : cession directe vs apport-cession après LFI 2026

L'apport-cession garde un avantage fiscal considérable par rapport à la cession directe, même après la LFI 2026. Le tableau suivant illustre la différence pour un entrepreneur cédant une PME valorisée à 2 millions d'euros avec un prix de revient des titres de 100 000 € (plus-value de 1 900 000 €) :

Scénario Impôt immédiat Disponible pour réinvestir Avantage
Cession directe 577 500 € (PFU 30,5 %) 1 322 500 €
Apport-cession 0 € (report d'imposition) 2 000 000 € +677 500 € immédiatement disponibles
Apport-cession + donation aux héritiers 0 € (purge à la donation) 2 000 000 € Purge totale si transmission réussie

Calcul basé sur une plus-value de 1 900 000 €, PFU 30,5 %, sans abattement (titres acquis après 2018)

L'avantage de trésorerie est de 677 500 € en faveur de l'apport-cession. Même si la plus-value finit par être imposée lors d'une cession ultérieure des parts de la holding, le report d'imposition permet de réinvestir l'intégralité des produits de cession et de capitaliser sur un montant plus élevé pendant plusieurs années.

Le coût des 3 ans de conservation supplémentaires (par rapport au délai de 2 ans antérieur) est réel mais limité : pour un entrepreneur dont la cession était prévue dans les 2 ans suivant l'apport, il faudra soit attendre une année supplémentaire, soit reconsidérer l'architecture du montage. Pour les entrepreneurs dont l'horizon de cession est à 3 ans ou plus, la LFI 2026 n'a aucun impact opérationnel.

Que faire si vous avez réalisé un apport avant 2026 ?

Les apports réalisés avant l'entrée en vigueur de la LFI 2026 restent soumis aux règles en vigueur au moment de l'opération pour les conditions déjà réunies — notamment le délai de conservation de 2 ans. La LFI 2026 n'est pas rétroactive sur le délai de conservation. En revanche, la qualification d'abus de droit renforcée peut s'appliquer à des opérations passées si l'administration les contrôle en 2026 ou ultérieurement sous l'angle de l'article L. 64 du LPF.

Pour les entrepreneurs dont les titres apportés à une holding sont aujourd'hui détenus depuis plus de 2 ans (délai ancienne règle) mais moins de 3 ans, la cession via la holding reste possible — le nouveau délai de 3 ans s'applique aux apports réalisés à compter du 1er janvier 2026, pas aux apports antérieurs. En revanche, l'obligation de réinvestissement (60 %, dans les 24 mois ancienne règle) continue de s'appliquer pour les cessions intervenant sur des apports réalisés avant 2026. Un point de vigilance : si votre holding n'a pas encore effectué son réinvestissement, la fenêtre de 24 mois court toujours selon l'ancienne règle.

Comment sécuriser un apport-cession conforme aux nouvelles règles ?

La conformité repose sur trois piliers documentaires, à constituer dès le début de l'opération :

Documentation 1 — Preuve de l'absence de projet de cession au moment de l'apport. L'absence de protocole ou de lettre d'intention signée au moment de l'apport est essentielle. Conserver une trace datée de la chronologie des négociations.

Documentation 2 — Plan de réinvestissement formalisé. Préparer, avant la cession via la holding, un plan de réinvestissement identifiant les cibles ou véhicules d'investissement envisagés, avec une allocation du budget par type d'actif. Ce document, conservé dans les archives de la holding, constitue la preuve de l'intention économique réelle.

Documentation 3 — Suivi du réinvestissement dans les 18 mois. Tenir un registre précis des investissements réalisés, avec les dates, les montants et la nature des actifs éligibles. À l'issue des 18 mois, ce registre doit démontrer que 60 % ou plus des produits de cession ont été réinvestis.

Pour le contexte complet des réformes fiscales 2026, consultez le dossier Loi de Finances 2026 et patrimoine.

Avertissement : Les informations présentes sur cette page sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas un conseil fiscal. L'apport-cession est un dispositif complexe qui requiert l'accompagnement d'un avocat fiscaliste spécialisé. Consultez un professionnel avant toute opération.

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