Truth Social, le réseau social fondé par Donald Trump, s'est imposé au cœur des tensions numériques entre les États-Unis et l'Europe en 2026. En janvier 2026, Trump a publié sur sa propre plateforme des menaces de représailles tarifaires contre les pays qui appliquent la réglementation numérique européenne — visant directement le Digital Services Act (DSA). Pour les utilisateurs français qui accèdent à cette plateforme américaine, la question est concrète : vos données personnelles sont-elles vraiment protégées par le RGPD ?
Truth Social en Europe : un accès mondial mais une présence juridique floue
Truth Social est accessible depuis la France via le web et l'application mobile. Pourtant, la plateforme se heurte à des obstacles juridiques considérables pour opérer formellement en Europe. Un problème de marque déposée est apparu dès l'annonce du lancement : le nom "Truth Social" a été enregistré comme marque commerciale en Europe dans la semaine suivant l'annonce, ce qui compromet son expansion officielle sur le Vieux Continent.
Sur le plan réglementaire, la Commission européenne a publié en février 2026 un bilan des deux premières années du DSA, soulignant l'élargissement des contrôles de conformité. Le DSA impose des obligations strictes de transparence, de modération des contenus et de protection des mineurs à toutes les plateformes actives en Europe — y compris celles dont le siège social est aux États-Unis.
Ce que les conditions d'utilisation de Truth Social prévoient pour les Européens
Lorsqu'un utilisateur basé en France s'inscrit sur Truth Social, la plateforme lui présente une demande de consentement explicite au transfert de ses données personnelles vers les États-Unis à des fins de traitement. Truth Social se déclare "Responsable du traitement" au sens du RGPD, ce qui implique des obligations spécifiques.
Ce mécanisme de consentement est conforme en apparence, mais soulève des questions pratiques importantes : comment exercer ses droits ? Vers qui se retourner en cas de violation ? La réponse n'est pas triviale quand la société mère est établie outre-Atlantique.
La CNIL rappelle que tout utilisateur européen conserve ses droits RGPD, même lorsqu'il utilise une plateforme américaine — à condition que celle-ci collecte des données de résidents de l'UE.
Vos 4 droits RGPD face à Truth Social
En tant qu'utilisateur français, le RGPD vous garantit quatre droits fondamentaux, applicables en principe à Truth Social :
1. Le droit d'accès. Vous pouvez demander à consulter l'ensemble des données personnelles que Truth Social détient sur vous. La plateforme dispose alors d'un délai d'un mois pour répondre.
2. Le droit à l'effacement (« droit à l'oubli »). Si vous supprimez votre compte, vous pouvez demander la suppression totale de vos données. Ce droit n'est pas absolu — il peut être limité par des obligations légales — mais il s'applique aux données non nécessaires.
3. Le droit à la portabilité. Vous pouvez demander à récupérer vos données dans un format lisible pour les transférer vers un autre service.
4. Le droit d'opposition. Vous pouvez vous opposer à certains traitements de vos données, notamment à des fins de profilage publicitaire.
DSA : les tensions entre Trump et Bruxelles concernent aussi les utilisateurs français
En 2026, Trump a explicitement ciblé le DSA dans ses menaces tarifaires, qualifiant la réglementation numérique européenne de discrimination à l'égard des entreprises américaines. Cette posture politique a des conséquences concrètes sur l'application du droit pour les utilisateurs européens : si une plateforme américaine refuse de se conformer aux injonctions des régulateurs européens, les recours effectifs deviennent difficiles.
Un avocat spécialisé en droit du numérique ou en droit des données personnelles peut vous aider à identifier les voies de recours disponibles — depuis la plainte auprès de la CNIL jusqu'au recours juridictionnel — si vous estimez que vos droits n'ont pas été respectés.
Pour en savoir plus sur les implications juridiques des grandes affaires numériques, consultez notre analyse de l'affaire Thierry Breton et les sanctions américaines contre le DSA.
Que faire si vous pensez que vos données ont été mal traitées ?
Si vous utilisez Truth Social depuis la France et que vous estimez que vos droits RGPD n'ont pas été respectés, voici la marche à suivre selon les experts en droit du numérique.
Étape 1 : exercer vos droits directement. Commencez par envoyer une demande d'accès ou d'effacement directement à la plateforme. Truth Social doit vous répondre dans un délai d'un mois. En l'absence de réponse ou en cas de réponse insatisfaisante, passez à l'étape suivante.
Étape 2 : saisir la CNIL. La Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés est l'autorité française compétente pour traiter les plaintes relatives aux violations du RGPD. Elle peut ouvrir une enquête et, si nécessaire, coopérer avec ses homologues européens via le mécanisme de guichet unique du RGPD.
Étape 3 : consulter un avocat spécialisé. Pour des cas impliquant des préjudices importants — usurpation d'identité, utilisation commerciale non consentie de vos données, diffusion d'informations confidentielles — un avocat en droit du numérique peut évaluer l'opportunité d'une action en justice, notamment une action de groupe.
L'enjeu pour les entreprises françaises présentes sur Truth Social
Les questions de conformité RGPD ne concernent pas seulement les particuliers. Si votre entreprise dispose d'un compte professionnel sur Truth Social et y collecte des données d'utilisateurs européens (via des formulaires, des interactions, des liens vers votre site), vous pouvez vous exposer à une responsabilité partagée avec la plateforme.
Un expert en informatique ou un avocat en droit des technologies peut auditer votre utilisation des réseaux sociaux américains pour identifier d'éventuels risques de non-conformité. ExpertZoom vous met en relation avec des spécialistes de ces domaines qui connaissent les implications du DSA et du RGPD pour les entreprises françaises.
Cet article a une portée informative générale. Il ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique, consultez un avocat qualifié ou contactez la CNIL.
