Le 31 mars 2026, Emmanuel Macron entame une visite officielle au Japon. Parmi les priorités diplomatiques de ce déplacement : l'affaire Tiphaine Véron, une Française disparue à Nikkō le 29 juillet 2018, dont la famille attend depuis huit ans qu'une enquête criminelle soit enfin ouverte par les autorités japonaises. Ce dossier douloureux pose une question que des dizaines de familles françaises se posent chaque année : que peut-on faire, concrètement, quand un proche disparaît à l'étranger ?
L'affaire Tiphaine Véron : huit ans sans réponse
Tiphaine Véron, assistante auprès d'élèves en situation de handicap à Poitiers, avait 36 ans lorsqu'elle a disparu dans la ville touristique de Nikkō, à 150 km au nord de Tokyo. Elle voyageait seule, avait laissé tous ses effets personnels dans sa chambre d'hôtel, et son téléphone a cessé d'émettre à 11h le matin de sa disparition.
Malgré huit ans de démarches, aucune enquête criminelle n'a été ouverte au Japon. Les autorités locales ont privilégié la thèse de l'accident. En France, le pôle cold case du tribunal de Nanterre a ouvert une instruction en janvier 2023 pour « enlèvement et séquestration ». Une analyse de géolocalisation récente démontre que Tiphaine n'a pas quitté l'hôtel par la porte principale — contrairement aux affirmations du gérant.
La famille a été reçue à l'Élysée en mars 2026. Macron, lors de son déplacement à Tokyo, a demandé aux autorités japonaises que la police nationale — et non les seuls enquêteurs locaux — reprenne le dossier.
Ce que la loi française prévoit pour les proches de personnes disparues
En France, déclarer la disparition d'un adulte à l'étranger est une démarche qui mobilise plusieurs acteurs. Voici les étapes clés reconnues par service-public.fr :
1. Contacter l'ambassade ou le consulat français dans le pays concerné. Les services consulaires peuvent enclencher des démarches auprès des autorités locales, même si le pays tiers n'est pas tenu de les accepter.
2. Signaler la disparition en France, auprès d'un commissariat ou d'une gendarmerie. Les proches (conjoint, parents, frères et sœurs, employeur) peuvent exiger l'ouverture d'une « enquête de disparition inquiétante ».
3. Saisir le ministère des Affaires étrangères via le formulaire dédié aux Français disparus à l'étranger. La cellule de crise consulaire peut intervenir en cas de circonstances graves.
4. Faire appel à la Croix-Rouge française, qui dispose d'un service gratuit et confidentiel de recherche de proches, indépendant des procédures judiciaires.
Quand et comment intervient un avocat ?
Face à une disparition à l'étranger, l'intervention d'un avocat peut devenir indispensable à plusieurs stades.
Pour contraindre les autorités étrangères à agir, un avocat spécialisé en droit international peut engager des recours diplomatiques et rédiger des demandes d'entraide judiciaire internationale (convention de La Haye, accords bilatéraux).
Pour protéger les intérêts patrimoniaux de la personne disparue. En droit civil français, une procédure de « présomption d'absence » peut être introduite devant le juge de la protection (ex-juge des tutelles) six mois après la disparition. Elle permet à un proche désigné de gérer temporairement les biens de l'absent — payer un loyer, percevoir des revenus, éviter la déchéance de droits.
Pour engager la responsabilité de tiers, si des négligences ou des actes délictueux sont suspectés. Dans l'affaire Véron, la famille a notamment demandé la mise en examen du gérant de l'hôtel pour contradiction avec les éléments de géolocalisation.
Pour accompagner la famille médiatiquement et juridiquement sur la durée. Les affaires de disparition à l'étranger peuvent s'étendre sur des années. Un avocat garantit la cohérence de la stratégie juridique et évite des déclarations publiques pouvant fragiliser la procédure.
Le cadre légal de la disparition d'adulte en France
Contrairement aux idées reçues, la police française n'attend aucun délai avant d'ouvrir une enquête pour disparition d'adulte dans des circonstances inquiétantes. Le critère n'est pas la durée, mais les circonstances : rupture soudaine avec les habitudes, contexte de vulnérabilité, indices laissant craindre un acte délictueux.
Sur le plan civil, le Code civil prévoit deux régimes distincts :
- La présomption d'absence (article 112 CC) : au bout de six mois sans nouvelles, le juge peut constater l'absence et nommer un représentant
- La déclaration d'absence (article 122 CC) : après dix ans de présomption d'absence, la personne peut être juridiquement déclarée absente — avec des effets proches du décès sur le plan successoral
Ces procédures, peu connues, sont pourtant cruciales pour éviter que la disparition d'un proche ne se double d'un désastre administratif et patrimonial.
Que faire dès les premières heures ?
L'expérience de la famille Véron — et de nombreuses autres familles confrontées à des disparitions à l'étranger — montre qu'agir vite et de façon coordonnée est déterminant. Les premières 48 à 72 heures sont souvent cruciales pour la collecte de preuves (enregistrements vidéo, données téléphoniques, témoignages).
Contacter simultanément le consulat français, les autorités locales du pays concerné et un avocat spécialisé en droit international n'est pas une démarche excessive : c'est le seul moyen d'ouvrir plusieurs fronts à la fois et de ne pas dépendre d'un seul interlocuteur potentiellement peu coopératif.
L'affaire Tiphaine Véron rappelle avec acuité que, dans ces situations, les familles ne doivent pas rester seules face à l'opacité des systèmes juridiques étrangers.
