La Commission européenne a officiellement lancé le 26 mars 2026 une enquête formelle contre Snapchat pour violation des règles de protection des mineurs prévues par le Digital Services Act (DSA). Avec 27 millions d'utilisateurs actifs mensuels en France — son plus grand marché dans l'Union européenne — cette procédure concerne directement des millions de familles françaises.
Ce que l'enquête reproche à Snapchat
Selon la Commission européenne, l'enquête porte sur cinq manquements identifiés. Le premier est le système de vérification d'âge : Snapchat repose uniquement sur la déclaration volontaire de l'utilisateur, considérée comme "l'une des plus faibles du marché". Un mineur peut prétendre avoir 18 ans sans aucune vérification réelle. Aucune preuve d'identité n'est demandée.
Deuxièmement, les paramètres de compte par défaut exposent les mineurs. La fonction "Find Friends" recommande automatiquement des utilisateurs inconnus sans que l'enfant ait à valider quoi que ce soit. Les notifications push sont activées d'office, multipliant les sollicitations.
Troisièmement, la plateforme a été identifiée comme un vecteur de recrutement pour des activités criminelles ciblant des mineurs — notamment le trafic de drogue et de vapes. Quatrièmement, les systèmes de signalement de contenus illicites sont jugés inadaptés. Enfin, lors de la création du compte, les jeunes utilisateurs ne reçoivent pas de guidance suffisante sur les paramètres de confidentialité.
Si les manquements sont confirmés, Snap Inc. risque une amende pouvant atteindre 6 % de son chiffre d'affaires mondial annuel.
La vérification d'âge européenne arrive : une nouvelle ère de protection
Parallèlement à l'enquête sur Snapchat, la Commission européenne a annoncé le 15 avril 2026 que son système européen de vérification d'âge est "techniquement prêt" à être déployé. Cette technologie repose sur le principe du "zero-knowledge proof" : l'utilisateur prouve qu'il a l'âge requis sans transmettre ses données personnelles à la plateforme. Aucun nom, aucun numéro d'identité n'est communiqué à l'application.
Cette avancée majeure répond directement aux lacunes identifiées chez Snapchat. Elle devrait contraindre l'ensemble des plateformes numériques à mettre à niveau leur vérification d'âge dans les mois à venir.
Ce que les parents peuvent faire dès maintenant
En attendant l'application des nouvelles règles européennes, les parents ont plusieurs outils à leur disposition. La CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés) recommande de vérifier les paramètres de confidentialité du compte Snapchat de son enfant et de désactiver manuellement la géolocalisation, les recommandations automatiques d'amis et les notifications push.
Sur Snapchat, il est possible d'activer le "mode fantôme" pour masquer la position géographique, et de passer le profil en mode "Mes amis" uniquement pour limiter les contacts non désirés. Ces modifications prennent moins de cinq minutes mais réduisent considérablement l'exposition.
Si votre enfant a reçu des messages inappropriés ou a été contacté par un inconnu via la plateforme, le signalement auprès de la plateforme et de la gendarmerie nationale (formulaire Pharos) est la première étape. La CNIL propose également un formulaire de plainte en cas d'utilisation abusive des données personnelles.
Quand consulter un expert en droit du numérique ou en cybersécurité ?
Les situations impliquant des mineurs sur les réseaux sociaux peuvent devenir complexes rapidement. Un avocat spécialisé en droit du numérique peut intervenir dans plusieurs cas concrets : harcèlement en ligne, diffusion non consentie d'images (revenge porn ou "sextorsion"), usurpation d'identité numérique, ou collecte illégale de données personnelles d'un mineur par une application.
De même, un expert en cybersécurité peut auditer la présence numérique d'un enfant et identifier les fuites d'informations sans que la famille ait à analyser elle-même des paramètres techniques complexes.
L'enquête européenne sur Snapchat rappelle que la protection des mineurs en ligne n'est pas qu'une question d'éducation familiale : c'est aussi un enjeu légal et technique. Les plateformes ont des obligations — et les parents ont des droits à faire valoir.
Données personnelles : ce que Snapchat collecte sur votre enfant
Peu de parents savent ce que Snapchat stocke réellement. Selon les conditions d'utilisation en vigueur en 2026, la plateforme collecte : la localisation précise si celle-ci est activée, les contacts du téléphone de l'utilisateur, les centres d'intérêt déduits des interactions, l'historique des recherches Snap Map, et les métadonnées des "Snaps" envoyés (heure, fréquence, appareil).
Ces données alimentent un profil publicitaire même pour les comptes "mineurs" auto-déclarés — ce qui est précisément au cœur de l'enquête de la Commission. Si votre enfant a créé son compte avant 15 ans (l'âge minimum légal en France depuis la loi de 2020 sur l'espace numérique), ses données ont potentiellement été collectées sans consentement parental valide.
Dans ce cas, vous pouvez exercer un droit d'effacement au nom de votre enfant mineur en adressant une demande directement à Snap Inc. via leur formulaire dédié. En cas de non-réponse dans un délai d'un mois, la CNIL peut être saisie d'une plainte.
Responsabilité des plateformes : où en est la France ?
La France a anticipé une partie des obligations européennes avec la loi SREN (Sécuriser et Réguler l'Espace Numérique), promulguée en 2024. Elle impose aux plateformes une "déclaration de majorité" pour l'inscription des mineurs et ouvre la voie à une certification de solution de vérification d'âge agréée par l'ARCOM (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique).
Le déploiement concret de ces mesures en 2025-2026 reste partiel : l'ARCOM n'a certifié qu'un nombre limité de solutions, et les grandes plateformes n'ont pas toutes mis en conformité leurs processus d'inscription. L'enquête européenne sur Snapchat s'inscrit dans ce contexte de pression réglementaire croissante — et les sanctions pourraient forcer une accélération.
Pour approfondir les enjeux de sécurité numérique pour les mineurs, retrouvez notre article sur les nouvelles obligations des réseaux sociaux pour protéger les enfants.
Pour consulter la décision officielle de la Commission européenne sur l'enquête Snapchat, voir le communiqué de la direction générale pour la société numérique.
