Le 19 juin 2026, Neil El Aynaoui a confirmé son statut de révélation marocaine face à l'Écosse (1-0), quelques jours après une prestation pleine contre le Brésil (1-1). Milieu de terrain de l'AS Roma, fils du légendaire tennisman Younès El Aynaoui, le jeune joueur de 24 ans illumine le Mondial 2026. Mais derrière ses performances se cache une décision qui engage sa vie entière : avoir choisi de défendre les couleurs du Maroc plutôt que celles de la France.
Cette situation, des dizaines de joueurs franco-marocains, franco-algériens ou franco-sénégalais la vivent chaque saison. Et contrairement à ce que l'on pourrait croire, il ne s'agit pas d'un simple choix du cœur : les règles FIFA encadrant la double nationalité en font une décision juridique aux conséquences définitives.
Neil El Aynaoui, entre deux pays, un seul maillot
Né en France, formé à l'AS Nancy puis révélé à Lens avant de rejoindre l'AS Roma à l'été 2025, Neil El Aynaoui est l'une des pépites du football hexagonal… qu'il a choisi de ne pas défendre. Éligible aux Bleus grâce à sa nationalité française, il a été courtisé pendant plus d'un an par la Fédération Royale Marocaine de Football, qui a finalement convaincu le milieu de 24 ans d'opter pour les Lions de l'Atlas.
Le résultat est là : meilleur milieu et révélation de la CAN 2025, titulaire indiscutable au Mondial 2026, il a joué 90 minutes contre le Brésil le 12 juin avant de contribuer à la victoire 1-0 sur l'Écosse le 19 juin. Le Maroc, qui a aligné pas moins de 11 joueurs nés à l'étranger face au Brésil — une première dans son histoire — incarne la mondialisation du football à son paroxysme.
Mais ce que le grand public ignore souvent, c'est qu'une fois ce choix fait, il est quasi irréversible. Et c'est là qu'intervient un vrai enjeu juridique pour les milliers de familles binationales en France.
Les règles FIFA sur la double nationalité
L'article 9 du Règlement de la FIFA sur le Statut et le Transfert des Joueurs encadre strictement la question de l'éligibilité internationale. Plusieurs conditions doivent être réunies pour qu'un footballeur puisse représenter une sélection nationale.
Pour être éligible à un pays, il faut :
- Posséder la nationalité de ce pays ; ou
- Être né sur son territoire ; ou
- Avoir un parent ou grand-parent né dans ce pays ; ou
- Avoir résidé dans ce pays pendant au moins cinq ans consécutifs après l'âge de 18 ans
Neil El Aynaoui remplit deux critères vis-à-vis du Maroc : il possède la nationalité marocaine et son père, Younès El Aynaoui, est né au Maroc. La porte était ouverte des deux côtés de la Méditerranée. Il a simplement choisi son camp.
Peut-on changer de sélection après coup ?
La réforme FIFA du 18 septembre 2020, adoptée lors du 70e Congrès de l'organisation, a assoupli les possibilités de changement d'allégeance sportive. Depuis lors, un joueur peut demander une modification de fédération une seule fois dans sa carrière, sous conditions strictes :
- Il n'a participé à aucune compétition officielle avec sa première sélection en catégorie A (senior)
- Il a joué au maximum trois matchs officiels avec cette première sélection, mais uniquement en catégories de jeunes (U17, U20, U23), avant l'âge de 21 ans
- Ces matchs remontent à au moins trois ans
Si ces conditions sont toutes remplies, le joueur peut déposer une demande auprès du Comité du Statut du Joueur de la FIFA. Celle-ci est examinée au cas par cas — il ne s'agit pas d'un droit automatique.
Conséquence directe : une fois qu'un joueur a disputé un match officiel senior avec une sélection nationale, il lui est lié pour toujours — sauf situation humanitaire exceptionnelle ou nationalité acquise par naturalisation dans des délais très précis.
Ce que les familles binationales ignorent
Pour des joueurs comme Neil El Aynaoui, le choix peut sembler évident sur le plan émotionnel. Mais ses implications juridiques sont souvent sous-estimées par les familles.
Ce que les athlètes — et leurs parents — ignorent souvent :
- Un seul match amical en catégorie A avec la France les aurait rendus définitivement inéligibles au Maroc
- Une simple invitation à un stage de préparation ne crée pas de lien d'allégeance, mais un match officiel si — même s'il dure seulement quelques minutes
- Les matchs de qualification (Ligue des Nations, éliminatoires Coupe du Monde) sont tous considérés comme "officiels" et déclenchent le lien d'allégeance dès le coup de sifflet
- Signer un formulaire d'engagement avec une fédération sans en comprendre les conséquences peut fermer définitivement des portes
Pour les jeunes joueurs binationaux convoqués dans les équipes de France Espoirs ou de France U20, chaque décision prise avant 21 ans peut conditionner toute leur carrière internationale.
Quand consulter un avocat spécialisé en droit sportif
Si votre enfant ou vous-même vous trouvez dans la situation de Neil El Aynaoui — double nationalité, convocations concurrentes de plusieurs fédérations, incertitude sur l'éligibilité — voici les moments clés où l'accompagnement d'un avocat spécialisé en droit sportif s'impose :
- Avant tout match officiel : même une minute sur le terrain en compétition officielle peut créer un lien irréversible
- Avant de signer un document fédéral : certains engagements précontractuels impliquent une allégeance
- En cas de désaccord entre fédérations : quand deux pays se disputent un joueur, le Comité du Statut du Joueur FIFA tranche — mais le joueur doit être correctement représenté
- Pour protéger un mineur : les parents de jeunes joueurs binationaux doivent connaître les règles avant toute sélection en équipe nationale de jeunes
Selon le service-public.fr, la double nationalité en France est légalement reconnue et n'implique aucune obligation de renoncer à l'une des deux nationalités. Mais dans le domaine sportif, la FIFA impose ses propres règles qui divergent du droit civil français. C'est précisément cette discordance qui crée des zones de risque juridique pour les familles concernées.
Un avocat en droit sportif peut analyser la situation d'un joueur, interpréter son historique de sélections, et conseiller sur la meilleure stratégie avant que toute décision ne soit prise.
L'héritage Younès, la carrière de Neil
Fils d'une légende du tennis marocain — Younès El Aynaoui a atteint le 14e rang mondial et marqué des générations de fans des deux côtés de la Méditerranée —, Neil a grandi dans une famille où l'excellence sportive est une évidence. Sa décision de représenter le Maroc ressemble à celle de nombreux fils de la diaspora marocaine établie en France : une façon de revendiquer des racines tout en construisant une carrière au sommet.
Au Mondial 2026, il prouve que ce choix, au-delà du symbole, était aussi le bon sur le plan sportif. Mais son histoire rappelle à des milliers de familles franco-marocaines qu'avant le romantisme du double maillot, les règles FIFA méritent une consultation juridique sérieuse.
Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Pour toute question relative à votre éligibilité sportive internationale ou à votre situation de double nationalité, consultez un avocat spécialisé en droit sportif.

Théophile Manie