Kylian Mbappé vient de conclure un accord historique avec le Real Madrid sur ses droits à l'image : il conserve 100 % des contrats signés avant son arrivée et 80 % de ceux signés depuis. Une rupture totale avec le modèle 50-50 imposé depuis l'ère des Galácticos — et une leçon pour tout sportif professionnel ou amateur qui signe un contrat avec un club.
Pourquoi cet accord Mbappé-Real Madrid est une révolution contractuelle
L'accord Mbappé n'est pas qu'une anecdote people. C'est un signal fort sur la valeur économique de l'image dans le sport moderne. Selon les estimations, Mbappé génère environ 30 millions d'euros nets par an en revenus d'endorsement, hors salaire du club. Nike, son partenaire depuis près de vingt ans, ne renouvellera pas son contrat en été 2026 — Adidas et Under Armour sont déjà positionnés.
Ce que cette situation révèle, c'est que la négociation des droits à l'image est devenue aussi stratégique que la négociation du salaire brut. Pour les clubs, l'image d'un joueur est un actif commercial. Pour le joueur, c'est une question de souveraineté sur sa propre identité.
En France, le régime juridique des droits à l'image des sportifs est régi par l'article L.222-2 du Code du sport. Il distingue les droits à l'image collectifs (exploités par le club) des droits individuels (propriété du joueur). Mais la frontière n'est pas toujours claire — et c'est là que les litiges surgissent.
Ce que risque un sportif qui signe sans lire
Un footballeur de National 2, un nageur en club régional ou un esporteur professionnel peuvent tous se retrouver dans une situation similaire à celle de Mbappé — à une échelle différente.
Les clauses abusives les plus fréquentes dans les contrats sportifs incluent :
- La cession illimitée des droits à l'image : le club peut utiliser votre photo, votre nom et votre ressemblance dans toute communication, sans durée définie ni rémunération complémentaire.
- L'exclusivité de sponsoring : vous interdite de tout partenariat personnel, même non concurrent.
- La clause de non-concurrence post-contrat : parfois étendue à plusieurs années après la fin du contrat, elle peut bloquer votre reconversion.
Selon une étude du Syndicat National des Sportifs Professionnels (SNSP), plus de 40 % des sportifs professionnels français déclarent n'avoir jamais fait relire leur contrat par un avocat spécialisé avant de signer.
Quand faut-il consulter un avocat spécialisé en droit du sport ?
La réponse courte : avant de signer. La réponse longue : dès que de l'argent ou une image est en jeu.
Un avocat spécialisé en droit du sport peut intervenir à plusieurs stades :
Avant la signature : il analyse les clauses, identifie les déséquilibres et négocie des contreparties — durée limitée des cessions, rémunération pour chaque utilisation commerciale de votre image, droit de veto sur certains supports.
En cas de litige : si le club utilise votre image sans accord préalable ou au-delà du périmètre contractuel, il peut agir en responsabilité contractuelle et obtenir des dommages-intérêts.
Pour la structuration fiscale : les revenus issus des droits à l'image peuvent être traités différemment des salaires (société d'image, licence de marque). Un avocat fiscaliste spécialisé peut optimiser légalement cette structure.
La Cour de cassation a rappelé dans un arrêt du 25 janvier 2023 que le droit à l'image est un droit fondamental de la personnalité, opposable même à l'employeur sportif dans le cadre d'un contrat de travail. Tout usage non autorisé ouvre droit à réparation.
Nike expire, Adidas attend : ce que cela dit du marché
La fin du contrat Nike de Mbappé en été 2026 illustre aussi les cycles de négociation dans l'industrie du sponsoring sportif. Nike avait investi sur Mbappé alors qu'il était encore au PSG, lui bâtissant une image mondiale. Le contrat arrivant à terme, les enchères sont ouvertes.
Pour les marques, associer un sportif est un investissement à long terme. Pour le sportif, c'est une source de revenus indépendante du résultat sportif — et parfois plus durable. Selon le portail Service-Public.fr, les droits à l'image peuvent représenter jusqu'à 30 % des revenus totaux d'un sportif de haut niveau.
Ce que vous devez retenir
Que vous soyez footballeur amateur, créateur de contenu sportif ou manager d'un athlète, les droits à l'image ne sont pas une question réservée aux stars. Tout contrat impliquant l'utilisation de votre nom ou de votre image mérite d'être examiné par un professionnel.
Un avocat spécialisé en droit du sport ou en propriété intellectuelle peut vous aider à comprendre ce que vous signez — et à défendre vos intérêts si le club ou le partenaire ne respecte pas ses engagements.
Disclaimer : Cet article est à visée informative et ne constitue pas un conseil juridique. Pour toute situation personnelle, consultez un avocat qualifié.
Champions League et image : l'équation Mbappé vs Bayern
Ce soir même, le 8 avril 2026, Mbappé affronte le Bayern Munich en quart de finale de la Ligue des Champions. Une victoire augmenterait encore sa valeur marchande et, mécaniquement, la valeur de ses droits à l'image. C'est la démonstration concrète que performance sportive et valeur commerciale sont désormais indissociables.
Pour les agents sportifs et les conseillers juridiques, cette corrélation soulève une question de plus en plus fréquente dans les contrats : comment indexer la rémunération des droits à l'image sur la performance ? Des clauses bonus liées aux palmarès (Ligue des Champions, Ballon d'Or, Coupe du Monde) permettent d'aligner les intérêts du sportif et du club — mais elles doivent être rédigées avec précision pour éviter tout contentieux d'interprétation.
La Coupe du Monde 2026, prévue aux États-Unis, au Canada et au Mexique, représente pour Mbappé et de nombreux autres joueurs un pic de visibilité mondiale. Les contrats de sponsoring sont déjà négociés en anticipation de cet événement — et les droits à l'image des participants les plus médiatisés atteignent des niveaux historiques.
Trois questions à poser à un avocat avant de signer
Que vous soyez joueur professionnel ou semi-professionnel, voici les questions minimales à poser avant de parapher un contrat sportif :
Qui détient les droits à l'image pendant la durée du contrat, et après ? Une cession doit être limitée dans le temps et dans son périmètre (médias, publicité, merchandising — chaque usage doit être listé).
Quelle est la rémunération prévue pour chaque utilisation commerciale de mon image ? Une simple mention dans le contrat d'embauche ne suffit pas — un contrat de cession de droits à l'image distinct est recommandé.
Y a-t-il une clause de résiliation unilatérale permettant au club de mettre fin au contrat d'image sans préavis ? Ce type de clause, souvent glissée dans les annexes, peut vous priver d'une source de revenus du jour au lendemain.
Un avocat spécialisé en droit du sport ou en droit de la propriété intellectuelle peut répondre à ces questions et vous représenter lors des négociations. ExpertZoom met en relation sportifs et professionnels du droit pour des consultations personnalisées.
