Maire en costume discutant avec des agents de police municipale dans un bâtiment administratif

Désarmement de la police municipale à Saint-Denis : quels pouvoirs légaux pour un maire ?

5 min de lecture 25 mars 2026

Le nouveau maire LFI de Saint-Denis-Pierrefitte, Bally Bagayoko, a annoncé le 24 mars 2026 le début d'un « processus de désarmement » de la police municipale, en commençant par les lanceurs de balles de défense (LBD). Élu avec 50,77 % des voix au premier tour des élections municipales, il prend une décision qui relance le débat sur les pouvoirs réels d'un maire en matière de sécurité publique.

Pourquoi cette décision suscite-t-elle la controverse ?

La police municipale de Saint-Denis avait été armée sous la précédente municipalité socialiste, dans un contexte post-attentats de 2015. La ville de Seine-Saint-Denis, département parmi les plus densément peuplés de France avec environ 150 000 habitants pour la seule commune de Saint-Denis-Pierrefitte, est régulièrement citée parmi les territoires confrontés à d'importants défis sécuritaires.

Bally Bagayoko justifie sa décision par les difficultés de contrôle des LBD : « Ce sont des armes difficultement contrôlables », a-t-il déclaré à franceinfo le 24 mars 2026. Il a précisé vouloir mener des consultations avec les syndicats de police municipale, les associations locales et les conseils de quartier avant de définir un calendrier.

Plusieurs élus de droite et du centre ont immédiatement réagi. « Enfin un maire qui tient ses promesses », a ironisé l'éditorialiste Éric Naulleau sur CNews, critiquant la démarche. D'autres soulignent que dans les communes de banlieue, le désarmement des polices municipales entraîne des difficultés de recrutement.

Quels pouvoirs légaux le maire dispose-t-il sur la police municipale ?

La question est juridiquement complexe. En France, le droit de la police est partagé entre l'État et les collectivités locales. Le maire dispose d'un pouvoir de police administrative générale en vertu de l'article L. 2212-1 du Code général des collectivités territoriales (CGCT), qui lui confère la responsabilité de maintenir l'ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques sur le territoire de sa commune.

La police municipale relève directement du maire : ce sont ses agents, il les recrute, les gère et définit leurs missions. En théorie, le maire a donc la latitude d'organiser son service comme il l'entend, y compris en matière d'armement.

Mais cette liberté a des limites. Selon l'article L. 511-4 du Code de la sécurité intérieure, les communes de plus de 10 000 habitants et certaines communes particulières peuvent être soumises à des conventions de coordination avec le préfet. Ces conventions définissent les missions de la police municipale et peuvent encadrer les dotations en armement. Par ailleurs, tout désarmement doit respecter les règles fixées par décret sur les catégories d'armes autorisées.

Un avocat spécialisé en droit public peut analyser si une décision de désarmement partiel est compatible avec le cadre légal applicable à une commune spécifique, notamment vis-à-vis des conventions de coordination existantes.

Quelles sont les limites du pouvoir municipal en matière de sécurité ?

Le maire n'a pas le pouvoir de se substituer à la police nationale, qui reste de compétence régalienne et placée sous l'autorité du préfet et du ministre de l'Intérieur. La police municipale est une police de proximité, complémentaire à la police nationale, mais elle ne dispose pas des mêmes prérogatives : elle ne peut pas, par exemple, diriger des enquêtes judiciaires.

En matière d'armement, les agents de police municipale peuvent être dotés, selon la décision du maire et sous conditions, d'armes de poing, d'armes à impulsion électrique (Taser) et de lanceurs de balles de défense. Le retrait des LBD est juridiquement possible puisqu'il s'agit d'une dotation facultative. En revanche, certaines armes de service peuvent être imposées par convention.

Selon le ministère de l'Intérieur, en 2024, environ 60 % des polices municipales de communes de plus de 10 000 habitants étaient armées de pistolets. Le désarmement partiel souhaité par Bagayoko constituerait un retour en arrière notable dans ce contexte national.

Ce que cela change concrètement pour les administrés

Au-delà du débat politique, les habitants de Saint-Denis-Pierrefitte sont légitimement en droit de s'interroger sur l'impact concret d'une telle décision sur leur sécurité quotidienne. La ville fait partie des communes les plus sollicitées en matière de sécurité publique en Île-de-France.

Le nouveau maire a indiqué son intention de réorienter une partie du budget sécurité vers la médiation sociale et les politiques de prévention, en cohérence avec les positions de la France insoumise. Il a déclaré vouloir que Saint-Denis « soit le point de départ d'une nouvelle dynamique appelée à rayonner sur l'ensemble de la France ».

Pour les habitants et les commerçants concernés par les décisions de police municipale, il est utile de savoir qu'ils disposent de voies de recours : toute décision administrative du maire peut être contestée devant le tribunal administratif, et un avocat spécialisé en droit public peut les conseiller sur leurs droits.

Ce que dit le droit : pouvoir discrétionnaire du maire et contrôle du juge

Le maire dispose d'un pouvoir discrétionnaire sur l'organisation de sa police municipale, mais il n'est pas illimité. Le juge administratif peut annuler une décision qui crée une carence manifeste dans la protection de l'ordre public, sur la base de la jurisprudence issue de l'arrêt Commune de Morsang-sur-Orge (Conseil d'État, 1995).

En clair : si le désarmement entraîne une dégradation prouvée de la sécurité publique, des riverains ou des commerçants pourraient potentiellement engager la responsabilité de la commune pour faute dans l'exercice du pouvoir de police.

Un avocat spécialisé en droit administratif peut vous accompagner pour comprendre vos droits face aux décisions de police municipale, qu'il s'agisse d'une décision de désarmement, d'une modification des missions des agents ou de tout acte administratif affectant votre sécurité ou votre activité.

Pour connaître le cadre légal applicable à votre commune, consultez les dispositions du Code général des collectivités territoriales sur le pouvoir de police du maire sur Légifrance.

Note : Cet article traite de questions juridiques complexes liées au droit public. Il ne constitue pas un conseil juridique. Pour toute situation personnelle, consultez un avocat spécialisé en droit public ou en droit administratif.

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