Starmer veut interdire des manifestations pro-palestiniennes : vos droits en France en 2026

Police britannique devant l'ambassade d'Israël à Londres lors d'une manifestation

Photo : Alisdare Hickson from Woolwich, United Kingdom / Wikimedia

4 min de lecture 2 mai 2026

Keir Starmer, Premier ministre britannique en difficulté à la veille des élections locales du 7 mai 2026, a déclaré fin avril que certains cortèges pro-palestiniens appelant à l'"intifada" pourraient être interdits au Royaume-Uni. Une déclaration qui relance le débat sur les limites de la liberté de manifestation, et qui invite à se demander : en France, où commence et où s'arrête votre droit de descendre dans la rue ?

Starmer sous pression : une déclaration qui divise l'Europe

Le 30 avril 2026, Keir Starmer a visité le quartier de Golders Green à Londres, après un attentat antisémite. Face à des résidents qui l'interpellaient sur la sécurité, il a affirmé que les autorités britanniques examinaient la possibilité d'interdire certains rassemblements pro-palestiniens dont les slogans pourraient constituer une incitation à la haine ou à la violence.

La déclaration intervient dans un contexte politique explosif pour le chef du gouvernement britannique : son taux d'approbation est tombé à 13 % de satisfaits selon un sondage Ipsos UK d'avril 2026, et son parti travailliste s'attend à des pertes lourdes aux élections locales du 7 mai 2026. Début mai, des parlementaires travaillistes évoquaient publiquement un possible remplacement de leur chef de file.

En France, la déclaration de Starmer a été largement couverte par franceinfo et d'autres médias, soulevant des interrogations : peut-on interdire une manifestation en raison de ses slogans ? Que dit le droit français sur ce sujet ?

Le droit de manifester en France : un droit fondamental encadré

En France, la liberté de réunion et le droit de manifester sont reconnus comme des libertés fondamentales, ancrées dans la tradition républicaine et protégées par le Conseil constitutionnel. Comme l'explique Vie-Publique.fr, toute manifestation sur la voie publique doit faire l'objet d'une déclaration préalable auprès de la préfecture ou de la mairie, au moins trois jours avant le rassemblement.

Cette obligation de déclaration ne constitue pas une autorisation préalable : les organisateurs informent les autorités, mais n'ont pas à obtenir de "permission". Cependant, le préfet dispose d'un pouvoir d'interdiction dans des cas limitativement définis :

  • Trouble grave à l'ordre public prévisible et démontrable
  • Menace sérieuse pour la sécurité des personnes ou des biens
  • Exercice illégal d'une activité (appel à commettre des infractions pénales)

L'interdiction administrative d'une manifestation est une mesure grave, soumise au contrôle du juge administratif. Le Conseil d'État a posé un principe clair : l'interdiction préventive n'est justifiée que si le risque de troubles est "réel, sérieux et imminent", et si aucune mesure moins restrictive ne permet d'y faire face.

Quand un slogan peut-il devenir un délit ?

La frontière entre l'exercice de la liberté d'expression lors d'une manifestation et la commission d'une infraction pénale est parfois complexe. En France, plusieurs textes encadrent ce que l'on peut dire ou afficher lors d'un cortège :

  • La provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence (article 24 de la loi du 29 juillet 1881) est punissable d'un an d'emprisonnement et de 45 000 € d'amende
  • L'apologie du terrorisme (article 421-2-5 du Code pénal) est passible de 5 ans de prison
  • L'incitation publique à la rébellion contre les forces de l'ordre constitue également une infraction

Contrairement au droit britannique — où le Public Order Act 1986 donne une large marge d'appréciation à la police pour restreindre des rassemblements — le droit français protège davantage le principe de légalité : une interdiction doit être fondée sur des textes précis et des faits concrets, pas sur l'anticipation d'un risque hypothétique.

Pour les manifestants, cette nuance est essentielle : crier un slogan considéré comme offensant ne suffit pas, en principe, à justifier une dispersion par la force. Mais si ce slogan constitue une provocation à la haine ou une apologie d'actes terroristes, les organisateurs comme les participants s'exposent à des poursuites pénales.

Participation à une manifestation interdite : quels risques ?

Si un préfet prend un arrêté d'interdiction et que vous participez quand même à la manifestation :

  1. Contravention de 5e classe pour participation à un attroupement non dispersé (jusqu'à 1 500 €)
  2. Maintien dans un attroupement après sommations peut constituer un délit, surtout si des violences surviennent
  3. Responsabilité pénale collective : en cas de dégradations, les participants présents peuvent être poursuivis même sans acte personnel violent, si le parquet établit une participation consciente

À l'inverse, une interdiction illégale (non justifiée par un trouble réel et imminent) peut être contestée devant le juge des référés administratifs, qui peut suspendre l'arrêté en quelques heures. Cette voie d'urgence a été plusieurs fois utilisée avec succès en France, notamment lors de manifestations climatiques ou syndicales.

Cette tension entre liberté de manifester et maintien de l'ordre touche aussi aux questions suivantes en cas d'incident lors d'un cortège autorisé : voir aussi 250 000 Tchèques dans la rue : ce que ce soulèvement nous apprend sur le droit de manifester en Europe.

Ce que le cas Starmer révèle sur vos droits

L'affaire britannique illustre un principe universel : le droit de manifester n'est jamais absolu. Partout en Europe, il se heurte à l'ordre public, à la sécurité nationale et à la protection des droits d'autrui. La différence essentielle entre les régimes démocratiques réside dans les garde-fous juridiques : qui contrôle les interdictions ? Selon quels critères ? Avec quels recours pour les citoyens ?

En France, le juge administratif joue ce rôle de garde-fou. Si vous estimez qu'une interdiction de manifester est injustifiée, ou que vous avez été mis en cause à tort lors d'un rassemblement, un avocat spécialisé en droit public ou en libertés fondamentales peut analyser votre situation et engager les recours appropriés — en urgence si nécessaire.

Les débats autour de la politique de Starmer nous rappellent que la liberté de manifester est un droit vivant, qui se défend devant les juridictions chaque fois qu'il est menacé.

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