Depuis le 22 juillet 2026, les forêts des Landes et de la Gironde brûlent. Plus de 42 000 hectares ont été détruits, 240 maisons ont disparu dans les flammes, et plus de 220 000 personnes ont dû quitter leur domicile en urgence — dont l'actrice Laura Smet, résidente du Cap-Ferret, évacuée par bateau avec des milliers de vacanciers. Le 31 juillet, elle a brisé le silence sur Instagram pour appeler les touristes à ne pas tout annuler : « Une autre réalité existe. Renseignez-vous avant d'annuler vos plans. » Mais pour des dizaines de milliers de familles qui ont réservé une location saisonnière en Gironde pour cet été, la question est brûlante : si votre séjour est annulé à cause des incendies, pouvez-vous récupérer votre argent — et comment ?
Ce que les incendies de Gironde ont laissé derrière eux
Les chiffres sont vertigineux. Depuis le 22 juillet 2026, les incendies ont ravagé plus de 42 000 hectares dans les Landes et en Gironde, selon la Sécurité civile. La péninsule du Cap-Ferret a été évacuée par terre et par mer, une situation inédite dans la région. Des communes entières ont été touchées : La Teste-de-Buch, Lège-Cap-Ferret, Lacanau, Biscarrosse — autant de destinations prisées par des familles françaises chaque été.
Au total, 240 logements ont été détruits ou rendus inhabitables. Mais au-delà des destructions physiques, c'est l'économie touristique locale qui vacille. Comme le rappellent les professionnels du secteur cités par France Info : « Les touristes, c'est ce qui nous permet de vivre toute l'année. » Des dizaines de milliers de réservations de locations saisonnières ont été suspendues ou annulées, laissant propriétaires et locataires dans une incertitude juridique totale.
Ce flou est alimenté par une réalité de terrain complexe : les incendies n'ont pas ravagé la Gironde de manière uniforme. Certaines communes ont rouvert dès le 27 juillet, d'autres restent sous arrêté préfectoral plusieurs semaines après. C'est précisément cette hétérogénéité géographique qui rend chaque litige unique — et qui exige une analyse juridique au cas par cas.
L'appel de Laura Smet et ce qu'il révèle juridiquement
Le 31 juillet 2026, Laura Smet a publié sur Instagram une série de photos montrant des parties de Cap-Ferret encore debout, encore accessibles aux touristes. « Une autre réalité existe », a-t-elle écrit, selon Paris Match, en demandant à ses abonnés de « partager ce message » et de se renseigner avant d'annuler.
Ce message, sincère et efficace sur le plan médiatique, a une portée juridique que peu de locataires ont saisie. Si une commune a été levée de son arrêté d'évacuation avant votre date d'arrivée, la force majeure ne s'applique plus à votre contrat de location. En d'autres termes : si votre logement est à nouveau accessible et que le propriétaire peut vous le mettre à disposition, votre obligation de payer le loyer subsiste — même si vous avez peur de venir, même si l'ambiance n'est plus aux vacances, même si les forêts voisines sont encore en cendres.
L'appel de Laura Smet à « se renseigner avant d'annuler » est donc un conseil à la fois émotionnel et juridiquement fondé. Avant de rompre un contrat, il faut vérifier la situation précise de votre commune à la date exacte de votre arrivée. Cette vérification, un avocat spécialisé en droit immobilier peut la réaliser en quelques heures — et éviter à une famille de perdre entre 800 € et 3 000 € d'arrhes à tort.
La force majeure : ce que dit réellement l'article 1218 du Code civil
La force majeure est souvent invoquée comme une solution automatique en cas de catastrophe. En réalité, elle obéit à des critères stricts définis par l'article 1218 du Code civil : l'événement doit être imprévisible lors de la conclusion du contrat, irrésistible dans ses effets, et extérieur aux parties.
Un arrêté préfectoral d'évacuation peut y répondre — mais uniquement s'il empêche concrètement l'accès au logement au moment précis où le contrat devait s'exécuter. Selon Me Reda Kohen, avocat en droit immobilier cité par kohenavocats.fr, la force majeure n'est jamais présumée : elle s'apprécie au cas par cas, en fonction des dates précises du séjour et de la date de levée des mesures préfectorales.
Trois situations doivent être distinguées :
Situation 1 — La zone est toujours évacuée à votre date d'arrivée. La force majeure s'applique pleinement. Le propriétaire ne pouvant pas mettre le logement à disposition, il ne peut pas conserver vos arrhes ni exiger le paiement du solde. Vous avez droit au remboursement intégral, quelle que soit la clause d'annulation inscrite au contrat.
Situation 2 — La zone a rouvert avant votre date d'arrivée. La force majeure prend fin à la date de réouverture. Les clauses contractuelles d'annulation reprennent leurs droits. Si vous annulez alors que le logement est accessible, vous perdez vos arrhes selon les règles habituelles — et le propriétaire n'est pas tenu de vous proposer un remboursement ou un report.
Situation 3 — Le logement est détruit ou rendu inhabitable. Le propriétaire est légalement tenu de rembourser l'intégralité des nuits non fournies. Cette obligation découle directement du Code civil et ne peut être écartée par aucune clause contractuelle, même rédigée en termes explicites.
Cas concret : la famille Bertrand, locataire à La Teste-de-Buch
Prenons une situation précise et chiffrée. La famille Bertrand a signé en mars 2026 un contrat de location saisonnière pour un appartement à La Teste-de-Buch, du 28 juillet au 11 août 2026. Montant total : 3 200 €, dont 1 600 € d'arrhes versées à la signature. La propriétaire refuse tout remboursement, invoquant une clause stipulant que « les arrhes sont définitivement acquises à la propriétaire en cas d'annulation ».
Le 24 juillet, un arrêté préfectoral ordonne l'évacuation totale de La Teste-de-Buch.
Voici ce que dit la loi dans chaque scénario :
Si l'arrêté est toujours en vigueur le 28 juillet : la force majeure s'applique. La clause d'arrhes est inopposable au locataire puisque c'est le propriétaire qui est empêché d'exécuter le contrat — et non le locataire qui se rétracte. La propriétaire doit restituer les 1 600 € et ne peut réclamer les 1 600 € restants. Résultat : 0 € dû, 1 600 € à récupérer via une mise en demeure.
Si l'arrêté est levé le 26 juillet, soit deux jours avant l'arrivée : la force majeure cesse. La clause d'arrhes reprend toute sa valeur juridique. La famille perd les 1 600 € d'arrhes si elle refuse de venir. Elle peut accéder au logement pour les 14 nuits restantes — mais si elle annule par précaution, elle ne peut exiger aucun remboursement supplémentaire.
Si le logement a été endommagé (fumée, suie, accès dégradé) mais reste utilisable : la jurisprudence admet une réduction de loyer proportionnelle au préjudice subi, généralement comprise entre 20 % et 40 % selon les tribunaux de proximité. Sur 3 200 €, cela représente entre 640 € et 1 280 € à négocier ou à faire valider par un juge.
La clé dans tous ces cas est la date exacte de levée de l'arrêté préfectoral — un document officiel publié sur le site de la préfecture de la Gironde. Un avocat peut l'opposer au propriétaire par lettre recommandée avec accusé de réception, et, si nécessaire, saisir le tribunal de proximité compétent pour faire valoir vos droits en quelques semaines.
Ce que vous devez faire maintenant
Si vous êtes dans cette situation, voici les étapes concrètes à suivre sans attendre.
Rassemblez vos preuves immédiatement. Conservez l'arrêté préfectoral d'évacuation en version PDF (disponible sur gironde.gouv.fr), tous vos échanges écrits avec le propriétaire ou la plateforme de location, et votre contrat signé avec ses clauses d'annulation. Ces documents sont la base de tout recours.
Distinguez arrhes et acompte. Les arrhes sont perdues par le locataire en cas d'annulation de sa propre initiative — mais elles sont restituables si c'est le propriétaire qui ne peut exécuter le contrat. Un acompte, lui, est remboursable en cas de force majeure, sans condition. Beaucoup de locataires ne font pas cette distinction et acceptent des remboursements partiels injustifiés.
Vérifiez votre assurance annulation. Si vous avez souscrit une assurance voyage ou une garantie annulation via votre carte bancaire premium (Visa Infinite, Mastercard World Elite), les catastrophes naturelles déclarées — comme les incendies de Gironde — peuvent être couvertes, indépendamment de la qualification juridique de force majeure. Lisez les conditions générales : certaines polices prévoient une indemnisation jusqu'à 90 % du montant du séjour.
Ne signez rien avant d'avoir consulté. De nombreux propriétaires ou plateformes proposent des bons d'avoir valables un an ou des remboursements à 50 % pour éviter un litige. Si vous signez un accord à l'amiable, vous perdez généralement tout droit à un recours ultérieur — même si la force majeure vous donnait droit à un remboursement total. Une consultation avec un avocat spécialisé en droit immobilier, d'une durée de 30 à 45 minutes, peut vous permettre de décider en connaissance de cause.
Pour analyser votre contrat de location saisonnière à la lumière de la situation actuelle en Gironde, des experts juridiques sont disponibles sur Expert Zoom — Lège-Cap-Ferret, location saisonnière et réglementation 2026.
Avertissement YMYL : cet article a une vocation informative générale et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour toute démarche judiciaire ou mise en demeure, consultez un avocat qualifié.

Frédéric Louvier