Réouverture du détroit d'Ormuz : ce que les importateurs français doivent vérifier dans leurs contrats

Avocat français en droit maritime examinant des contrats de transport international dans un bureau parisien
4 min de lecture 8 avril 2026

Le détroit d'Ormuz a rouvert partiellement ce 8 avril 2026, après cinq semaines de quasi-blocage total qui ont ébranlé les chaînes d'approvisionnement mondiales. Un cessez-le-feu de deux semaines entre les États-Unis et l'Iran permet aux premiers navires de reprendre leur traversée — mais dans des conditions juridiques entièrement nouvelles.

Ce qui s'est passé : 95 % de trafic en moins en cinq semaines

Depuis le 28 février 2026, les frappes militaires américano-israéliennes contre l'Iran ont déclenché une crise sans précédent dans le détroit. Selon la société d'analyse Kpler, du 1er au 21 mars, les transporteurs de marchandises n'ont effectué que 144 passages, soit une chute de 95 % par rapport au rythme habituel. Le 13 mars, seuls 3 navires civils franchissaient encore le détroit, contre 51 le 27 février.

Près de 20 % de la production mondiale d'hydrocarbures transite par ce passage stratégique de 34 kilomètres de large. Sa fermeture de fait a fait flamber les prix du pétrole et gelé des pans entiers du commerce mondial.

Les "navires non hostiles" : une catégorie juridique inédite

Le 24 mars, l'Iran a annoncé autoriser le passage de navires qu'il qualifie de « non hostiles », sous réserve d'une coordination avec ses autorités. Un communiqué transmis à l'Organisation maritime internationale (OMI) précise que « tout actif appartenant aux agresseurs » — comprenez les États-Unis, Israël et leurs alliés — reste exclu.

Ce 8 avril, le vraquier NJ Earth (armateur grec) et le Daytona Beach (pavillon libérien) ont été parmi les premiers à franchir le détroit depuis l'accord de cessez-le-feu, à respectivement 06h59 et 08h44 UTC.

Pour les armateurs, les chargeurs et leurs assureurs, cette réouverture soulève des questions juridiques majeures : qui décide du statut "non hostile" d'un navire ? Quels contrats s'appliquent si un passage est refusé ou si la marchandise arrive avec plusieurs semaines de retard ?

Ce que dit le droit maritime : force majeure et clauses de guerre

Un juriste spécialisé en droit maritime peut vous expliquer en détail vos recours, mais voici les principes fondamentaux qui s'appliquent à la crise d'Ormuz.

La force majeure est invoquée lorsqu'un événement extérieur, imprévisible et irrésistible empêche l'exécution d'un contrat. Le blocage du détroit d'Ormuz en constitue un exemple quasi-archétypal. Selon les contrats de transport maritime (connaissements, chartes-parties), le transporteur peut être exonéré de responsabilité si la force majeure est expressément prévue — mais les conditions exactes varient considérablement d'un contrat à l'autre.

Les clauses de guerre (war risk clauses) sont présentes dans la plupart des polices d'assurance maritime et de nombreux contrats de transport. Elles permettent aux armateurs de suspendre leur service, de dérouter les navires ou de réclamer des suppléments tarifaires en zone de conflit. Depuis le 28 février 2026, plusieurs compagnies ont activé ces clauses, générant des litiges avec leurs clients.

Le retard de livraison dans un contexte de force majeure n'entraîne généralement pas de pénalités contractuelles pour le transporteur — sauf si le contrat prévoit une obligation de résultat indépendante des circonstances. Les importateurs européens qui ont des contrats avec des délais de livraison stricts doivent vérifier si des pénalités pourraient leur être réclamées par leurs propres clients finaux.

Importateurs : 5 questions à poser à votre avocat maintenant

La réouverture partielle du détroit ne signifie pas que les risques juridiques disparaissent. Bien au contraire : une reprise progressive dans un cadre flou génère des contentieux. Voici ce qu'un expert juridique en droit commercial et maritime peut analyser pour vous :

  1. Vos contrats d'approvisionnement prévoient-ils une clause de force majeure qui couvre un blocage d'origine militaire ?
  2. Vos polices d'assurance transport incluent-elles une couverture pour les risques de guerre et les déroutements forcés ?
  3. Les pénalités de retard inscrites dans vos contrats clients sont-elles neutralisées si vous invoquez la force majeure avec succès ?
  4. Vos fournisseurs peuvent-ils réclamer des surcoûts liés aux primes d'assurance de guerre, aux déroutes ou aux frais de stockage ?
  5. Les marchandises endommagées ou perdues pendant la crise ouvrent-elles droit à une indemnisation de votre assureur ?

Ces questions ne sont pas théoriques : selon le Port du Havre, les perturbations d'approvisionnement en pétrole ont déjà impacté plusieurs dizaines d'entreprises normandes. À l'échelle nationale, des centaines de PME françaises importatrices de biens asiatiques ou du Golfe ont vu leurs délais exploser.

Que faire si vous êtes concerné ?

Si votre activité dépend de marchandises qui transitent — ou transitaient — par le détroit d'Ormuz, agir rapidement est essentiel. Le droit maritime et le droit commercial international sont des domaines hautement techniques, où une clause mal interprétée peut coûter des dizaines de milliers d'euros.

Un avocat spécialisé en droit des transports ou en droit commercial international, consultable via Expert Zoom, peut analyser vos contrats, rédiger une notification de force majeure à vos partenaires et vous défendre en cas de litige.

Note : Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Consultez un professionnel du droit pour toute situation spécifique.

La situation dans le détroit d'Ormuz reste extrêmement volatile. Le cessez-le-feu n'est que de deux semaines, et le Conseil de sécurité de l'ONU a vu la Chine et la Russie opposer leur veto à une résolution sur la sécurité maritime le 8 avril 2026. La reprise des échanges est réelle mais fragile : préparer vos protections juridiques maintenant, c'est éviter d'improviser lors d'une prochaine fermeture.

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