Claude Makélélé a relancé le feuilleton du mercato le 14 juillet 2026 en révélant qu'il avait personnellement soufflé un nom à Florentino Pérez : celui de Michael Olise, ailier de Bayern Munich et des Bleus. « S'il y a de l'argent à dépenser pour un seul joueur, c'est lui », aurait glissé l'ancien milieu du Real Madrid, également très commenté pour ses analyses lors du Mondial 2026. Derrière cette recommandation lancée en public se cache un métier strictement encadré par la loi française : celui d'agent sportif.
Une recommandation qui vaut des millions
Quand une légende comme Makélélé pousse un transfert estimé à plus de 100 millions d'euros, l'affaire dépasse le simple avis d'expert. Un mouvement de cette ampleur mobilise des agents, des mandats écrits et des commissions qui se chiffrent en millions.
En France, cette activité n'a rien d'informel. Selon le Code du sport, seul un titulaire de la licence d'agent sportif délivrée par la Fédération française de football (FFF) peut légalement mettre en relation un club et un joueur en vue de conclure un contrat.
La licence s'obtient après un examen en deux épreuves, une partie générale et une partie spécifique, dans les conditions fixées par les articles R.222-14 et suivants du Code du sport. La délivrance et le contrôle relèvent de la Commission fédérale des agents sportifs (CFAS).
La règle des 10 %, pilier du droit français
Le cœur du dispositif tient en un chiffre. D'après l'article L.222-17 du Code du sport, la rémunération de l'agent ne peut pas dépasser 10 % du montant du contrat conclu par les parties qu'il a rapprochées.
La règle vaut aussi quand plusieurs agents interviennent sur la même opération : le total de leurs commissions reste plafonné à 10 % du contrat. Une fédération déléguée peut fixer un seuil inférieur, mais jamais supérieur.
Le même article précise un autre point souvent méconnu. La commission peut, par accord entre l'agent et les parties, être réglée en tout ou partie par le club qui emploie le joueur ou l'entraîneur. Toute convention contraire à ces principes est réputée nulle et non écrite.
FIFA contre Code du sport : qui l'emporte ?
Le débat sur les commissions des agents a agité le football mondial. Depuis le 1er octobre 2023, la FIFA a réintroduit son propre règlement (FFAR) avec, notamment, un plafonnement des commissions situé entre 3 % et 10 % selon la rémunération du joueur.
Ce plafond international a fait l'objet de nombreuses contestations juridiques devant les tribunaux nationaux et européens. En France, la situation est plus stable : la réglementation issue du Code du sport prévaut, et le plafond de 10 % continue de s'appliquer aux opérations conclues sous l'égide de la FFF.
Pour un club, un joueur ou un intermédiaire, cette superposition de normes n'a rien d'anecdotique. Une commission mal calculée, un mandat imprécis ou un agent non licencié peuvent transformer un transfert réussi en contentieux coûteux.
Un terrain miné pour les non-initiés
Le mandat d'agent est un contrat écrit obligatoire. Il doit mentionner le montant de la rémunération et identifier la partie qui la verse. L'absence de ces mentions fragilise l'ensemble de l'opération.
Les zones de risque sont nombreuses. Un même agent ne peut pas, en principe, représenter à la fois le joueur et le club sans encadrement strict des conflits d'intérêts. Les commissions versées à un proche du joueur, la sous-traitance à un agent étranger ou les paiements passant par des sociétés écrans sont autant de pratiques scrutées par les instances et par l'administration fiscale.
Pour un jeune joueur qui signe son premier gros contrat, l'enjeu n'est pas que sportif. La manière dont sa rémunération et celle de son entourage sont structurées engage sa fiscalité et son patrimoine pour des années. Ces questions rejoignent celles que se posent, en fin de parcours, les sportifs soucieux de préserver leur patrimoine et de préparer l'après-carrière.
Quand consulter un avocat en droit du sport
Ce que révèle la sortie médiatique de Makélélé, c'est la distance entre l'image glamour du mercato et la réalité juridique très technique qui l'accompagne. Chaque grand mouvement, comme ceux qui animent le mercato des stars en 2026, repose sur des contrats négociés au millimètre.
Un avocat spécialisé en droit du sport peut intervenir bien au-delà des seuls grands clubs. Il aide à rédiger ou vérifier un mandat d'agent, à sécuriser une clause de commission, à contester une rémunération abusive ou à défendre un joueur face à un agent défaillant.
Le recours à un professionnel du droit est particulièrement utile dans trois situations. D'abord, avant de signer un mandat : mieux vaut vérifier la licence de l'agent et la conformité de sa commission. Ensuite, en cas de litige sur le paiement ou le partage d'une commission entre plusieurs intermédiaires. Enfin, lorsqu'un contrôle fiscal ou une procédure disciplinaire vise l'opération.
Cet article a une visée d'information générale et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Chaque situation contractuelle étant particulière, l'avis d'un avocat inscrit au barreau reste indispensable avant toute décision.
Ce qu'il faut retenir
La recommandation de Makélélé en faveur d'Olise rappelle une évidence souvent oubliée : dans le football, aucun transfert ne se conclut hors du droit. La licence FFF, le plafond de 10 % fixé par l'article L.222-17 du Code du sport et l'obligation d'un mandat écrit forment un cadre protecteur, mais complexe.
Pour tous ceux qui gravitent autour d'un contrat sportif, joueurs, clubs, familles ou agents débutants, le réflexe le plus rentable reste de faire relire les documents par un expert avant de signer. En 2026, une signature mal préparée peut coûter bien plus cher qu'un honoraire d'avocat.

Samir Benzakour