Salle de commission d'enquête parlementaire française, ambiance juridique formelle

Bolloré auditionné sur Banijay : vos droits et obligations face à une commission d'enquête parlementaire

4 min de lecture 24 mars 2026

Ce mardi 24 mars 2026 à 15h30, Vincent Bolloré a été auditionné en direct à l'Assemblée nationale par la commission d'enquête sur la neutralité et le financement de l'audiovisuel public — en sa qualité d'actionnaire du groupe Banijay, qui produit Koh-Lanta, Fort Boyard et Star Academy. Un moment rare : un milliardaire face aux élus. Mais quels sont réellement les droits et obligations de toute personne convoquée devant une commission parlementaire ?

Ce que Bolloré risquait en comparaissant — ou en refusant

La commission d'enquête sur l'audiovisuel public, créée à l'Assemblée nationale début 2026, a pour mission d'examiner l'influence des grands actionnaires privés sur les médias français. Banijay, dont Bolloré est actionnaire via Vivendi, produit des émissions phares de France Télévisions et TF1.

Une convocation devant une commission d'enquête parlementaire n'est pas une invitation à déjeuner. En vertu de l'article 6 de l'ordonnance du 17 novembre 1958, toute personne citée à comparaître est tenue de déférer à la convocation. Refuser sans motif légitime constitue une infraction pénale passible d'une amende de 7 500 euros et d'une peine d'emprisonnement allant jusqu'à deux ans.

De même, témoigner sous serment devant une commission parlementaire et mentir délibérément expose à des poursuites pour faux témoignage, puni jusqu'à cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende.

Ce que peuvent et ne peuvent PAS faire les commissaires

Les commissions d'enquête disposent de pouvoirs d'investigation étendus : elles peuvent demander la communication de tout document, convoquer des personnes et, depuis la loi de 2022, solliciter des auditions à huis clos.

Mais leurs pouvoirs ont des limites précises. Une commission parlementaire n'est pas un tribunal : elle ne peut ni condamner, ni sanctionner directement les personnes auditionnées. Elle peut publier ses conclusions dans un rapport — qui peut avoir des effets dévastateurs sur la réputation d'une personne — mais la sanction judiciaire relève du parquet, pas des parlementaires.

Par ailleurs, le secret professionnel reste protégé. Un avocat, un médecin ou un expert-comptable peut refuser de répondre à des questions qui violeraient le secret auquel il est légalement tenu, selon les règles fixées par le Sénat et l'Assemblée nationale.

Les leçons pratiques pour tout dirigeant d'entreprise

L'audition de Bolloré devant la commission est un signal d'alarme pour beaucoup de dirigeants d'entreprise qui pensent que les commissions parlementaires ne les concernent pas. C'est une erreur.

Les commissions d'enquête peuvent s'intéresser à tout secteur : immobilier, santé, alimentation, numérique, finance. Depuis 2020, leur nombre a doublé. Et elles ciblent de plus en plus souvent des acteurs privés — pas seulement des fonctionnaires ou des ministres.

Si vous êtes un jour convoqué ou pressenti pour l'être, voici ce que les avocats conseillent systématiquement :

1. Consultez un avocat avant de comparaître. La préparation est essentielle. Un avocat spécialisé en droit public ou en droit des affaires peut vous aider à identifier quelles questions vous pouvez refuser de répondre légalement.

2. Ne répondez jamais à l'improviste. Vous avez le droit de demander un délai raisonnable pour rassembler les documents demandés. Répondre à chaud à des questions complexes est le meilleur moyen de se contredire.

3. Le droit au silence existe, mais il a des conditions. Vous pouvez invoquer le droit de ne pas s'auto-incriminer pour certaines questions, mais cela ne s'applique pas à toutes les situations. Là encore, seul un avocat peut vous dire ce qui est applicable à votre cas précis.

Le cas Bolloré révèle un vide juridique plus profond

Ce qui rend l'audition de Bolloré particulièrement intéressante d'un point de vue juridique, c'est la question de la concentration des médias. La France ne dispose pas d'un cadre légal aussi strict que l'Allemagne ou les Pays-Bas en matière de pluralisme médiatique. La commission d'enquête peut formuler des recommandations législatives — mais elle ne peut pas, à elle seule, démanteler un empire médiatique.

Pour les citoyens, la question est : qui défend le droit à l'information plurielle ? Pour l'instant, les recours sont limités : vous pouvez saisir le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), rebaptisé Arcom depuis 2022, pour signaler un manquement aux règles d'équité et d'impartialité dans un programme audiovisuel.

Mais si vous estimez que vos droits d'actionnaire, d'employé ou de sous-traitant dans une entreprise liée à un groupe médiatique sont menacés, seul un avocat spécialisé peut évaluer vos recours réels.

Ce que vous pouvez faire dès maintenant

Que vous soyez dirigeant d'entreprise, salarié d'un groupe médiatique, ou simplement citoyen inquiet de la concentration des pouvoirs dans les médias français, il existe des recours juridiques concrets.

Consultez un avocat spécialisé en droit des médias ou en droit public sur Expert Zoom pour obtenir un avis personnalisé sur votre situation. Les premières consultations permettent souvent de clarifier ce qui relève de vos droits légaux — et ce qui ne relève que de votre indignation.

Avertissement légal (YMYL) : Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Pour toute situation personnelle ou professionnelle spécifique, consultez un avocat qualifié.

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